Ce que jouer au Mikado nous enseigne

  1. Synopsis
  2. Ce que jouer au Mikado nous enseigne
  3. La note De Lire Délire

Aujourd’hui nous allons parler du livre intitulé Les règles du Mikado d’Erri de Luca, traduit de l’italien par Danièle Valin, paru en mai 2024 aux éditions Gallimard, de la collection Du monde entier, 160 pages.

Synopsis

Dans les montagnes près de la frontière entre l’Italie et la Slovénie, un vieil horloger a pour habitude de camper en solitaire. Une nuit d’hiver, une jeune tsigane entre dans sa tente et lui demande de l’abriter. Elle a fui sa famille et le mariage forcé qu’on lui imposait de l’autre côté des montagnes. Cette rencontre inaugure une entente faite de dialogues nocturnes sur les hommes et la vie, un échange de connaissances et de visions — elle qui croit au destin, aux signes, qui sait lire les lignes de la main, elle qui dresse un ours et l’aime comme le meilleur des amis ; lui qui se sent tel un rouage de la machine du monde et qui interprète ce monde selon les règles du Mikado, comme si le jeu était une façon de mettre de l’ordre dans le chaos.
Dans ce roman dense et délicat, où chaque mot ouvre sur des significations plus profondes, où chaque phrase est un chemin vers soi-même, Erri De Luca nous invite à un jeu calme, patient et lucide, dans lequel un mouvement imperceptible peut changer le cours de la partie.

Les règles du Mikado, Erri de Luca, Gallimard, 2024

Ce que jouer au Mikado nous enseigne

Il était une fois une jeune gitane en fuite, cherchant à échapper à un mariage arrangé, et un campeur d’une soixantaine d’années qui décide de lui offrir refuge… De cette rencontre improbable naquit ce brillant récit : Les règles du Mikado d’Erri de Luca, pour moi une expérience littéraire exceptionnelle, atypique dans le merveilleux sens du terme.

Tout d’abord, parlons de la narration : chaque chapitre de ce roman prend la forme d’une conversation ou d’une correspondance écrite entre les deux protagonistes, dont l’identité nous restera mystérieuse de A à Z. Qu’à cela ne tienne car cette narration originale nous plonge dans la confidence des personnages. Cette approche crée une dynamique fascinante et rend la lecture immersive.

Ensuite, le fond : l’intitulé, Les règles du Mikado, fait référence au célèbre jeu où il faut retirer chaque bâton sans toucher les autres, avec pour objectif de récupérer le bâton noir qui rapporte le plus de points. Cette métaphore est développée de manière magistrale par l’auteur pour illustrer une philosophie de vie inspirée d’Épicure : vivre caché et respecter les règles du Mikado dans toutes nos entreprises. Cette réflexion sur la vie et la manière de la mener ajoute une profondeur philosophique au récit, le rendant encore plus captivant.

Enfin, le grand final : le récit bascule dans un thriller d’espionnage, ajoutant une dimension de suspense et de surprise qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. Alors, sans vous dévoiler les détails, je peux vous assurer que le dénouement de cette histoire est à la hauteur des attentes. Ce final inattendu est la cerise sur le gâteau d’un récit déjà riche de par le fond et la forme !

Pour ainsi dire, j’ai dévoré ce livre en un rien de temps tant il est fluide et instructif. Les deux protagonistes, hauts en couleurs, avec leur évolutions respectives, nous offrent une très belle histoire d’altruisme, de partage et de transmission de valeurs aux jeunes générations.

Coup de cœur ! Je recommande chaleureusement.

Quelques citations 🤫

« -Je parle cinq langues. Je ne sais pas lire.
-On ne vous apprend pas ?
-Il suffit qu’un seul sache lire et il informe les autres.
-Vous n’avez pas de livres ?
-Chez nous, les histoires se racontent le soir et changent un peu chaque fois.
-La voix fait arriver les histoires. Et puis il y a les mains qui font voir, les gestes, les peurs, les rires.
-Les mots que nous prononçons peuvent s’écrire, demeurer rassemblés.
Un proverbe dit que les paroles s’envolent et que les écrits restent. Ça n’existe pas chez nous. Les paroles restent après avoir été prononcées. Les échanges, les affaires, les mariages se font de vive voix. »

« -Tu continues à dire nous. Ta famille te manque ?
-Maintenant non.
-Tu pourras trouver un autre camp de gitans.
-Tu n’as pas compris. Pour eux je suis morte, je ne peux plus m’appro- cher des miens.
-Tu as choisi l’exil.
-J’ai choisi de ne pas me marier. Le reste je ne le choisis pas, je l’affronte. Le monde est vaste et je trouverai bien un endroit.
-Les tiens ont perdu une aide précieuse.
-Ils ont perdu la face. Ils se fichent bien de mon aide.
-Avec tous les problèmes que vous affrontez chaque jour, vous donnez une telle importance à un mariage raté ?
-Justement parce que nous n’appartenons pas aux peuples et aux lieux, nous sommes attachés à nos usages, aux affaires d’honneur. »

« Une des règles du Mikado consiste à oublier le tour précédent.
C’est le contraire des échecs où les joueurs se souviennent des combinaisons des parties. Le Mikado fait table rase.
Moi, je ressemble au jeu, je me fais tout de suite oublier. »

« -C’est comment d’être vieux ?
-C’est quand on te parle et qu’on glisse le mot « encore ». Vous travaillez encore ? Vous campez encore, vous faites encore ça et ça ?
Alors mon mot préféré est devenu « encore ». Si on me demande comment je vais, je réponds:  » Encore, je suis en- core là. »
Et puis être vieux c’est comme bivouaquer tout en haut du bois, là où les arbres sont moins denses et où il y a plus de lumière.
Que veux-tu faire dans les prochains jours ?
-Je ne sais pas. Attendre, de toute façon. »

« -Je ne fais aucune différence d’âge. Tu me traites de vieux, d’accord, mais j’ai le même âge que toi, je vis à la même époque. Les générations n’existent pas pour moi. Tant que nous vivons, nous sommes contemporains. Nous sommes deux personnes. »

« Je pense à ma mère. Pendant les bombardements, avant de descendre dans l’abri, elle passait une minute à se coiffer devant son miroir pour être présentable.
Une minute pendant un bombardement, c’est un temps énorme à perdre ou à trouver. Son aspect avait la priorité.
Aujourd’hui, je sais que cette minute d’amour-propre lui donnait du courage. Elle résistait à la force supérieure avec la force mineure de la dignité.
Elle disait que lorsqu’on va payer ses impôts, il faut bien s’habiller et ne pas se donner un air misérable.
La guerre était pour elle un impôt sur la vie des gens. Il fallait se présenter de façon correcte.
J’essaie de suivre son exemple. »

« Je pouvais me passer de tout ce qui m’est arrivé. Il existe quand même une impulsion qui catapulte en avant à chaque réveil. Cette impulsion suffit.
C’est pourquoi je tiens pour immense cette semaine-là.
Immense est le ciel la nuit en montagne qui fourmille d’étoiles. Chacune d’elles pourrait ne pas être là, et qui sait combien il en manque, pourtant ce ciel se suffit à lui-même et à moi qui le regarde.
Elle est venue comme ça, elle est partie comme ça, mon temps a été l’intervalle entre ces deux « comme ça ». »

Erri de Luca in Les règles du Mikado, Gallimard, 2024

La note De Lire Délire

La phrase que je garde en souvenir :

« Une des règles du Mikado consiste à oublier le tour précédent.
C’est le contraire des échecs où les joueurs se souviennent des combinaisons des parties. Le Mikado fait table rase.
Moi, je ressemble au jeu, je me fais tout de suite oublier. »

Erri de Luca in Les règles du Mikado, Gallimard, 2024

Le bon point : À mon humble sens, Les règles du Mikado est un roman remarquable qui mérite une place de choix dans le paysage littéraire contemporain. C’est une œuvre atypique qui surprend, émeut et fait réfléchir : je recommande cette lecture à tout le monde ! Pour ma part, c’est un coup de cœur que je n’avais pas vu venir.

Note : 4.5 sur 5.

Une réponse à « Ce que jouer au Mikado nous enseigne »

  1. Avatar de Light And Smell

    J’en ai lu de bons avis et le tien semble confirmer la pertinence de le lire 🙂

    J’aime

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