« Bonus pater familias »qu’ils disent

Ami·e·s De Lire bonjour et bienvenue dans cette chronique ! Au sommaire :

  1. Synopsis
  2. « Bonus pater familias »qu’ils disent
  3. La note De Lire Délire

#Enbonspèresdefamille#NetGalleyFrance

Avant de toute chose, je tiens à remercier chaleureusement NetGalley et les éditions JC Lattès pour cette découverte éditoriale remarquable.

Aujourd’hui nous allons parler de l’essai intitulé Préparez-vous pour la bagarre_ En bons pères de famille de Rose Lamy, paru en octobre 2023 aux éditions JC Lattès, 250 pages.

Synopsis

« L’agente immobilière m’avait prévenue : parapher la page 3 de mon bail n’allait sûrement pas me plaire. Il y était écrit que je m’engageais à occuper mon nouvel appartement “en bon père de famille”. Un bon père de famille, c’est un personnage de droit qui représente la norme, le neutre universel autour duquel on structure la société. C’est à ce moment-là que tout s’est connecté : quand on m’a contrainte, par écrit, à faire allégeance à un système qui place la moralité des pères au centre, en niant mon vécu et celui de millions de femmes et d’enfants victimes de leur violence. Car finalement, qui était mon père ? Un héros parti trop tôt ? Un monstre misogyne coupable de violences ? La réalité se situe au-delà de ces stéréotypes. Il n’était ni un monstre ni un héros, c’était un homme statistiquement normal. Un bon père de famille. »

Dans cet essai à la première personne où s’entremêlent intime et politique, Rose Lamy montre comment les bons pères de famille, en tant qu’individus et en tant que classe sociale, maintiennent le silence autour des violences intrafamiliales. Avec ce nouveau livre où l’on retrouve la finesse d’analyse qui fait son succès, elle achève de s’imposer comme l’une des voix incontournables du féminisme contemporain. Rose Lamy est l’autrice de Défaire le discours sexiste dans les médias (Lattès, 2021 ; Points, 2022).

Rose Lamy est l’autrice de Défaire le discours sexiste dans les médias (Lattès, 2021 ; Points, 2022).

« Bonus pater familias »qu’ils disent

Pour ma part, Préparez vous pour la bagarre _En bon père de famille, en voilà un titre qui a de la dégaine se dirait- on de prime abord.

Pour moi qui ne connaissais pas l’œuvre de Rose Lamy, après coup, je peux dire que cet essai m’a marquée de façon déterminante : j’en ai surligné pratiquement la moitié, c’est vous dire.

L’auteure y raconte son expérience personnelle avec son père, un homme violent qui se cachait derrière le masque du « bon père de famille ». Elle analyse comment cette figure juridique et sociale protège les hommes qui commettent des violences envers les femmes et les enfants, et comment elle empêche la reconnaissance et la réparation des victimes : 

« Il n’y a rien d’accidentel ou d’affectueux dans un continuum d’actes qui menacent des corps résistant à la domination des bons pères de famille. On ne souhaite pas forcément détruire les femmes et les enfants, on veut les assigner à un rôle subalterne, les dominer, grâce à l’exercice de la violence. La nuance est importante. »

Elle décrypte aussi les stéréotypes qui entourent les hommes violents, qui sont souvent présentés comme des monstres ou des exceptions, alors qu’ils sont en réalité des hommes normaux, issus de toutes les classes sociales et de toutes les origines : que l’on soit une célébrité richissime ou de modeste condition, quelque soit l’endroit sur Terre, le système profite toujours aux « bons pères de famille ».

Rose Lamy nous invite à remettre en question le système de domination patriarcal qui produit et maintient ces violences, et à chercher des moyens de le transformer.

« Ce livre n’est pas une étude exhaustive ou statistique sur les auteurs de violences intrafamiliales, mais une réflexion sur les secrets et les silences, et la force de ces vies qui cherchent à dire et à écrire. »

C’est un livre courageux, lucide et nécessaire, qui mêle intime et politique avec brio que je recommande sans réserve à toute personne s’intéressant au féminisme et à la sociologie du genre.

Citations de Rose Lamy in En bons pères de famille, JC Lattès, 2023

« Derrière les portes closes, il insultait régulièrement ma mère, la dénigrait, la soupçonnait d’aller voir d’autres hommes quand elle partait faire les courses dans la ville la plus proche. « Qu’est-ce que tu ferais sans moi ? » lâchait-il quand elle menaçait de partir. En secret, elle avait commencé à mettre de l’argent de côté pour le quitter un jour. »

« Alors que j’intégrais toutes ces informations, j’ai signé un nouveau bail locatif en m’installant à Bruxelles. Mon agente immobilière m’a prévenue que parapher la page 3 n’allait sûrement pas me plaire. Il était écrit que le « preneur de l’appartement », moi, s’engageait à l’occuper « en bon père de famille ». J’avais déjà vu l’expression en France dans un bail signé en 2012 ; j’avais alors été amusée de son caractère désuet. En 2022, compte tenu de tout ce que j’ai pu lire sur les violences intrafamiliales et à la lumière du secret qui vient de m’être révélé, je ne ris plus du tout. »

« Dans ces petits mondes organisés autour d’eux, toute résistance à l’autorité, tout désir d’autonomie est sanctionnable. En effet, la plupart des féminicides sont commis au moment où les femmes décident de partir, et de s’émanciper de la domination d’hommes qui se considèrent comme les chefs de famille. »

« Lutter contre les violences domestiques, ce n’est pas désigner et combattre des monstres, qu’on pourrait garder en marge de la société, mais un système entier qui produit des pères, des maris violents, et maintient leur domination sur les femmes et les enfants. »

« Il n’y a rien d’accidentel ou d’affectueux dans un continuum d’actes qui menacent des corps résistant à la domination des bons pères de famille. On ne souhaite pas forcément détruire les femmes et les enfants, on veut les assigner à un rôle subalterne, les dominer, grâce à l’exercice de la violence. La nuance est importante. »

« Je ne vis sous l’emprise d’aucun homme, je n’ai jamais été attaquée en justice, je n’ai été jugée pour aucune infraction, aucun délit ou crime, et pourtant , depuis que je prends la parole publiquement sur le sexisme, j’ai l’impression d’être une délinquante en liberté conditionnelle et de vivre en résidence surveillée. À tout moment, ce que j’écris peut être tronqué, instrumentalisé, déformé, et devenir le prétexte à un déchaînement de violences punitives. Grâce à la révélation du secret de la violence de mon père et aux nombreuses discussions que j’ai partagées avec ma mère, j’ai compris quelque chose d’essentiel sur les violences en ligne. Elles sont le prolongement, dans l’espace public, de la violence coercitive des pères dans la cellule familiale. »

« Dans ces exemples, quelle loi, si ce n’est celle des bons pères de famille, les victimes avaient-elles transgressée ? Qui décide que le son de la télé est trop fort, la pizza pas assez cuite, la pâte à crêpe grumeleuse ou l’adversaire au Scrabble pas assez véloce ? Et qui, dans un second temps , accepte ce motif comme un élément valable à relayer dans la presse ? »

« J’ai été façonnée dans mon intime par la terreur de la violence et des changements d’humeur aléatoires des adultes. L’idée que leurs cris puissent s’abattre sur moi malgré tous mes efforts pour être sage me hante encore. »

La note De Lire Délire

*La phrase que je garde en souvenir :

« J’ai été façonnée dans mon intime par la terreur de la violence et des changements d’humeur aléatoires des adultes. L’idée que leurs cris puissent s’abattre sur moi malgré tous mes efforts pour être sage me hante encore. »

Rose Lamy in En bons pères de famille, JC Lattès, 2023

+ À lire de toute urgence : C’est un livre engagé, nuancé et percutant qui contribue au débat féministe contemporain.

Note : 5 sur 5.

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