Cap vers l’Asie du Sud-Est pour un road-trip familial!

« Notre bungalow idéal est à la fois un refuge et une rampe de lancement. C’est l’habitat des nomades, la yourte ou le tipi, que l’on érige à chaque étape, qui s’ouvre sur les grands espaces, la nature et les autres. C’est une oasis, une zone protégée, où l’on est chez soi tout en étant ailleurs. »

Julien Blanc-Gras in Bungalow, Stock, 2024

#Bungalow#NetGalleyFrance

Ce récit d’autofiction nous embarque dans un road-trip salutaire de plusieurs mois, assumé sans prétention aucune par le narrateur, en compagnie de la Femme et de l’Enfant, 9 ans.  Qu’à cela ne tienne, ce dernier fera l’école par correspondance… ou pas.

Leur périple débute en Thaïlande et se poursuit tour à tour à travers le Laos, le Cambodge, le Vietnam, le Japon et la Corée du Sud, au fil du fleuve Mékong à la recherche du temps de vivre.

Chaque étape est une découverte, tantôt fascinante avec des paysages à couper le souffle, tantôt drôle avec des situations à la fois inédites, rocambolesques et tantôt attendrissante avec des révélations surprenantes ; sur ce, je ne vous en dis pas plus vous le découvrirez en lisant le livre.

Pour ma part, drôle et attendrissant

Le narrateur nous emmène, avec la Femme et l’Enfant, dans un voyage familial en Asie du Sud Est, une aventure nécessaire pour éviter l’implosion imminente de leur famille à Paris.

Bungalow, écrit à la première personne, est un récit marquant par son écriture drôle riche en litotes et en calembours désespérants, comme le dit si bien le narrateur lui-même, sans compter autres ratures, ndlF et j’en passe et des meilleures. Ainsi le talent singulier de Julien Gras-Blanc réside entre autres dans sa capacité à manipuler les décorations typographiques à sa guise pour mêler efficacement humour, (im)pertinence et réflexion.

Pour ainsi dire, on ne s’ennuie jamais des pérégrinations de ce trio aventurier, et le roman se lit à une vitesse surprenante tant les anecdotes sont décalées et divertissantes.

Enfin, j’ai surtout choyé le regard sincère et tendre du narrateur sur les relations familiales ainsi que sa façon de transmettre des valeurs humanistes à sa progéniture.

Bungalow est une ôde au partage, à la tolérance et à la découverte de l’Autre, une aventure humaine qui résonne avec nos propres désirs de liberté et d’évasion.

Quelques citations 🤫

« Les années 2020 ne sont pas fofolles. Les turbulences sociales et sanitaires ont violenté les bobos. Autour de nous, l’atmosphère s’est chargée de nuages nommés dépression, divorce et cancer. Au programme : quêtes de sens, changements de vie, petites et grandes démissions. Certains fuient à la campagne, d’autres dans le militantisme ou dans la coke. Les crises de la quarantaine, qui se transforment plus vite qu’on ne le croit en crises de la cinquantaine, font la fortune des psys et des débits de boissons. »


« Le voyage soigne. Il panse les vagues à l’âme en nous immergeant dans la joie du réel. Ça, je le sais. Je mise sur ce périple pour réparer la Femme, édifier l’Enfant et lutter contre l’encroûtement qui guette les hommes de mon âge. »


« C’est le moment de fuir la ville qui flingue les nerfs, les écrans qui dévorent le cerveau, le travail qui blesse. De montrer à l’Enfant qu’il existe autre chose, ailleurs. Qu’une vie différente est envisageable, loin du salariat et des brunchs du dimanche. C’est simple. On va partir et quand on reviendra, on sera plus heureux. »


« Ce périple, je l’envisage comme une offrande à notre progéniture : un bon cadeau pour ouvrir tes horizons et découvrir que la vie te tend les bras avec une infinité de possibles, si tu prends la peine d’aller voir ailleurs. Je plante la graine de la curiosité ambulante, tu la feras pousser à ta façon. »


« La Femme : vingt ans de salariat, zéro jour d’arrêt maladie. Pourquoi s’infliger ça ? Pourquoi s’entêter dans une posture où l’héroïsme le dispute à l’autodestruction ? Un besoin de montrer qu’on est dure au mal, qu’on est capable d’encaisser, peut-être parce qu’on doit prouver deux fois plus quand on est une femme – et pas un rejeton de la bonne société de l’Ouest parisien partant dans la course avec quelques siècles d’avance. Clac, l’élastique. »


« C’est fascinant, la puissance du déni. Votre corps dicte une consigne (repose-toi), votre conscience l’ignore (c’est bon, je vais tenir le coup ). Votre cerveau, pourtant agile, est leurré par la tâche numéro un (faire le job), qui occulte tout le reste. Vous vous oubliez. »


« C’est qui, ce monsieur à lunettes en photo dans tous les villages ? (C’est le mec qui dirige le pays depuis une quarantaine d’années.) Et ces fossés, pourquoi sont-ils jonchés de détritus ? (Parce que le monsieur à lunettes ne se soucie pas trop de l’environnement.) À quoi ça sert, les maisons construites sur pilotis ? (À mettre les vaches à l’ombre lors de la saison sèche et les hommes à l’abri à la saison des pluies.) D’ailleurs, pourquoi les vaches sont-elles si maigres ? (Elles ne sont pas très bien nourries car le Cambodge pointe à la 141e place sur 191 à l’indice de développement humain.) »


« Au programme ce semestre : décentrer son regard. S’adapter à un contexte inédit. Définir ce qu’on accepte de relativiser au nom d’un usage, ce qu’on refuse au nom de la dignité universelle. Repérer une embrouille de loin. Découvrir les vertus de l’incertitude. Expérimenter un autre rapport au temps. Les bénéfices d’un tour du monde valent bien ceux d’un doctorat. »


« (Croyez-en un voyageur chevronné : il suffit souvent d’attendre une ou deux heures pour que les problèmes se dénouent ; la patience sauvera le monde.) »


« J’ai bien fait d’amener l’Enfant. Il écoute attentivement les explications qui nous sont données ; il observe d’autres vies que la sienne, commence à mesurer la chance que représente le fait d’aller à l’école. Il découvre qu’on peut avoir neuf ans et vivre sur une décharge. Il intègre aussi l’idée qu’on peut améliorer le monde, un petit peu, si on veut bien s’en donner la peine. »


« « Tout bien considéré, il y a deux sortes d’hommes dans le monde : ceux qui restent chez eux, et les autres . » J’avais placé cette citation de Rudyard Kipling en exergue de mon premier roman. Je me permets d’étendre et d’actualiser le propos. Tout bien reconsidéré, il y a deux sortes d’humains dans le monde : ceux qui restent chez eux et les autres, ceux qui ont les moyens de sortir. »


« Je me lève avec l’aube, enfourche un vélo pour longer ce fleuve qui charrie une mythologie coloniale dans ses eaux descendues de l’Himalaya. La vie de la rivière dégage une sérénité mystérieuse (bon sang, que cette phrase est nulle). »


« Il n’existe aucune vidéo de mon enfance, cette époque où on ne se baladait pas avec une caméra dans la poche. J’ai des photos, je connais ma bouille à neuf ans. Je ne sais rien de mes expressions, de ma voix, de ma façon de bouger à l’école primaire. Mon enfance est un continent qui dérive au loin, irrémédiable tectonique des âges. Une terre heureuse vers laquelle je ne me suis jamais trop retourné, parce que l’avenir me tendait les bras et que je ne jugeais pas pertinent de m’éparpiller dans la nostalgie. Mais je vieillis et j’ai désormais plus de passé que d’avenir. Des sensations d’enfance se réactivent au contact du fils. Des souvenirs cornés par le temps rejaillissent sans crier gare, alors qu’on n’avait rien demandé. On les réinterprète, filtrés par le nuage de la mémoire, cette belle traîtresse. L’Enfance de mon fils, elle, est sanctuarisée dans le cloud. Il pourra se voir grandir, si ça l’intéresse. »


« Je vous propose de faire mon procès tout de suite, comme ça on sera débarrassé. »


« Notre bungalow idéal est à la fois un refuge et une rampe de lancement. C’est l’habitat des nomades, la yourte ou le tipi, que l’on érige à chaque étape, qui s’ouvre sur les grands espaces, la nature et les autres. C’est une oasis, une zone protégée, où l’on est chez soi tout en étant ailleurs. »


« La mémoire, matière malléable et périssable, nous joue facilement des tours. En découle la nécessité d’écrire, de se constituer des récits familiaux ou collectifs, socles communs sur lesquels nous nous inventons. La mémoire est un sport d’équipe. Le voyageur, pour peu qu’il fasse partie de l’humanité, ne peut faire l’économie de certains détours historiques. »


« Nous avons survécu à une coexistence à trois, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, pendant toute une saison, pour former une bulle fusionnelle roulant d’un pays à un autre en carburant à la découverte. Nous avons bourlingué à pied, à vélo, à scooter , en tuk-tuk, en bus, en train, en pirogue, en ferry et en avion. »

Julien Blanc-Gras in Bungalow, Stock, 2024

Ma note : 5/5

Le bon point : Une lecture drôle et enrichissante, qui nous transporte aux antipodes, à l’autre bout du monde dans tous les sens du terme tout en offrant une belle réflexion sur la famille, nos origines et notre humanité.

3 réponses à « Cap vers l’Asie du Sud-Est pour un road-trip familial! »

  1. Avatar de Premières lignes #46 – Aïkà bouquine.

    […] l’ai découvert avec Bungalow, une pépite d’humour, d’autodérision et d’observation fine. J’ai souvent ri, parfois à […]

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  2. Avatar de Light And Smell

    Le style a l’air très intéressant 🙂

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    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Light 🌞 En effet, ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre autant de parenthèses, d’apartés, de fausses ratures en mode « je dis ça, je dis rien » dans un récit littéraire ! C’est original et drôle !

      Aimé par 1 personne

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