Aujourd’hui nous allons parler du livre audio intitulé Cosmétique de l’ennemi d’Amélie Nothomb, lu par Nicolas Charbonneaux, paru en novembre 2022 chez Les Éditions Kampus , 1 heures et 48 minutes.
Synopsis
Sans le vouloir, j’avais commis le crime parfait : personne ne m’avait vu venir, à part la victime. La preuve, c’est que je suis toujours en liberté. C’est dans le hall d’un aéroport que tout a commencé. Il savait que ce serait lui. La victime parfaite. Le coupable désigné d’avance. Il lui a suffi de parler. Et d’attendre que le piège se referme. C’est dans le hall d’un aéroport que tout s’est terminé. De toute façon, le hasard n’existe pas.
Cosmétique de l’ennemi, d’Amélie Nothomb lu par Nicolas Charbonneaux, Les Éditions Kampus, 2022.
LE SAVIEZ-VOUS ? Le terme “cosmétique” trouve ses racines dans le grec ancien “kosmētikos”, qui signifie “habile à arranger” et “kosmos”, signifiant “ordre” ou « ornement ». Philosophiquement, la cosmétique est l’art de sublimer l’apparence humaine, en cherchant à harmoniser et embellir le corps sans en altérer la nature intrinsèque. Ce concept a été repris par les esthéticien·ne·s, qui utilisent des produits et techniques pour améliorer l’apparence extérieure, répondant ainsi à un besoin humain fondamental de beauté et de bien-être. Cette pratique, ancrée dans l’histoire, reflète une quête constante de l’humanité pour l’esthétique et l’expression de soi.
Ce que l’autre m’apprend sur moi
Jour J, heure H : dans le hall d’un aéroport, Jérôme Angust, dont l’avion est annoncé en retard pour une durée indéterminée, essaie de passer le temps en lisant un livre.
C’est alors que Textor Texel, un mystérieux Hollandais, fait irruption en entamant avec lui une conversation non sollicitée.
Au début, il y avait la gêne polie de Jérôme Anguste mais c’était sans compter sur la ténacité de son interlocuteur. Car Textor, qui prétend connaître intimement Jérôme depuis toujours, finit par entraîner ce dernier dans une jouxte verbale où se mêlent révélations surprenantes, manipulations psychologiques et philosophie existentielle.
Amélie Nothomb, fidèle à son style, nous offre ici un texte d’une densité fascinante et, détail que je préfère, des noms de protagonistes sortis tout droit d’un chaudron magique.
Une fois de plus, Nothomb maîtrise l’art des retournements inattendus, qui rendent la lecture (ou dans ce cas, l’écoute) particulièrement savoureuse.
Ce qui m’a surtout marqué dans ce roman, c’est la manière dont l’auteure aborde des thématiques complexes telles que le dédoublement de la personnalité, la schizophrénie ou encore les tourments psychologiques.
Sous le prisme de ce huis clos oppressant, elle interroge la nature humaine et les zones d’ombre de l’identité. Au-delà du suspense qui tient en haleine, elle nous invite à une réflexion philosophique subtile, en évoquant des penseurs tels que Spinoza, Pascal ou encore le jansénisme. Ces références, loin d’alourdir le récit, y ajoutent une profondeur qui rend l’expérience d’autant plus enrichissante.
Mais ce qui m’a littéralement scotchée, c’est l’interprétation magistrale de Nicolas Charbonneaux. Sa voix grave et posée sied parfaitement à l’atmosphère lourde et intrigante du roman. Il parvient à insuffler à chaque personnage une personnalité distincte, tout en maintenant une tension palpable tout au long du récit. Résultat : une écoute immersive et intense. C’est un véritable atout pour cette œuvre où l’échange verbal est le cœur de l’intrigue.
Même si les récits d’Amélie Nothomb ne figurent pas parmi mes coups de cœur préférés, je trouve qu’ils ne me laissent jamais indifférente.
La gravité et la noirceur de ses thématiques est contrebalancée par un plaisir littéraire indéniable : celui de découvrir des personnages complexes et des situations improbables, où l’humain se dévoile dans toute sa monstruosité et sa vulnérabilité. Cosmétique de l’ennemi ne fait pas exception à la règle.
Je recommande vivement cette version audio à la fois aux fans de Nothomb et à celles et ceux qui ne la connaissent pas encore.
Quelques citations 🤫
« – Que me demandez-vous, au juste ?
– De m’écouter.
– Il y a des psy, pour ça.
– Pourquoi irais-je chez un psy quand il y a des aéroports pleins de gens désœuvrés tout disposés à m’écouter ? »
« _C’est ce qu’on appelle un risque.
_Risquer sa vie, en l’occurrence.
_C’est un pléonasme. Le risque, c’est la vie même. Et si on ne la risque pas, on ne vit pas. »
« Heureusement, la plupart des gens ont trouvé le remède : ils ne pensent pas. Pourquoi penseraient-ils ? Ils laissent penser ceux dont ils considèrent que c’est le métier : les philosophes, les poètes. C’est d’autant plus pratique qu’on ne doit pas tenir compte de leurs conclusions.
Ainsi, un magnifique philosophe d’il y a trois siècles peut bien dire que le moi est haïssable, un superbe poète du siècle dernier déclarer que je est un autre : c’est joli, ça sert à converser dans les salons, sans que cela affecte le moins du monde notre réconfortante certitude – je suis moi, tu es toi et chacun reste chez soi. »
« Je ne peux pas vous empêcher de parler, ce n’est pas interdit. Vous ne pouvez pas me forcer à répondre, ce n’est pas obligatoire. »
« – je crois en l’ennemi. Les preuves de l’existence de Dieu sont faibles et byzantines, les preuves de son pouvoir sont plus maigres encore. Les preuves de l’existence de l’ennemi intérieur sont énormes et celles de son pouvoir sont écrasantes. Je crois en l’ennemi parce que, tous les jours et toutes les nuits, je le rencontre sur mon chemin. L’ennemi est celui qui, de l’intérieur, détruit ce qui en vaut la peine. Il est celui qui vous met en lumière votre bassesse et celle de vos amis. Il est celui qui, en un jour parfait, vous trouvera une excellente raison d’être torturé. Il est celui qui vous dégoûtera de vous-même. Il est celui qui, quand vous entreverrez le visage céleste d’une inconnue, vous révélera la mort contenue en tant de beauté.
– N’est-il pas également celui qui, quand vous êtes en train de lire dans la salle d’attente d’un aéroport, vient vous en empêcher par son accablante conversation ?
– Oui. Pour vous, il est cela. »
« – Quand on est destiné à devenir un coupable, il n’est pas nécessaire d’avoir quelque chose à se reprocher. La culpabilité se fraiera un passage par n’importe quel moyen. »
« Bien plus que les problèmes métaphysiques, ce sont les infimes contrariétés qui signalent l’absurdité de l’existence. »
« Si les gens avaient de la mémoire, ils s’entendraient parler de sujets auxquels ils croyaient ne rien connaître. »
« – Pourquoi faites-vous ça ?
– Parce que j’en ai envie. Je fais toujours ce dont j’ai envie.
– Moi, j’ai envie de vous casser la gueule.
– Pas de chance pour vous : ce n’est pas légal. Moi, ce que j’aime dans la vie, ce sont les nuisances autorisées. Elles sont d’autant plus amusantes que les victimes n’ont pas le droit de se défendre. »
« La cosmétique est la science de l’ordre universel, la morale suprême qui détermine le monde. Ce n’est guère ma faute si les esthéticiennes ont récupéré ce mot, ayant pour unique but de m’induire en erreur… »
« – Je déteste les aéroports, reprit l’homme. Les naïfs croient que l’on y croise des voyageurs. Quelle erreur romantique ! Savez-vous quelle espèce de gens l’on voit ici ?
– Des importuns ? grinça celui qui continuait à simuler la lecture.
– Non, dit l’autre qui ne prit pas cela pour lui. Ce sont des cadres en voyage d’affaires. Le voyage d’affaires est à ce point la négation du voyage qu’il ne devrait pas porter ce nom. Cette activité devrait s’appeler » déplacement de commerçant ». Vous ne trouvez pas que cela serait plus correct ? »
Amélie Nothomb in Cosmétique de l’ennemi, lu par Nicolas Charbonneaux, Les Éditions Kampus, 2022
La note De Lire Délire
La phrase que je garde en souvenir :
« Bien plus que les problèmes métaphysiques, ce sont les infimes contrariétés qui signalent l’absurdité de l’existence. »
Amélie Nothomb in Cosmétique de l’ennemi, lu par Nicolas Charbonneaux, Les Éditions Kampus, 2022
Le bon point : Avis aux amateur·ice·s de littérature psychologique, de dialogues ciselés ou de philosophie car Cosmétique de l’ennemi d’Amélie Nothomb est une œuvre truculente qui explore avec finesse les profondeurs de l’âme humaine. Ce roman, lu en moins de deux heures dans sa version audio par Nicolas Charbonneaux, m’a appris beaucoup de choses.


Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !