« Les mots sont tout. Ils peuvent unir ou séparer. Ils peuvent construire ou détruire. Blesser ou sauver. Un seul mot et tout peut changer. Des vies entières avaient été brisées par un mot. Et d’autres réparées, toujours grâce à un mot prononcé au bon moment. »
Anna Bonacina in Il suffit parfois d’un été, La Belle Étoile, 2024
Une fois n’est pas coutume, je vous emmène en Italie !
Priscilla est la célèbre créatrice de la saga Calliope de Topaze. Cette romance fantastique, comptant déjà sept tomes à son effectif, et appréciée pour son triangle amoureux au cœur d’un univers de piraterie, a conquis un très large public.
Mais cet été, alors que les afficionados attendent avec impatience le sort de l’héroïne Calliope, resté en suspens, Priscilla fait face à une panne d’inspiration sans précédent.
Elle décide de quitter la vie trépidante de Venise pour s’évader en louant une charmante villa située à Trigliobianco, en espérant que le calme de ce petit village au cœur de la campagne italienne raviveront sa créativité.
Au même moment, Cesare, un chirurgien esthétique de renommée internationale est épuisé par la pression incessante de son travail et de sa vie privée. Lui aussi décide de prendre un break et de rendre visite à son frère jumeau qui habite, devinez où, à Trigliobianco.
Ce qui s’annonce comme une romance à l’eau de rose entre deux trentenaires au bout du rouleau devient un bel embrouillamini car nous sommes à Trigliobianco : ici, on se mêle de tout et de tout le monde, à qui mieux mieux. Et chacun·e y va de son petit complot mais sur ce, je ne vous en dis pas plus vous le découvrirez en lisant le livre.
Dans cette romance intergénérationnelle, j’ai particulièrement apprécié les questionnements de Priscilla concernant l’avenir de sa carrière. Que fera-t-elle de Calliope, son héroïne emblématique ? Continuera-t-elle à écrire des romances fantastiques, ou se lancera-t-elle dans le polar ? Personnellement, plus que les péripéties et la grande variété de personnages, ce sont ces réflexions qui m’ont beaucoup amusée !
L’auteure réussit à créer une atmosphère irréelle baignée de soleil, dans un village pittoresque où il fait bon vivre, serti de fleurs de magnolia et d’acacias, animé d’une myriade de personnages attachants aux noms poétiques : la bibliothécaire Amanda, la baby-sitter Virginia, Agata l’apprentie enquêtrice et aventurière, le docteur Ettore, Vladimiro le « fou » du village, Dumbo le facteur et j’en passe et des meilleures. De plus, leur évolution au fil de l’été est racontée avec une touche de comédie qui fait sourire à chaque page.
Enfin, ce que j’ai aimé dans ce récit, encore plus que les fraises de saison dont on se régale tout au long, sont les nombreuses références littéraires issues de textes de la grande littérature romantique : du Shakespeare, du Baudelaire, de l’Aragon, du Kundera…
En me détournant de mes genres de prédilection, et malgré le côté cliché incontournable au genre romance, cette lecture pleine de joie communicative m’a apporté une parenthèse apaisante. Il y a des jours comme ça, il n’en faut guère plus pour se sentir encore mieux. Je recommande chaleureusement aux amatrices et amateurs de comédies romantiques !
Quelques citations 🤫
« — Et puis elle les trouve où, d’abord ? Elle les aborde à la station-service pendant qu’ils font le plein ? Au supermarché ? Je l’imagine bien examiner le contenu des caddies pour vérifier qu’ils n’achètent pas des petits pots pour bébés, avant de leur tapoter l’épaule et de les interroger : « Excusez-moi, vous êtes célibataire ? Parce que je vois que vous avez pris de la soupe de poisson surgelée. Or, ma fille n’a toujours pas de petit ami. Elle est très jolie, vous savez ? Elle écrit aussi des livres qui remportent, inexplicablement, un certain succès. Tenez, je vous laisse sa photo. » Et là, elle dégaine un cliché de moi qu’elle leur glisse dans la main comme un prospectus de la Scientologie. »
« Superbe, plus blonde que blonde, typique du xviiie siècle mais de petite vertu et disputée par plusieurs hommes parmi lesquels figuraient bien entendu le ténébreux pirate Jack Raven et le langoureux comte Edgar Allan, Calliope était à tous les égards l’exacte opposée de sa créatrice. Laquelle écrivait les aventures de son héroïne vêtue d’un sweat informe sur une paire de leggings noirs, ses cheveux rebelles attachés avec une pince de fortune, tout en mangeant du chocolat aux noisettes et des chips au poivre directement dans le sachet. Tandis que Calliope menait une vie amoureuse florissante et épanouie, Priscilla, à trente-six ans, avait, comme on dit, baissé les bras. »
« Mais , à présent qu’elle était devenue une star auprès des lectrices de romance, la romancière souffrait pour la première fois de sa vie du tristement célèbre syndrome de la page blanche. Bref , elle était dans le pétrin. »
« Au même moment, l’écrivaine en question, assise à la place numéro 6 du wagon numéro 2 du train interrégional numéro 3363, tentait d’avoir un échange téléphonique courtois avec sa mère. Avec un résultat mitigé, il fallait bien l’avouer. Le même sujet tournait en boucle depuis dix minutes, et il n’était que neuf heures vingt du matin. »
« Elle, la femme qui faisait rêver des millions de personnes grâce à l’amour qui s’écoulait de sa plume, avait décidé de ne plus jamais tomber amoureuse. Elle avait coupé les ponts avec la vie réelle. Forte de ce constat, elle avait choisi de transférer toute cette ardeur dans ses livres. C’est pourquoi Priscilla écrivait et écrivait encore, créant des intrigues et des personnages qui touchaient au cœur les femmes et les jeunes filles du monde entier, lesquelles soupiraient langoureusement et d’un air rêveur en lisant chacune de ses phrases.
Durant des années, elle s’était transmuée en une parfaite machine à produire des histoires, des romances emplies de passions et de tragédies. Vibrants, les mots jaillissaient de son esprit pour atterrir sur la feuille. Elle aimait tant sentir les phrases se former dans sa tête, découvrir ses personnages, lumineux et pleins de vie, s’échapper naturellement de ses doigts sur les touches de son clavier pour prendre forme. Elle puisait à pleines mains dans une créativité jamais tarie, offrant à ses personnages tout ce qu’elle ne parvenait pas à trouver dans la vraie vie. »
« — Non, moi, j’écris des romans d’amour. Agata écarquilla les yeux et la pointa du doigt. — Avec ce tee-shirt ? Priscilla baissa le nez et regarda le pistolet fumant sur sa poitrine. La fillette n’avait pas tout à fait tort. — Des livres dans lesquels tout le monde tombe amoureux et s’embrasse, et gnagnagni et gnagnagna ? poursuivit la fillette avec un certain mépris. — Plus ou moins, admit Priscilla. Une description qui pourrait figurer sur le bandeau de son prochain roman, songea-t-elle, amusée. — Ah… Ce n’est pas du tout ce que j’aime. On y trouve toujours plein de personnages qui « tombent en pâmoison ». Moi, je ne suis pas du genre à m’évanouir. — Qu’est-ce que tu aimes, alors ? l’interrogea Priscilla. — Quand il y a un enquêteur. Comme Hercule Poirot ou Nancy Drew. »
« Rester seule ne lui déplaisait pas. Dans cette maison hors du temps et quelque peu laissée à l’abandon, elle se sentait chez elle. Un lieu magique, en marge du monde , ancré dans le passé. Comme elle. C’était sa malédiction depuis toujours. Cette façon d’être, irrémédiablement anachronique. De s’attarder sur des choses qui n’existaient plus et qui, peut-être, n’avaient jamais existé. Cette obstination à être , en dépit de ses rangers et de ses tee-shirts noirs , une lettre d’amour manuscrite de trois pages dans un monde qui avançait à la vitesse de cent soixante caractères à la fois. Si au moins elle avait été un digne et parfait haïku… »
« Les mots sont tout. Ils peuvent unir ou séparer. Ils peuvent construire ou détruire. Blesser ou sauver. Un seul mot et tout peut changer. Des vies entières avaient été brisées par un mot. Et d’autres réparées, toujours grâce à un mot prononcé au bon moment. »
« C’est ainsi qu’est née cette histoire, une histoire sans enlèvements mais avec un chat disparu, sans duels mais avec un petit complot, sans secrets de cour mais avec le mystère d’une recette égarée, sans échanges d’identité mais avec des échanges de lettres. »
« C’est pourquoi je t’ai confié cette histoire, chère lectrice, cher lecteur : celle d’une romancière désabusée qui a réappris à s’engager sur la route de la confiance et du courage. Parce que pour aimer et se laisser aimer , il faut du courage. Pour être heureux, il faut du courage. Pour vivre et ne pas rester spectateur de la vie qui défile devant nous, il faut du courage. Il a suffi d’un été pour que toutes les fenêtres s’ouvrent en grand et laissent entrer un vent nouveau et léger qui ébouriffe les pensées et déblaie l’âme de ses moutons de poussière. »
Ma note : 4 étoiles sur 5

Il suffit parfois d’un été, Anna Bonacina, La Belle Étoile, 2024
« Il arrive à ceux qui grandissent entourés d’histoires de ne plus réussir à en sortir et à finir par créer un petit monde bien protégé, hors de la réalité. Une Alice qui n’était jamais revenue du Pays des Merveilles. Voilà comment était Priscilla. Blessée par la vie réelle, elle avait trouvé refuge dans celle qu’elle imaginait. Et là, elle s’était blottie entre les espaces blancs des mots. Bien à l’abri. »
Priscilla, romancière en manque d’inspiration, se réfugie dans un minuscule village de quarante âmes ; elle souhaite en finir avec le romantisme et avec son héroïne, éternelle indécise entre ses deux amants. Mais à la suite d’un coup de foudre aussi puissant qu’inattendu, l’autrice de best-sellers à l’eau de rose se retrouve elle-même aux prises avec une histoire d’amour digne du plus romantique des romans…
#Ilsuffitparfoisdunété #NetGalley France
Le bon point : Grâce à la plume perspicace d’Anna Bonicia, j’ai été amusée des déboires et de la dérision « en plein dans le mille » de la romancière qui ne sait plus quoi écrire : la page blanche ça peut arriver à tout le monde et à tout moment ! Cela dit Il suffit parfois d’un été est avant tout une romance, le genre de récit qui fera le régal des féru·e·s de jolies histoires comiques et estivales. Une lecture parfaite pour s’évader et rêver de vacances sous un merveilleux soleil d’Italie.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !