Vies et voix face au harcèlement scolaire

« J’accrocherai mes soucis à mes oreilles, comme des cerises. Je ferai des listes de choses, puis je les brûlerai dans la cheminée . Demain, je marcherai vers la plage, et je resterai longtemps debout, à attendre la disparition des derniers rayons de soleil de l’année, à attendre aussi la disparition de ma colère contre ceux qui ont failli nous plonger définitivement dans les ténèbres. Avancer, il faudra avancer. Traverser des nuages, sans se mouiller. Et puis il faudra rendre les clés. »

Arnaud Dudek in Un printemps en moins, Les Avrils, 2024

Vies et voix face au harcèlement scolaire

Il m’est toujours éprouvant mais ô combien nécessaire de chroniquer les œuvres qui traitent de thématiques gravissimes qui, en général, se suffisent à elle-même pour toucher le plus grand nombre : ici, il s’agit du harcèlement scolaire.

Un printemps en moins aborde ce thème à travers un récit choral où les voix de plusieurs personnages, dont Gabriel, Martin et Romane, se relaient au fil des chapitres.

Gabriel, un jeune collégien, est plongé dans le coma après une tentative de suicide causée par le harcèlement incessant de ses camarades.

L’histoire se déroule pendant cet entre-deux, en explorant tour à tour les émotions et les perspectives du  collégien, de son père, de sa prof et des autres impliqués de près ou de loin , offrant une vision immersive et humaine de cette tragédie. Bien que le récit du jeune Gabriel soit bouleversant, c’est la voix de Martin, son père, qui m’a émue aux larmes.

Malgré la gravité du sujet, l’écriture d’Arnaud Dudek, empreinte de poésie et de pudeur, parvient à insuffler une certaine douceur et un peu d’espoir au récit.

Je recommande ce roman court mais intense, pour mieux comprendre les signes de détresse chez les jeunes et l’impact du harcèlement.

Quelques citations

« Elle est cette femme mince qui se trouve toujours grosse, cette   fille fantasque qui se trouve trop sérieuse, cet être sensible qui peut être si dur quand on lui ment, quand on la trahit. Une adulte aux émerveillements d’enfant, une enfant aux pensées d’adulte, une solitaire qui adore les bains de foule et les concerts, une bavarde qui ne finit pas ses phrases. Elle est cette fille qui rit comme tout le monde, se révolte comme tout le monde, se trompe comme tout le monde, refuse comme tout le monde, cède comme tout le monde, cette fille qui aime les chemins tracés autant que les bas-côtés, les matinées de novembre autant que les soirées d’été. Et qui, à ce moment précis, a envie de pleurer. »

« Enfin, il y a la concurrence  ; elle vient de mentionner quelqu’un, peut-être Octave, il vient la chercher dans une demi-heure, c’est forcément son petit ami, c’est évidemment un beau gosse mal rasé en chemise à carreaux abonné chez Basic-Fit –  alors que toi, tu portes une chemise de soins fermée dans le dos par trois pressions. »

« C’est un pays si exotique et déroutant que celui des maths, raconte la voix de baryton d’un acteur dont je ne parviens pas à retrouver le nom ; on y parle une langue bizarre, pleine d’homéomorphismes, de variétés différentielles, de nombres transfinis, mais on y trouve aussi des paysages épiques, des idées vertigineuses et même, parfois, des choses utiles. »

« Je suis cet humain sage et mince, docile et entêté, humble et doux, un adulte dans un corps d’enfant, un enfant dans un corps d’adulte, un homme qui a été jeune, très jeune, trop jeune et pas assez, un rêveur qui travaille deux jours et demi par semaine dans une agence de voyages alors qu’il déteste voyager, pour se payer du temps de poésie disponible. Je suis ce garçon qui hésite, s’indigne, transige. »

« Je ne suis plus cet adolescent complexé qui se demandait s’il n’allait pas finir à l’asile. J’ai survécu à mon adolescence. Je suis devenu un adulte pas vraiment plein, mais vraiment pas vide. De beaux souvenirs, tenaces ou fugaces, importants ou futiles, sont venus remplir ma mémoire et se sont rangés sous mon crâne . J’ai couru, j’ai marché et je me suis tu. »

« Un exemple ? La théorie du paratonnerre : il y a des gens qui cumulent les malheurs, qui prennent pour tout le monde, qui sont sourds malades, qui sont battus, trompés, licenciés pour que les autres, autour, soient heureux. »

« J’accrocherai mes soucis à mes oreilles, comme des cerises. Je ferai des listes de choses, puis je les brûlerai dans la cheminée . Demain, je marcherai vers la plage, et je resterai longtemps debout, à attendre la disparition des derniers rayons de soleil de l’année, à attendre aussi la disparition de ma colère contre ceux qui ont failli nous plonger définitivement dans les ténèbres. Avancer, il faudra avancer. Traverser des nuages, sans se mouiller. Et puis il faudra rendre les clés. »

Arnaud Dudek in Un Printemps en moins, Les Avrils, 2024

Ma note : 4.5/5

#UnPrintempsEnMoins#NetGalleyFrance

Le bon point : Un printemps en moins est un roman court, intense et poétique, car il offre une exploration profonde et émouvante des signes de détresse chez les jeunes, tout en mettant en lumière l’impact dévastateur du harcèlement. Arnaud Dudek parvient à capturer les émotions complexes et les luttes intérieures des adolescents et des parents confrontés à ces défis. Je recommande cette lecture captivante pour sensibiliser et encourager la compréhension ainsi que l’empathie envers ceux qui souffrent en silence.

9 réponses à « Vies et voix face au harcèlement scolaire »

  1. […] Un printemps en moins d’Arnaud Dudek. Il s’agit d’un bref mais intense récit sur le harcèlement scolaire. Un sujet ô combien gravissime mais dont il ne faut pas avoir peur d’en parler. […]

    J’aime

  2. […] été bouleversée par ce roman court sur le fléau du harcèlement scolaire intitulé Un printemps en moins, d’Arnaud Dudek. La clarté et la poésie de son écriture m’a touchée et à rendu ma lecture un peu moins […]

    J’aime

  3. Avatar de Julie chronique
    Julie chronique

    Un roman difficile ! Je suis très tentée de le découvrir. Merci pour ton retour.

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Julie 🌞 Je t’en prie ma chère 😉 Et si tu le lis, tu seras surprise car malgré la difficulté du sujet, grâce à la justesse et à la poésie, il se lit très facilement.

      J’aime

  4. Avatar de aurelalala

    Un sujet fort complexe à traiter. J’en ai eu lu avec ce thème comme élément principal mais ce sont toujours des lectures difficiles.

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Aurelala 🌞 Tout à fait d’accord ! Surtout lorsque des auteur·e·s de talent arrivent à mettre des mots justes sur ce que vivent les protagonistes victimes.

      Aimé par 1 personne

  5. Avatar de Light And Smell

    Un roman qui semble à lire vu l’importance de son sujet.

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Light 🌞 Le harcèlement scolaire est tristement d’actualité et mérite que la littérature s’en mêle.

      Aimé par 1 personne

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !

Et si… nous restions en contact ?

Mon profil sur Babelio.com