Aujourd’hui nous allons parler du livre intitulé La chaleur de Victor Jestin, paru en mai 2021 aux éditions Flammarion, de la collection J’ai Lu, 160 pages. Prix Femina des lycéens 2019 – Prix littéraire de la vocation 2019 – Prix Ouest 2020.
Synopsis
Prix Femina des lycéens 2019 – Prix littéraire de la vocation 2019 – Prix Ouest 2020
« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire. »
Ainsi se déroule la dernière journée que passe Léonard, 17 ans, dans un camping des Landes écrasé de soleil. Cet acte irréparable, il ne se l’explique pas lui-même. Rester immobile, est-ce pareil que tuer ? Dans la panique, il enterre le corps sur la plage. Le lendemain, errant dans les allées bondées, il redoute à chaque instant d’être découvert. Et c’est alors qu’il rencontre une fille.
L’histoire, courte et intense, d’un adolescent étranger au monde qui l’entoure et qui s’oppose, passivement mais de toutes ses forces, à cette injonction au bonheur que déversent les haut-parleurs du camping.
LE SAVIEZ-VOUS ? Victor Jestin, né à Nantes en 1994, est un écrivain français reconnu pour ses romans marquants. Diplômé du Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle, il a publié son premier roman, La chaleur, en 2019, qui a remporté le prix Femina des lycéens et le prix de la Vocation. En 2022, il a sorti son deuxième roman, L’Homme qui danse, qui a également été primé. Ses œuvres sont souvent caractérisées par une exploration profonde des émotions et des expériences humaines.
Vivre et laisser mourir ?
Au pied de la lettre, la lecture de ce roman m’a inspiré cette chanson de Paul McCartney Live and Let Die (Apple records, 1973) pour intituler cette chronique.
Léonard, 17 ans, découvre par hasard Oscar, un camarade de camping, en train de s’étrangler avec les cordes d’une balançoire. Là où le bon sens moral oblige à porter secours en cas de danger imminent, Léonard, déstabilisé et paralysé par la peur, n’intervient pas pour sauver le garçon et par conséquent le laisse mourir tel tel. Ensuite, il décide de dissimuler le corps en l’enterrant sur la plage.
Cette décision macabre et insensée plonge le narrateur, et nous avec, dans une atmosphère étouffante, où la chaleur n’est pas seulement physique mais aussi métaphorique, représentant une culpabilité lourde, brûlante et omniprésente.
La description des températures caniculaires sert de métaphore à la pression croissante qui pèse sur Léonard, illustrant l’étouffement moral qu’il ressent. Ce climat oppressant, tant météorologique qu’émotionnel, est habilement restitué par l’auteur, faisant de chaque page une immersion dans la tête de ce jeune garçon en proie à ses démons intérieurs.
Le style d’écriture de Victor Jestin est remarquable par sa sobriété et son efficacité. Sa plume, presque austère, se concentre sur l’essentiel, évitant les digressions inutiles. Cette approche narrative, épurée de toute fioriture, confère au récit un rythme soutenu et une intensité rare, chaque mot résonnant avec un poids particulier. La simplicité apparente du texte met en relief la complexité des émotions vécues par Léonard.
Le roman explore des thèmes universels et intimes, tels que le mal-être chez les jeunes, la non-assistance à personne en danger ainsi que les tourments de la conscience. À travers le regard de Léonard, nous sommes témoins des premiers émois amoureux, des amitiés naissantes, des secrets inavouables, et de la mélancolie qui accompagne souvent la fin des vacances. Ces thèmes sont traités avec subtilité, rendant le récit hyper réaliste.
Pour ainsi dire, La chaleur se lit comme une longue nouvelle, un thriller psychologique, où la tension n’est pas créée par l’action mais par l’introspection et le conflit interne du protagoniste. Un ouvrage que je recommande à qui apprécie les thrillers psychologiques et les récits introspectifs.
Quelques citations 🤫
« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire, comme les enfants dans les faits divers. Oscar n’était pas un enfant. On ne meurt pas comme cela sans le faire exprès, à dix-sept ans. On serre le cou pour éprouver quelque chose. Peut-être cherchait-il une nouvelle façon de jouir. Après tout nous étions tous ici pour jouir. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas bougé. Tout en a découlé. »
« Oscar est mort parce qu’il a voulu mourir, parce qu’il était triste et qu’il a eu l’idée de s’enrouler les cordes autour du cou pour que quelque chose advienne. Oscar est mort à cause de ceux qui ne l’ont pas compris. Oscar est mort à cause de moi qui n’ai pas bougé, et je n’ai pas bougé car à cet instant je ne pouvais pas, je préférais mourir, comme lui, et nous nous sommes regardés mourir l’un l’autre, pendant que les autres dansaient. »
» L’aube était passée depuis longtemps : le soleil avait traversé le ciel et dérivait déjà vers la mer, il tomberait derrière, en même temps que les désirs frustrés, les caresses retenues, les mots gardés pour soi. Les gens continuaient à rire et à courir. La mer montait. Il fallait s’empresser d’être heureux. »
« Le camping avait ses propres lois. Deux semaines de vacances, c’était une vie entière. On y arrivait comme on naît, pâle et seul. On en repartait dans un soupir de tristesse ou de soulagement comme on meurt. »
« La haine et la colère, je les avais accumulées sagement. Ce n’était pas un accident. J’avais laissé mourir Oscar. J’aurais pu le sauver et je ne l’avais pas fait… »
« J’ai reçu ce regard. Je l’ai senti me fouiller sans violence, passer au-delà des mirages pour saisir, par la pupille, la vérité, et peut-être le visage d’Oscar qui survivait au fond de moi. »
Victor Jestin in La chaleur, J’ai lu, 2021
La note De Lire Délire
La phrase que je garde en souvenir :
» L’aube était passée depuis longtemps : le soleil avait traversé le ciel et dérivait déjà vers la mer, il tomberait derrière, en même temps que les désirs frustrés, les caresses retenues, les mots gardés pour soi. Les gens continuaient à rire et à courir. La mer montait. Il fallait s’empresser d’être heureux. »
Victor Jestin in La chaleur, J’ai lu, 2021
Le bon point : La chaleur se lit comme une longue nouvelle. À la fois dépouillé et percutant, ce récit capte avec une précision douloureuse les affres de l’adolescence et les lourdes conséquences de nos choix. Victor Jestin, avec ce premier roman, démontre une maîtrise impressionnante de la narration et des émotions humaines.
Remarque : Ce récit alerte sur le mal-être existentiel en général et sur les risques de suicide chez nos jeunes en particulier, un roman sombre et sans joie : âmes sensibles, passez votre chemin.


Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !