Premières lignes #4

  1. Intro
  2. King Kasaï de Christophe Boltanski

Intro

Premières lignes est un rendez-vous littéraire créé par le blog Ma lecturothèque.

Et c’est simple comme bonjour : chaque dimanche, on présente un livre à travers ses premières lignes.

Pas de contrainte quant au choix : les thèmes sont libres et il n’est pas indispensable d’avoir déjà lu tout le livre pour en partager les premières lignes.

L’essentiel c’est de participer, l’occasion d’échanger un maximum de liens !

King Kasaï de Christophe Boltanski


Je m’efforce de voyager léger. Lors de ses équipées africaines, Henry Morton Stanley emportait, dit-on, une baignoire, des tapis persans et du champagne. Je me contente d’acheter une bouteille d’eau dans une taverne juste avant qu’elle ne ferme ses portes. En sortant de l’établissement, une odeur de sous-bois et d’ozone me saisit. Je devine, au bout de la place du marché, dans l’obscurité, la masse sombre des arbres qui entourent la ville. Des nuages épais voilent le ciel. Les rues sont déjà vides. Alina Gurdiel, mon éditrice, a insisté pour me tenir compagnie jusqu’à mon départ. Avant de regagner son hôtel, elle s’est tournée vers moi, l’air inquiet. « Allez, courage. Tout va bien se passer », m’a-t-elle déclaré, comme si j’entreprenais une expédition dans un pays lointain. Je n’ai pourtant qu’un ou deux kilomètres à faire. À peine une demi-heure de marche. Je tarde à partir, malgré l’heure tardive et l’orage qui menace. Quelque chose me retient. Est-ce la perspective de parcourir une forêt en pleine nuit ou d’être enfermé, seul, jusqu’à l’aube, dans un château hanté ?

Je me dirige vers une énormité. Un empire comprimé dans une boîte, une encyclopédie en trois dimensions, une arche qui contient tout. Faune, flore, hommes et dieux. Toute la mémoire d’un monde rassemblée dans un même écrin. Je m’apprête à passer la nuit à l’intérieur d’un bâtiment monumental et aux prétentions exorbitantes. Appelé à l’origine « musée du Congo belge », puis « musée royal d’Afrique centrale », il a été rebaptisé depuis peu « Africa Museum » en anglais (ou en latin) ; ça fait tout de suite plus classe.

Je me trouve à Tervuren, un faubourg de Bruxelles à la tranquillité provinciale, entouré d’étangs et de bosquets.

Christophe Boltanski in King Kasaï, Stock, 2023


Quatrième de couverture

«  Il est tout blanc, d’un blanc spectral, taillé en Hermès. Privé de son socle, pour ainsi dire détrôné,  il jouxte des artefacts faits de la même substance dure, compacte, quelque peu élimés par le temps, imprégnés de la même grandeur surannée. La vitrine expose une matière – l’ivoire – à travers ses multiples usages exhumés d’un grenier de grand-mère. Un chausse-pied, des coquetiers, des ronds de serviette, un coupe-papier, un bougeoir, des boules de billard, une brosse à cheveux, et au milieu de ce bric-à-brac de brocanteur, un roi avec sa barbe et ses médailles. Léopold II n’est plus qu’un bibelot parmi d’autres.  »

King Kasaï est le nom d’un éléphant empaillé qui fut longtemps le symbole du Musée royal de l’Afrique centrale, situé près de Bruxelles. C’est devant le «  roi du Kasaï  » et près d’un Léopold  II à la gloire déboulonnée, dans cette ancienne vitrine du projet colonial belge aujourd’hui rebaptisée Africa Museum, que Christophe Boltanski passe la nuit.

En partant sur les traces du chasseur qui participa à la vaste expédition zoologique du Musée et abattit l’éléphant en 1956, l’auteur s’aventure au cœur des plus violentes ténèbres, celles de notre mémoire.

King Kasaï, Christophe Boltanski, Stock, 2023

En général, j’ai un faible pour la collection Ma nuit au Musée des éditions Stock dans laquelle l’auteur·e se retrouve entre les quatres murs d’un musée, pendant les horaires de fermeture et raconte son vécu dans cette ambiance hors du temps avec des objets d’exposition pour seule en compagnie.

Ici, il s’agit de l’Africa Museum de Tervuren et je trouve cela hautement intrigant dans la mesure où il s’agit d’un musée d’Histoire, portant encore le spectre honteux de la colonisation belge d’autrefois. Je me demande ce que Boltanski y découvre.

Qui a déjà lu ce livre ? Seriez-vous tenté·e de le lire d’après ces premières lignes ?

Je vous souhaite un bon dimanche De Lire Délire !

7 réponses à « Premières lignes #4 »

  1. Avatar de loeilnoir

    Les premières lignes et la couverture sont intrigantes…

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  2. Avatar de aurelalala

    Coucou. Je ne suis pas certaine d’être le meilleur public mais comme j’aime bien me lancer des défis, ça pourrait me tenter.

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    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Aurelala 🌞 À priori, ce récit me semble être à mi-chemin entre l’essai et le conte initiatique… Tu pourrais peut-être y trouver ton compte 😉 Et si tu te laisses tenter, tu me racontes 🤩

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      1. Avatar de aurelalala

        Pas dans l’immédiat mais c’est un pourquoi pas.

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  3. Avatar de Light And Smell

    Des premières lignes qui donnent tres envie d’en savoir plus sur la suite de l’histoire.

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    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Light 🌞 Tout à fait d’accord ! King Kasaï est dans ma wishlist et j’espère pouvoir le lire un de ces jours !

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      1. Avatar de Light And Smell

        Je lirai ton avis avec plaisir alors 🙂

        Aimé par 1 personne

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