Est-ce lumineux ou est-ce terne ?

Ami·e·s De Lire bonjour et bienvenue dans cette chronique ! Au sommaire :

  1. Présentation de l’éditeur
  2. Est-ce lumineux ou est-ce terne ?
  3. La note De Lire Délire

#Western #NetGalleyFrance

Avant de commencer, je tiens à remercier derechef NetGalley et les éditions Stock pour cette découverte éditoriale mémorable.

Aujourd’hui nous allons parler du roman de Maria Pourchet intitulé Western, paru en août 2023 aux éditions Stock, collection La Bleue, 304 pages. 

Présentation de l’éditeur

« J’entends par western un endroit de l’existence où l’on va jouer sa vie sur une décision. »

C’est à cette éternelle logique de l’Ouest que se rend Alexis Zagner, « la gueule du siècle », poussé par l’intuition d’un danger. Comédien renommé qui devait incarner Dom Juan, il abandonne brusquement le rôle mythique et quitte la ville à la façon des cow-boys – ceux-là qui craignent la loi et cherchent à fondre leur peur dans le désert.
Qu’a-t-il fait pour redouter l’époque qui l’a pourtant consacré ? Et qu’espère-t-il découvrir à l’ouest du pays ?
Pas cette femme, Aurore, qui l’arrête en pleine cavale et semble n’avoir rien de mieux à faire que retenir le fuyard et percer son secret.
Tandis que dans le sillage d’Alexis se lève une tempête médiatique, un face à face sensuel s’engage entre ces deux exilés revenus de tout, et surtout de l’amour, qui les désarme et les effraie.

Dans ce roman galopant porté par une écriture éblouissante, Maria Pourchet livre, avec un sens de l’humour à la mesure de son sens du tragique, une profonde réflexion sur notre époque, sa violence, sa vulnérabilité, ses rapports difficiles à la liberté et la place qu’elle peut encore laisser au langage amoureux.

Est-ce lumineux ou est-ce terne ?

Une fois n’est pas coutume, veuillez me permettre ce tout petit jeu de mot irrésistible, ma foi, de circonstance.

Ceci dit, la réponse à la question est : les deux.

Mais pour m’expliquer, partons du principe que je me garde bien de vous révéler les éléments clés de l’histoire pour vous laisser la surprise du chef.

Car la promesse est que vous allez en prendrez pour votre grade.

Pour ma part,

Je suis entrée dans ce roman par la porte qui était grande ouverte : l’histoire d’Aurore, quadra et mère célibataire en détresse face aux difficulté et à la poisse qui rencontre Alexis Zagner, « la Gueule du siècle » à la Une de sa prochaine représentation scénique de Dom Juan, arrogant reconnu dans le monde du showbiz culturel et du théâtre et visiblement né sous une bonne étoile. Plutôt commun, voire cliché.

Ensuite je me suis engouffrée dans un tourbillon.

Un tourbillon terne : en termes de thématiques; loin des éclats, des costumes et des lumières de la scène, nous allons apercevoir l’envers du décor, la face cachée du monde du théâtre. Western est un récit cérébral, frénétique, voir par moments névrosé qui aborde les rapport entre les hommes et les femmes à l’ère post-#MeToo, avec la question du désir, du consentement, de la séduction et de la domination.

Western est également une description mutine dans le sens fort du terme de la crise existentielle des quadragénaires, qui se sentent dépassé.e.s par le rythme de la vie moderne, la pression sociale, la solitude et le manque de sens.

Un tourbillon lumineux : Western est encore la métaphore improbable mais qui fonctionne pour décrire la rencontre de nos protagonistes et le contraste entre la ville et la campagne, entre le bruit et le silence, entre le superficiel et l’authentique.

De plus, le roman est traversé par la voix d’une narratrice mystérieuse, qui commente, analyse, ironise et interpelle les personnages et les lecteurs. Attention surprise!

Pour ainsi dire, entre Paris et les Causses du Quercy, aux antipodes des chevauchées à travers le désert de l’Arizona ou des saloons typiques du Farwest, c’est comme si l’on entendait malgré nous L’homme à l’harmonica d’Ennio Enricone in Il était une fois dans l’Ouest. Puisque par la force des choses, le fameux duel final aura bien lieu: après tout, qu’est-ce qu’un bon western sans son inéluctable et symbolique duel final Pan! Pan! Pan!!

Mais concernant les péripéties, je m’arrête ici et vous laisse le loisir de les découvrir en lisant le livre.

Mention spéciale pour la description de l’emprise amoureuse à retenir quelque part dans le récit. Au delà d’un formidable exercice de rhétorique, un brin cynique, ce fut instructif.

Si j’étais écrivaine, j’aurai aimé signer un livre aussi délirant et terre-à-terre à la fois que Western de Maria Pourchet, chapeau (de cowboy) bas!

Un de mes meilleurs romans lus en 2023.

Quelques citations 🤫

« Vu d’en bas, le causse est cerclé de rives méandreuses, ses falaises plongent vers le Lot et vers ces villages taillés dans la roche essentiellement connus des pèlerins marchant sur Compostelle. Ce pays-là, quand on le trouve, souvent par hasard, on veut y revenir pour y mourir. Même les jeunes, même les Anglais. »

« Aurore est seule, oui. Vu de loin, de là où on voit mal, on pourrait dire encore plus seule qu’avant. Mais c’est mieux, c’est une solitude qui n’appelle plus personne et n’attend pas. »

« C’est là l’emploi d’Aurore. À raison de trois heures par jour maximum, elle veille et parfois elle parle. Elle doit sa nouvelle maison à la mort de sa mère et sa nouvelle fonction à la mort du travail. Le reste du temps elle fait ce qu’elle veut. Disons ce qu’elle trouve. Jardiner par exemple. »

« J’ai compris. Ça la reprend. L’ascèse réparatrice n’a pas marché. L’ascèse ne change pas grand-chose, jardinage ou pas, c’est toujours comme à Paris l’extinction des sens, leur torture au nom d’une volonté louable d’aller mieux mais qui s’y prend comme un manche. À force de se couper de la chair, la chair fâchée se rappelle à la nuit et fait n’importe quoi. »

« Dans les westerns, quand l’étranger vous arrive de la plaine, il laisse ses chevaux dans la cour, on l’examine à la lueur des flammes disponibles, on le nourrit mais pas immédiatement. Le cheval d’abord. Quand les chevaux sont propres, on lui donne ce que l’on a et l’usage veut qu’il vide son flingue sur la table. Il mange, on le calme, on le démilitarise. Plus tard, il vous montrera ses cicatrices, racontera l’épopée qui le précède dont il est toujours un peu la victime et substantiellement le héros. Alexis dans cette histoire devait être le cheval. Il n’avait rien à dire et dormait déjà. »

« C’était ici, l’endroit qu’elle avait trouvé pour regarder des choses pousser, et pas seulement des fleurs. Et elle envoie valser du pied un laurier en pot, et elle crie : un lieu à soi, putain. »

« Un jour, elle trouve l’endroit. Sa mère lui a laissé quelque chose, quelque chose juste pour elle, pour une fois. Une maison, des murs de pierres soudés par deux siècles de lichen, un cyprès, un écureuil. Elle peut recommencer à partir de là, finir d’abandonner le poste des femmes tenaces et épuisées. »

« Dans le western, où l’anarchie est naturelle, où c’est le calme qui doit s’imposer, quand la paix est figurée trop tôt, c’est mauvais signe. Repas autour du feu ou instruments à cordes sous les étoiles, qu’importe l’allégorie, rien n’est plus proche , faut-il entendre, que le combat. De ce charme de l’intimité que l’immensité menace on ne pourra rien garder , rien saisir. Sinon la densité des émotions qui se savent précaires. »

« Elle n’est ni morte ni seule, pour commencer. Elle a cessé de se désirer ailleurs qu’ici et plus généralement de désirer. Ce n’est pas la mort, ni la solitude. C’est la paix. »

« Le problème avec la violence psychologique, c’est qu’on peut. Le problème avec elle, c’est de lui avoir si longtemps donné d’autres noms. Comme passion, comme liberté. Le problème avec l’emprise c’est son synonyme, l’amour, et le problème avec lui ce sont ses droits. Le problème avec la douleur c’est qu’elle veut faire savoir. Et alors le problème avec le scandale ce sont ses conséquences. »

« — Vous êtes une artiste. Vous avez le choix, dit-il. Il veut lui faire entendre, à la gosse, qu’elle va pouvoir faire quelque chose de toute cette merde, un artiste cela transforme. Une pièce, un texte. Il lui dit en somme jetez-vous dans l’art plutôt que dans la guerre. Personnellement je suis d’accord. Le risque est moindre à vivre dès lors qu’on en tire un chant . »

« —À vous. Moi j’ai raconté. Et vous ne m’avez toujours pas répondu. —À quoi ? À pourquoi elle vivait là, à se raconter la liberté dans un enclos, son espace vital rétréci de la chambre à la cuisine et du salon à la porte. Son extension sur douze kilomètres et encore lui faut-il revenir sur ses pas, son temps éveillé limité à trois heures : celle de manger, celle d’attendre, celle de boire. Comment peut-on consentir à si peu. »

« Être quelqu’un d’autre. Il voudrait être quelqu’un d’autre. Ce désir-là, à vingt ans c’était des ailes. À quarante-cinq c’est un aveu de défaite, d’abandon. D’ailleurs il va bientôt abandonner. »

« Nous invitant à détruire l’illusion d’un pacifisme du discours amoureux, l’article prétend dire enfin de quoi il retourne, dans une analyse des cinq temps de la performance néodomjuanesque : ravissement, contrainte, anéantissement, durcissement, abandon. »

« Répétition intense des thèmes et des métaphores, répétition continue du message dont on connaît, depuis les premières études behavioristes sur le comportement des foules, l’effet coercitif sur le cerveau. Le sujet s’en trouve privé de tout recours critique, en proie à une pure et simple paralysie du jugement. Peu à peu, il adopte le message répété comme consigne. Il le fait sien, l’assimile en croyant l’avoir produit. »

« Si le western est un genre, c’est le féminin. Il articule en un seul trajet l’idée du destin, l’idée du tragique de la condition humaine à celle de la plus fascinante liberté. C’est quoi, tout ça en une seule forme, sinon une femme. »

« Pas de western sans que vers la fin le réprouvé et son adversaire s’avancent mythiquement l’un vers l’autre dans un espace fermé par la roche, par les murs ou par les clôtures. Le duel est souvent la seule issue d’une situation sentimentale confuse qui lie les opposants – amitié ambiguë, troubles muets, estime bafouée. »

« Le public, tous secteurs artistiques confondus, n’aime rien tant que l’aveu et la nudité. Paradoxalement, à l’heure de la vertu comme religion, l’impudeur paye autant qu’avant. Alexis rafla ainsi l’amour déraisonnable que la foule, même éduquée, nourrit pour les princes et pour les acteurs et que celle-ci, composée d’un gros tiers d’intellectuels, se torturait à retenir. On se soulagea. Dans un premier temps déboussolé, on applaudit comme des malades. La gueule du début du siècle sortit comme d’habitude avec le dernier mot. »

La note De Lire Délire

+À lire si vous aimez les histoires de rencontres incroyables dopées par une narration de génie sur fond de western.

-S’abstenir si et seulement si la patience n’est pas au rendez-vous, car le récit est truffé de digressions tantôt cérébrales tantôt nébuleuses.

Note : 4.5 sur 5.

2 réponses à « Est-ce lumineux ou est-ce terne ? »

  1. Avatar de Light And Smell

    Ce n’est pas encore sûr, mais je vais peut-être voir demain une mise en scène courte du roman alors je dois dire que ton avis tombe à point nommé ! Merci 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Light 🌞 Avec plaisir ☺️ Une mise en scène de Western de Maria Pourchet= du grand spectacle en perspective ! Bonne séance 😉

      J’aime

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !

Et si… nous restions en contact ?

Mon profil sur Babelio.com