Ami·e·s De Lire bonjour et bienvenue dans cette chronique ! Au sommaire :
Aujourd’hui, nous allons parler du roman de Delia Owen intitulé Là où chantent les écrevisses, traduit de l’anglais américain par Marc Amfreville, paru en janvier 2020 aux éditions Seuil, 480 pages.
Synopsis
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville
Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour.
La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…
Delia Owens est née en 1949 en Géorgie, aux Etats-Unis. Diplômée en zoologie et biologie, elle a vécu plus de vingt ans en Afrique et a publié trois ouvrages consacrés à la nature et aux animaux, tous best-sellers aux USA.
Là où chantent les écrevisses est son premier roman. Phénomène d’édition, ce livre a déjà conquis des millions de lecteurs et poursuit son incroyable destinée dans le monde entier. Une adaptation au cinéma est également en cours.
LE SAVIEZ -VOUS ? En France, cette œuvre a reçu le Prix Audiolib 2021.
Il était une fois « la Fille des marais »…
Le récit nous transporte au cœur de l’Amérique profonde des marécages à travers le portrait naturaliste d’une héroïne pas comme les autres.
L’histoire commence vers 1950 dans l’état de la Caroline du Nord, dans la petite ville de Barkley Cove au sein d’une famille vivant dans une cabane au beau milieu du marais côtier.
Il s’agit de la famille Clark. Il y a Pa, vétéran de la seconde guerre mondiale. Blessé à la jambe, il est devenu inapte au combat et touche une maigre pension depuis.
Puis il y a Ma, s’occupant du foyer et des enfants. Elle a choisi de quitter la vie citadine ainsi que sa famille aisée pour vivre avec son mari à Barkley Cove.
Enfin, il y a les cinq enfants, dont la petite dernière Kya alors âgée de 7ans.
Le cauchemar commence lorsque Pa se met à « taquiner la bouteille » pour n’être rien de plus qu’un mari violent et cruel envers les siens.
Face aux sévices et aux coups, Ma tomba en dépression et démissionna, à proprement parler, de son rôle de mère en quittant Barkley Cove sans se retourner.
Ce fut alors le début de la fin : les enfants, presque tous adultes, abandonnèrent également les lieux.
Tous sauf Kya, qui ,encore trop jeune pour comprendre ce qui arrive, resta avec son père.
Au début, plus ou moins solidaires face à l’abandon, ils restèrent ensemble tant bien que mal.
Enfin, un beau jour, Pa disparu à son tour sans laisser la moindre trace.
C’est ainsi que Kya se retrouva seule face à son destin.
Pour ma part,
Comment grandir et se (re)construire seule avec pour seule ressource une nature infiniment sauvage ?
Comment échapper aux services sociaux et aux préjugés des gens de la ville ?
Comment choisir la solitude d’un marais plutôt que l’étouffement d’une vie citadine avec ses codes et ses convenances?
Comment retrouver la confiance après avoir vécu la trahison de l’abandon ?
Ainsi commence le récit de notre héroïne mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le récit est raconté en deux temps, le temps de l’enfance et le temps de l’enquête. Là -dessus, je ne vous en dis pas plus et vous laisse le découvrir au fil du roman.
Ce roman est un chef-d’œuvre foisonnant de détails psychologiques, poétiques, paysagistes, botaniques, animaliers et parfois… culinaires (certains passages sont littéralement savoureux!).
C’est un roman multipolaire dans le sens où plusieurs fronts sont traités.
Tout d’abord, il s’agit de l’illustration de la pression sociale propre aux petites villes du temps de la ségrégation raciale où tout le monde redoute de fréquenter les Noirs ainsi que « la racaille des marais »; où il est de bon ton de se soucier du « qu’en dira-t-on ». C’est encore le temps de l’obscurantisme, de l’étroitesse d’esprit et des préjugés.
Ensuite, l’histoire est le manifeste de la liberté de vivre en marge du système.
En effet d’autres univers existent au delà de la ville, de ses gens et de ses contraintes, et l’amour sincère est possible delà des liens de parenté et de la nécessité primitive de se reproduire.
C’est également le roman initiatique. Nous assistons à la transformation d’une jeune fille en femme digne, indépendante et assoiffée de connaissances.
Enfin c’est une ode à la vie sauvage et à la préservation des marécages contre leur assèchement et l’exploitation immobilière. Délia Owen y décrit habilement l’écosystème fragile des marais, le rôle et l’importance de chaque être vivant, animal ou végétal, en ce lieu si particulier.
Ce roman best seller a dernièrement été adapté au cinéma.
La note De Lire Délire
* Petit extrait :
Après un repas frugal pain dur et de poissons fumés, elle s’assit au bord de son lit dans la véranda, guettant à travers la moustiquaire. À ce moment précis, elle remarqua la présence d’une mante religieuse femelle qui s’avançait sur une branche tout près de son visage. L’insecte capturait des éphémères à l’aide de ses pattes avant articulées, puis les dévorait, leurs ailes battant encore entre ses mandibules. Un mâle, tête haute et aussi fier qu’un poney, s’approcha en paradant pour la courtiser. Elle parut intéressée, ses antennes s’agitant comme des baguettes magiques. Il est possible que son étreinte ait été trop tendre, Kya n’aurait su le dire, mais alors qu’il avançait son organe copulatoire pour fertiliser les œufs, la femelle tourna vers lui son long cou élégant et lui arracha la tête d’un coup. Il était si occupé à forniquer qu’il ne le remarqua pas. Ce qui restait de son cou tressautait dans tous les sens tandis qu’il continuait son affaire, et elle lui grignota peu à peu le thorax, puis les ailes. Mais alors que la dernière de ses pattes allait disparaître entre les mandibules de sa compagne, son corps sans tête et sans cœur copulait encore sur un rythme parfait.
Delia Owen in Là où chantent les écrevisses, Seuil, 2020
+ À lire comme on savoure un conte d’apprentissage, d’indépendance et de liberté.
– S’abstenir si l’environnement marécageux n’est pas vraiment votre tasse de thé.


Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !