- Présentation de la maison d’édition
- Le roman comique de la traversée de la Seine en canot
- La note De Lire Délire
Aujourd’hui nous allons parler du livre de Philibert Humm intitulé Roman fleuve, paru en août 2022 aux éditions Équateurs, 287 pages.
Présentation de la maison d’édition
Ce périple, les trois jeunes gens l’ont entrepris au mépris du danger, au péril de leur vie, et malgré les supplications de leurs fiancées respectives. Ils l’ont fait pour le rayonnement de la France, le progrès de la science et aussi un peu pour passer le temps.
Il en résulte un roman d’aventure avec de l’action à l’intérieur et aussi des temps calmes et du passé simple. Ceci est une expérience de lecture immersive. Hormis deux ou trois passages inquiétants, le suspense y est supportable et l’œuvre reste accessible au public poitrinaire. A noter la présence de nombreux adverbes.
L’éditeur ne saurait être tenu responsable des mauvaises idées que ce livre ne manquera pas d’instiller dans le cerveau vicié des nouvelles générations gavées d’écran et pourries à la moelle.
LE SAVIEZ-VOUS? Cette œuvre a reçu le Prix Interallié 2022.
Le roman comique de la traversée de la Seine en canot
De l’appel des flots… Par un beau jour d’été, trois compères Franciliens vont traverser la Seine en canot depuis Paris pour rejoindre l’océan.
Notez bien que leurs connaissances en navigation fluviale sont purement théoriques et que dans le métier, ils sont ce qu’il convient d’appeler des aventuriers débutants.
À bord dudit canot, un Coleman13 normalement prévu pour deux personnes et, pour la gloire, sobrement baptisé Bateau, Waquet sera le major, Adrian alias Bobby, sera écopier tandis que Philibert, l’instigateur de ce projet fantaisiste, sera le capitaine.
Autrement dit, à la rame, contre vents et marées ils tenteront de descendre les 360km qui séparent les ponts Garigliano et Honfleur. Afin de rendre l’affaire plus épique que jamais, la traversée se fera sans GPS, à l’aide d’une carte et d’équipements rudimentaires d’occasion.
Roman fleuve est le récit de cette expédition de canotage par Philibert, le narrateur dont il faudra s’accommoder de l’utilisation du passé simple, de la vision pince-sans-rire, des anecdotes tantôt philosophiques, tantôt grammaticales.
Pour ma part…
Cette histoire n’est pas sans rappeler Trois hommes sur un bateau (sans parler du chien) de Jerome K.Jerome en 1889. Cette équivalence est effectivement revendiquée par l’auteur.
À mon avis, pour qui s’interroge des problématiques de descendre la Seine en petit bateau, cette histoire propose tout au moins le commencement d’une réponse. Le reste, à vos risques et périls bien entendu.
Entre autres, dans ce livre, nous découvrons la géographie de la Seine en parcourant les îles, les villes et en écumant les bars loufoques bordant le fleuve.
Car le récit est tout simplement drôle et si bien raconté: avec tout le sérieux et le langage distingué que l’on est en droit d’attendre du fait de son rang, le Capitaine éclaire le lecteur en détaillant chaque péripétie, sans échapper à la candeur, aux jeux de mots et parfois à la mélancolie.
Plus que le roman d’une galère, c’est l’histoire d’une amitié à l’épreuve des flots, de rencontres improbables et de quelques exploits.

Oui, oui, il existe bel et bien une référence à ce sujet dans ce récit!
Mention spéciale pour les illustrations par l’auteur et « le concept de ventilation narrative » que je vous laisse découvrir en lisant le livre.

Ne partez pas sans ce petit aperçu des illustrations par l’auteur. Cadeau, c’est plus fort que moi 😆
Quelques citations 🤫
« Mais le génie des hommes naît de leur paresse. Si l’homme primitif ne s’était pas lassé de marcher, il n’aurait jamais inventé la roue puis le cheval, la voiture à cheval et enfin la trottinette électrique pour adulte. »
« En ce temps-là je débutais dans le métier d’aventurier professionnel. J’en étais encore à croire qu’il me faudrait cueillir des baies sur la rive et vivre du produit de la pêche. Je m’imaginais chasseur-cueilleur, glaneur, baroudeur à la mode d’autrefois. De nos jours, les aventuriers ne traquent plus le gibier pour manger ni ne se nourrissent de racines. Comme tout le monde nous scannons sous blister aux caisses automatiques. Qui va à la chasse perd sa place, qui va chez Auchan la reprend. «
« Il convient de ménager ce lecteur, de lui réserver des temps calmes qu’on appelle entre nous ventilations narratives. Sans quoi celui-ci s’essouffle, perd haleine, suffoque et meurt parfois. Par conséquent je serai dans les pages qui suivent économe en rebondissements. »
« Parfois j’aimerais pouvoir descendre à l’altitude de mes hommes et leur confier mes doutes, mes espoirs, mes tourments; me laisser aller avec eux à rire, à pleurer, à vivre. Mais je me l’interdis. Ils ne comprendraient pas. Et je savoure dans la paix de mon âme l’ineffable orgueil de veiller sur mes prochains. »
« Avez-vous au moins pensé à demander aux Voies navigables de France une décharge de vie? » Je le fis répéter, plus lentement. « Une décharge de vie, vous devez remplir une décharge de vie. Sans ça, après Rouen, ils ne vous laisseront pas passer. » Puis il ajouta: « C’est vous qui voyez. »
« C’était la France dans toute sa splendeur, une France immuable et gazouillante, la France d’hier et de toujours, une France invincible, la France qu’on voit en arrière- plan des affiches de campagne présidentielle. Nous ne prîmes pas de photo, ne partageâmes aucun contenu ni ne fîmes la moindre story susceptible d’être likée, commentée puis relayée. Le décor s’y prêtait pourtant. « Être heureux seul n’est pas à la portée de tout le monde, soliloqua Bobby. C’est pourquoi tant de gens exhibent leurs instants de bonheur. Ils ne peuvent jouir que si on les envie. »
La note De Lire Délire
+À lire si vous aimez les tournures savantes et les digressions amusantes. La rigolade sera au rendez-vous.
-S’abstenir si vous préférez les histoires plus denses: l’intitulé Roman fleuve est bien indiqué et comme annoncé, c’est assez long.


Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !