Une leçon de résistance et d’espoir, de père en fils

« – Réfléchis à ce que tu mets dans ta tête, parce que ça y restera pour toujours. – Il y a bien des choses qu’on oublie, non ? – Ouais… On oublie ce dont on devrait se souvenir et on se souvient de ce qu’il faudrait oublier. « 

Manu Larcenet in La route, Dargaud, 2024

Dans un monde post-apocalyptique en plein hiver éternel, où l’humanité dévastée est devenue cannibale, un père et son jeune fils cheminent en portant un caddie chargé de débris et de trouvailles utiles à leur voyage vers la côte sud, où il fait moins froid.

Sur la route, afin de meubler le temps et le silence, père et fils parlent et échangent leur reflexions à travers des conversations à coeur ouvert tandis que les dangers mortels et les découvertes épouvantables ne manquent pas à l’appel.

Pour leur ultime défense, le père garde toujours avec lui son revolver contenant deux balles. Sur ce, je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en lisant l’album.

Cet album est l’adaptation du roman éponyme Prix pullitzer 2007 de Cormac McCarthy qui par ailleurs a également été adapté au cinéma ( nominé au Lion d’Or 2009 ): nous parlons donc d’un chef d’oeuvre unanime que, pour ma part, je ne découvre que maintenant.

Les thèmes sombres y sont nombreux : la survie dans une humanité en proie au chaos, à la famine et au froid, la peur au ventre, les choix et les risques que nous sommes prêts à prendre pour vivre un jour de plus sans céder à la bestialité face à l’horreur.

Mais dans ces ténèbres, il y a aussi la résistance et l’espoir, la transmission de cet espoir du père à son fils, et l’amour de la vie, même de la survie à tout prix. Ne jamais abandonner, ni céder à la bestialité.

Étant la seule constante, la route qu’ils suivent sans relâche, s’arrêtant à peine pour se reposer, devient le symbole de leur idéal : celui de « toujours rester en mouvement », toujours avancer et de croire que le meilleur reste à venir.

Manu Larcenet a réussi à recréer un univers dantesque, graphiquement pestilenciel, si je puis m’exprimer ainsi, grouillant de ruines, d’ordures et de charognes.

Les dessins sont exécutés à l’encre noire ultra-fine et précise, avec un nuancier de gris et terre de Sienne et l’auteur n’a pas lésiné sur les détails riches et les reliefs foisonnants.

Et le résultat est tout simplement hallucinant : une atmosphère lourde et poussiéreuse qui fait plisser les yeux, des reliefs chaotiques et des silhouettes cadavériques.

L’effet est saisissant, effroyable et, malgré tout, esthétique, parfaitement en phase avec le thème de l’histoire.

Pour ma part, il m’a été impossible de lâcher cet album avant de l’avoir fini : cette vision de Larcenet est sûrement un aperçu des enfers dont nous, les êtres humains, sommes à la fois les architectes et les monstres.

Ma note : 5/5

Le bon point : Un chef-d’œuvre graphique qui me rappelle un peu L’Enfer de Dante des frères Brizzi et une ode à la résistance et à la transmission de l’espoir de père en fils, que je recommande.

Le moins bon point : qui n’en est pas un, je précise que cet album est un thriller du genre horreur et épouvante, âmes sensibles s’abstenir.

5 réponses à « Une leçon de résistance et d’espoir, de père en fils »

  1. […] La route_ D’après l’oeuvre de Cormac Mc Carthy de Manu Larcenet. Un voyage intitiatique où père et fils cheminent au coeur d’un univers dantesque post-apocalyptique. Noir et blanc et foisonnant de détails : c’est indiscutablement un pur chef-d’oeuvre graphique. […]

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  2. Avatar de Light And Smell

    Je ne pense pas tenter le roman mais le découvrir sous cette forme m’intéresse d’autant que l’ambiance graphique a l’air saisissante.

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    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Effectivement, je n’ai jamais pensé à lire le roman moi non plus… mais c’est oeuvre impressionante de Manu Larcenet qui m’a décidée. Puis en découvrant cette histoire, je me dis que peut-être un jour, je regarderai le film !

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  3. Avatar de à la page des livres

    A la librairie, j’étais à deux doigts de l’acheter mais ne connaissant pas le roman, j’ai eu un doute. La libraire m’a conseillé la lecture du roman avant de passer à la BD.
    La BD est très dense (illustrations, nombres de pages) : là encore ça m’a fait douter…
    Je me demande si je ne devrais quand même pas revenir sur ma décision et l’acheter…
    Vraiment, La route me tente depuis tellement longtemps !

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