Avant toute chose, je tiens à remercier chaleureusement Babelio et la Masse Critique ainsi que les éditions Payot-Rivages pour cette découverte éditoriale remarquable.
Aujourd’hui nous allons parler du livre intitulé Philosophie du canapé_ Comment vivre une vie détendue, de Stefano Scrima, traduit de l’italien par Philippe Audegean, paru en juin 2024 aux éditions Bibliothèque Rivages , 120 pages.
Synopsis
Stefano Scrima
Philippe Audegean (Traducteur)
Le divan est une chose sacrée ; et c’est la plus grande invention de tous les temps. Avant qu’il n’entre dans nos vies (à partir du XVIIIe siècle), on n’avait aucun prétexte pour s’arrêter de travailler et aller se détendre. Car un lit, n’en déplaise à Proust qui l’utilisait comme bureau, c’est fait pour dormir. Le divan, au contraire, est l’expression terrestre de l’idée métaphysique de détente.
Philosophie du canapé_ Comment vivre une vie détendue, Stefano Scrima, Bibliothèque Rivages, 2024
In vino canapé veritas
Dans son essai Philosophie du canapé : Comment vivre une vie détendue , Stefano Screma nous offre une réflexion profonde et légère à la fois sur l’art de vivre dans la douceur et l’oisiveté.
Cet ouvrage court, mais riche en idées, propose une véritable ode à la tranquillité et au confort, incarnés par le canapé, qui devient bien plus qu’un banal effet mobilier. Pour Screma, le canapé symbolise une invitation à l’ouverture d’esprit et à la contemplation, un havre où le temps peut s’étirer et où l’esprit peut vagabonder.
L’auteur s’appuie sur de nombreuses références littéraires et philosophiques pour étayer son propos, et l’une de ses influences majeures est l’écrivain Charles Bukowski. Screma cite abondamment des œuvres telles que Un carnet taché de vin, Nouveau conte de la folie ordinaire et Hollywood, pour illustrer comment la figure de l’oisif peut être perçue comme un acte de résistance contre les pressions de la société moderne. En effet, Bukowski, avec son style brut et sincère, incarne parfaitement cette philosophie de la vie détendue et sans contraintes.
Ce qui m’a particulièrement plu dans cet essai, c’est la manière dont Screma parvient à rendre la philosophie lisible par tout le monde, sans alambic. Sa prose est à la fois sobre et détendue, à l’image de son propos, ce qui nous permet d’adhérer facilement à ses réflexions. Il réussit à transformer des concepts philosophiques souvent complexes en idées claires et amusantes, rendant la lecture non seulement instructive, mais aussi divertissante – ce qui est rare pour un essai philosophique.
Sur le plan idéologique, disons que je ne suis pas contre la vision socialiste et anti-capitaliste de l’auteur. Screma prône un retour à une vie plus douce et créative, loin de l’agitation et des impératifs de productivité imposés par notre société contemporaine. Il nous invite à réévaluer nos priorités, à ralentir le rythme, et à apprécier les petits plaisirs de la vie quotidienne – autant d’éléments incarnés par le canapé, ce sanctuaire de la rêverie et de la procrastination.
Enfin, et comme une évidence, mes chapitres préférés sont : Chats et canapés et Café et paresse.
À offrir ou à s’offrir, je recommande sans réserve !
Quelques citations 🤫
« La métaphysique que vous trouverez dans ce livre est une « métaphysique du canapé », parce que l’expérience du canapé, à condition qu’il soit suffisamment confortable et douillet, peut susciter une profonde réflexion sur l’existence qui transcende son usage quotidien, au point de nous inciter à nous interroger sur le sens même de notre présence sur terre. »
« Voilà donc l’explication du lien entre le canapé et la philosophie, qu’on appelle aussi pour ceux qui aiment les jeux de mots « philo-sofa », le canapé est en lui-même une philosophie de la vie qui invite au ralentissement à la procrastination, à la rêverie, à la décontraction, à l’oisiveté. »
« Mais le canapé… le canapé réunit toutes les qualités du lit et du fauteuil, et en plus il nous rassemble, il nous ouvre, avec lui nous ne nous sentons pas seuls les barricadés dans nos pensées. Sur un canapé nous pouvons jouir de la compagnie de notre chat, de notre bien-aimée ou de notre bien-aimé, d’un ami, d’un livre ouvert à l’endroit où nous avons besoin de le consulter. Le canapé recrée matérielment l’espace de notre pensée. »
« Donc repos= oisiveté ?
Je dirais que oui.
Quant à moi, du moins, je ne me repose que lorsque je ne fais rien, ce qui signifie simplement que je fais ce qui me chante : m’assoupir en regardant un film, lire tout Le Capital de Marx, écrire un livre absurde comme celui que vous êtes en train de lire… Bref, des trucs comme ça. »
« Le fait est, comme le rappelait Morand, que nous ignorons totalement comment nous reposer, car ce qu’on nous a appris – pour qu’on ait pas la mauvaise idée d’être autre chose que du bon bétail humain -, ce sont les aspects négatifs ( pour le système ) de l’oisiveté, non ces aspects positifs : connaissance et construction de soi, compréhension, empathie, curiosité, découverte de talents et de passions, pure et simple bonne humeur. »
« Je précise, pour éviter tout malentendu, que chacun est absolument libre de vivre sa vie comme il le souhaite. Y compris en ne faisant qu’un avec son canapé : en passant ses journées à s’ empiffrer de sucreries et à regarder la télévision. Mais telle n’est pas l’idée que je me fais du canapéphile qui, comme le dirait Stevenson- un authentique défenseur des paresseux-, a un fort sentiment d’identité : il aime son canapé en tant que protestation oisive contre un monde entièrement façonné par le travaillisme compulsif. »
« Siroter un café sur un canapé, loin des tracas et des rythmes du travail, cela peut devenir une expérience féconde, un doux remède contre le temps appauvri, dévoré par des activités que nous devons accomplir. »
« Boire du café tout en connaissant la profondeur symbolique et la signification de ce geste, voilà le parfait rituel du philosophe de canapé – tel que je le conçois-, celui qui soustrait le temps aux devoirs imposés pour se retrouver en compagnie d’autres personnes (qu’elle soit en chair ou en os quand il est au café, ou virtuel quand il les croise dans des livres) et cultiver son esprit, lui donner une forme singulière, l’enrichir gorgée après gorgée. »
« Bukowski est en effet l’exact prototype du canapéphile hostile a un système qui, fondé sur le travail et l’exploitation, nous empêche de respirer comme nous le voudrions : un système qui vous fait croire que vous êtes un dangereux dissident si d’aventure vous préférez, l’espace d’un seul jour, vous prélasser sur votre canapé avec votre chat sur les jambes. »
Stefano Scrima in Philosophie du canapé_ Comment vivre une vie détendue, Bibliothèque Rivages, 2024
La note De Lire Délire
La phrase que je garde en souvenir :
« Boire du café tout en connaissant la profondeur symbolique et la signification de ce geste, voilà le parfait rituel du philosophe de canapé – tel que je le conçois-, celui qui soustrait le temps aux devoirs imposés pour se retrouver en compagnie d’autres personnes (qu’elle soit en chair ou en os quand il est au café, ou virtuel quand il les croise dans des livres) et cultiver son esprit, lui donner une forme singulière, l’enrichir gorgée après gorgée. »
Stefano Scrima in Philosophie du canapé_ Comment vivre une vie détendue, Bibliothèque Rivages, 2024
Le bon point : En voilà une réflexion précieuse et actuelle sur l’importance de l’oisiveté et de la détente dans nos vies ! À travers une petite centaine de pages d’une écriture sobre et accessible, Stefano Scrima réussit à nous captiver tout en nous offrant des clés pour repenser notre manière de vivre à l’occidentale « toujours produire plus ». À lire d’urgence !


Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !