Nuit magique et guimetesque

  1. Synopsis
  2. Nuit magique et guimetesque
  3. La note De Lire Délire

#UnechambreàlhôtelMékong #NetGalleyFrance

Avant toute chose, je tiens à remercier chaleureusement NetGalley France et les éditions Stock pour cette découverte éditoriale remarquable.

Aujourd’hui nous allons parler du roman intitulé Une chambre à l’hôtel Mékong de Jean- Luc Coatalem, paru en octobre 2023, aux éditions Stock, de la collection Ma nuit au Musée, 150 pages.

Synopsis

«  Pourquoi avoir choisi le musée Guimet, dédié aux arts asiatiques  ? Et non pas Cernuschiprès du parc Monceau, ou les collections du Quai Branly, face à la Seine? Sans doute parce que j’avais toujours aimé son architecture néoclassique, sorte de palais néo-pompéien avec sa rotonde et ses frontons palladiens. Un je-ne-sais-quoi de victorien aussi… En tout cas de romanesque. Fertile en histoires et en secrets. Autrefois, mon grand-père y venait le week-end, cherchant à diluer sa mélancolie entre les bouddhas en grès, les dragons ailés et les panoplies des samouraïs. Guimet lui était un havre, une cachette. La fréquentation des Ailleurs et des Autrefois peut être un baume. Une revanche sur le sort…

Pour moi aussi, l’établissement restait une adresse à part. À l’intérieur de cette arche, les trésors de Chine, d’Indochine, d’Inde du Sud, du Tibet, du Japon ou d’Afghanistan attendaient le visiteur. À mes yeux, ils étaient non pas un rêve mais le rêve lui-même, concrétisé. L’Asie, synonyme du merveilleux  ! Ou plutôt sa fiction  : mélange de vrai, de fantasmé et d’attente. Autant dire d’Imaginaire. Cette fois, j’y resterai enfermé comme dans une chambre prise par la pénombre. Afin d’en écouter les légendes, d’en croiser chaque revenant…  » 

  J.-L. C.

Une chambre à l’hôtel Mékong, Jean-Luc Coatalem, Stock, 2023

Nuit magique et guimetesque

Bienvenue dans le récit captivant de Jean-Luc Coatalem qui nous transporte au Musée National des Arts Asiatiques Guimet (MNAAG), situé boulevard de l’Iéna à Paris.

Le musée, fondé en 1889 par Émile Guimet (1836-1918) – un orientaliste, voyageur et philanthrope – abrite une collection exceptionnelle d’art asiatique qui s’étend sur plusieurs siècles et cultures.

Face aux trésors que recèle ce lieu, toute déambulation au cœur du musée se métamorphose introspection, de surcroit pour notre auteur par cette inspiratrice nuit d’été.

La chaleur et le calme nocturne lui permettent de s’immerger totalement dans cette expérience, le menant à réfléchir sur l’impact des voyages vers l’Orient sur notre âme. Cette quête de l’Ailleurs, cet appel infini à la découverte et à la transformation, est au centre de son récit.

Jean-Luc Coatalem ne se contente pas de décrire les objets et les œuvres d’art ; il nous fait également part de ses réflexions personnelles et de ses souvenirs de voyages en Asie. Il évoque des figures emblématiques de l’orientalisme, comme Nicolas Bouvier, Pierre Loti, et Victor Segalen, dont il est grand admirateur. Ces références enrichissent le texte et nous invitent à un voyage littéraire à travers le temps et l’espace.

Personnellement, j’ai trouvé que la lecture de ce récit, malgré sa brièveté, demandait une certaine préparation. Avoir visité le site internet du MNAAG avant d’entamer le livre m’a permis de mieux apprécier la richesse et la profondeur des descriptions et des réflexions de l’auteur. Sans cela, le récit pourrait sembler nébuleux et difficile à suivre en raison de ses nombreuses références. Toutefois, la passion et l’érudition de Jean-Luc Coatalem transparaissent à chaque page, rendant la lecture fascinante pour celles et ceux qui prennent le temps de s’y plonger patiemment.

Je recommande Une chambre à l’hôtel Mékong à toute personne ayant des affinités avec le monde asiatique et les anciennes civilisations orientales telles que le Siam, l’Indochine, la Cochinchine etc. De plus, les amateur·ice·s d’art et de musées trouveront dans ce livre une source d’inspiration pour leur propre exploration du Musée National des Arts Asiatiques Guimet.

Quelques citations 🤫

« Certes, nous échappions aux pesanteurs, aux redites, mais il avait aussi son coût puisqu’il nous fallait renoncer sans cesse. Accepter ces « mutations ». Décrocher et s’adapter encore, plus loin, plus vite. À quoi sinon à un monde transitoire ? Au fond, nous ne tenions à rien. Et nul, jamais, ne nous rattrapait. »

« Le week-end, d’un coup de voiture, mon grand-père s’y rendait de Viroflay, cherchant à diluer sa mélancolie entre les chevaux ailés, les bouddhas en grès et les panoplies des samouraïs. Guimet lui était un havre, une cachette. Après tout, la fréquentation des ailleurs et des autrefois peut être un baume. Une revanche sur le sort. »

« À l’intérieur de cette arche énorme, les fabuleux trésors de Chine, d’Indochine, d’Inde du Sud, du Tibet ou d’Afghanistan attendaient le visiteur. Ils étaient non pas un rêve mais le rêve lui-même, concrétisé. L’Asie, synonyme du merveilleux. Un mélange de vrai, de fantasmé et d’attente. Autant dire d’Imaginaire. J’y aurais une chambre pour une nuit. Afin d’en guetter les ombres et les légendes… »

« Pourrait-il exister jamais, selon une terminologie récente, de musée « propre » ? D’ailleurs, en s’affranchissant du principe de l’inaliénabilité des collections et de la non-rétroactivité (remonter jusqu’où ?), comment rendre quoi à qui, pourquoi, sous quelles conditions ? Tout ce qui est chinois à la Chine, italien à l’Italie, voire breton…à la Bretagne ? Et que faire des empires de l’Antiquité qui n’avaient ni les frontières ni les peuples d’aujourd’hui ? Illusoire, complexe et bancal. »

« Pourtant, je le savais, derrière mon air fanfaron, il me faudrait mériter cet aller-retour pour l’Orient et ses extrêmes. Accepter cette part funèbre des collections de Guimet. S’abandonner à être seul, face à moi-même, plongé dans ce « Louvre de l’Asie ». Ce musée n’allait-il pas être pour son visiteur une chambre au noir, une chambre à fantasmes, où il ne serait jamais question que de soi dans le chuchotis monocorde du silence ? »

💙 « On a les royaumes que l’on veut : ceux du cœur et de l’absence. »

« Car qu’est-ce que coloniser sinon imposer à de pauvres bougres, soumis à la canonnière et aux fusillades, son dieu , sa culture , ses lois, des travaux forcés et des impôts ? À force d’assujettir son prochain, de l’accaparer, de le remodeler, il n’y aurait bientôt plus d’Ailleurs – que de la clientèle. Où aller pour s’inventer ? »

« À mon tour, je voulais repartir, et Guimet me serait raccourci pour retrouver la condensation et la trace de mes ardents, mes hâtifs. Qu’importe que la vérité soit plus complexe. Eux avaient rejoint ces pays tricotés avec du trouble et des songes. Mon imagination est née là-bas, à leurs côtés, en Orient… »

« Une « usine philosophique » de cent mille volumes et de mille cinq cents périodiques, nourrie ensuite par les fonds Garcin de Tassy, Pinard et Pelliot, la collection tibétaine d’Alexandra David-Neel, les cartes chinoises d’Arnold Vissière, sans oublier les manuscrits ouïghours, les partitions, les feuilles d’orientalistes, autant de documents remarquables… Sous ces vénérables reliures, on retrouve Jésus et Mahomet, Confucius, Lao-Tseu et Zoroastre, Moïse et Platon, des divinités hindoues, des dieux étrusques, tous les panthéons perses et égyptiens. Du bouddhisme, surtout, en pagaille. »

« Il voulait dire le souffle du passé affleurant à la surface du présent, et la nécessité de passer le témoin comme un chant qu’on reprend à son tour… Avec son vaste « musée qui parle » et embrasse les cultures, l’infatigable Guimet n’aura cessé d’œuvrer en ce sens. »

« Comme si les musées, à l’instar des œuvres littéraires, pouvaient nous affranchir de cette frontière entre les vivants et les morts, le réel et le rêve, ce qui fut et ce qui est. Et où, cette fois encore, à mon tour, je ne serais plus enseveli sous le poids des jours mais, au contraire, réaffûté, redevenu neuf et vibratile. Sensible au crépitement. Présent. »

« Ici, dans le reflet des vitrines, au gré des couloirs et des ponts-promenades, je suis de retour dans les royaumes bariolés de mon enfance. Ils sont fantasmagorie. Ils échappent. Hors temps. Bulle réinventée. »

« Me voilà à remonter dans les Ailleurs et les Autrefois, tentant de rejoindre l’explorateur Henri Mouhot sur le Mékong, lancer une ligne télégraphique vers Phnom Penh aux côtés d’Auguste Pavie, cheminer dans le Gansu en compagnie de Victor Segalen, un appareil stéréoscopique Vérascope dans les fontes du cheval et une carabine Berthier en bandoulière. »

Jean Luc Coatalem in Une chambre à l’Hôtel Mékong, Stock, 2023

La note De Lire Délire

La phrase que je garde en souvenir :

« Pourtant, je le savais, derrière mon air fanfaron, il me faudrait mériter cet aller-retour pour l’Orient et ses extrêmes. Accepter cette part funèbre des collections de Guimet. S’abandonner à être seul, face à moi-même, plongé dans ce « Louvre de l’Asie ». Ce musée n’allait-il pas être pour son visiteur une chambre au noir, une chambre à fantasmes, où il ne serait jamais question que de soi dans le chuchotis monocorde du silence ? »

Jean Luc Coatalem in Une chambre à l’Hôtel Mékong, Stock, 2023

Le bon point : Une chambre à l’hôtel Mékong est une invitation à la réflexion et à la découverte du Musée National des Arts Asiatiques Guimet , un voyage immobile qui nous transforme et nous enrichit. Une œuvre à savourer lentement, pour en extraire tous les trésors littéraires qu’elle recèle.

Note : 3.5 sur 5.

2 réponses à « Nuit magique et guimetesque »

  1. Avatar de Light And Smell

    Il a l’air intéressant ce roman même si je ne suis pas certaine d’être en mesure de l’aborder en raison des références que je ne possède probablement pas.

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Light 🌞 Effectivement, après avoir lu le début, j’ai dû faire quelques recherches sur le Musée pour aborder la suite. Il n’en demeure pas moins un merveilleux récit de voyageur globe-trotter !

      Aimé par 1 personne

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