La ligne de Kollaa, 1939 : bienvenue au cœur de la Guerre d’Hiver

Ami·e·s De Lire bonjour et bienvenue dans cette nouvelle chronique !

Au sommaire :

  1. Synopsis
  2. 1939, la ligne de Kollaa : bienvenue au cœur de la Guerre d’Hiver
  3. La note De Lire Délire

#LesGuerriersdelhiver #NetGalleyFrance

Avant toute chose, je tiens à remercier chaleureusement NetGalley France et Lizzie pour cette découverte éditoriale remarquable.

Aujourd’hui nous allons parler du livre audio intitulé Les Guerriers de l’hiver d’Olivier Norek, lu par Thierry Blanc, paru chez Lizzie en aout 2024, 10 heures et 35 minutes.

Synopsis

« Tu as sûrement entendu parler des Enfers ? Là, c’est pareil, mais le diable lui-même ne comprendrait pas ce qu’il se passe ici. »

 » Je suis certain que nous avons réveillé leur satané Sisu.
– Je ne parle pas leur langue, camarade.
– Et je ne pourrais te traduire ce mot, car il n’a d’équivalent nulle part ailleurs. Le Sisu est l’âme de la Finlande. Il dit le courage, la force intérieure, la ténacité, la résistance, la détermination… Une vie austère, dans un environnement hostile, a forgé leur mental d’un acier qui nous résiste aujourd’hui. « 

Imaginez un pays minuscule.
Imaginez-en un autre, gigantesque.
Imaginez maintenant qu’ils s’affrontent.

Au cœur du plus mordant de ses hivers, au cœur de la guerre la plus meurtrière de son histoire, un peuple se dresse contre l’ennemi, et parmi ses soldats naît une légende.
La légende de Simo, la Mort Blanche.

Sélection 2024 Prix Goncourt, Prix Renaudot, Prix Interallié, Goncourt des Lycéens, Renaudot des lycéens, Prix Jean Giono, Prix Victor Hugo.

Les Guerriers de l’hiver, Olivier Norek, lu par Thierry Blanc, Lizzie, 2024

1939, la ligne de Kollaa : bienvenue au cœur de la Guerre d’Hiver

Sur les pas de la Mort Blanche…

Simo Häyhä a grandi au sein d’une famille paisible, dans une ferme de Rautjärvi, non loin d’une pinède comme la Finlande en compte des millions au début du xxe siècle. C’est pourquoi, dès son plus jeune âge, son père lui apprend à tirer le meilleur parti de ses bienfaits et à chasser le gibier au fusil.

Un jour d’automne 1939, malgré des mois de négociations diplomatiques, la guerre est déclarée entre l’Union Soviétique et la Finlande : le Géant Rouge sous la coupe de son dirigeant Staline va envahir son voisin la Finlande, très jeune république d’alors avec le maréchal Mannerheim aux commandes.

Simo est mobilisé ainsi que ses amis d’enfance et voisins du village de Rautjärvi : Onni, Toivo et Pietari. Nos compagnons se retrouvent sur la ligne de Kollaa, dans la 6e division sous le commandement de l’officier Juutilainen, alias l’Horreur du Maroc, sur ce je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en écoutant le récit !

Fort de la maitrise de manier le fusil enseigné par son paternel, Simo devient un soldat tireur d’élite prolifique. Son « travail performant » (passez moi l’expression) lui valent le surnom évocateur de La Mort Blanche au sein de toutes les armées.

Je découvre l’œuvre d’Olivier Norek, un écrivain reconnu dans le monde du roman policier, à travers son premier roman historique et je suis bluffée !

Le récit est magnifique, captivant et tellement riche ! En retraçant fidèlement la résistance des soldats finlandais, bien déterminés à défendre leurs terres face à l’Armée rouge, la narration nous entraine au cœur de la Guerre d’Hiver (1939-1940), dans des conditions effroyables de neige et de sang, sur les pas de Simo, l’enfant du village devenu le meilleur sniper de tous les temps.

La voix de Thierry Blanc se prête à merveille à ce récit de guerre et j’ai surtout adoré son interprétation de chaque personnage, en particulier Juutilainen du côté finlandais et Molotov du côté russe : c’était grandiose, réaliste et divertissant presque comme au cinéma !

Bien que la grande histoire nous dise comment finit la Guerre d’Hiver, je recommande infiniment d’écouter ce récit qui raconte de façon romanesque les dessous de ce conflit, ses héros, mais surtout une belle leçon d’insoumission, de ténacité et de résistance.

Quelques citations 🤫

« Longtemps, la Finlande appartint à d’autres. Pendant des siècles, elle fut une partie du royaume de Suède. Et pour un siècle encore, elle passa sous la souveraineté de la Russie. Elle dut attendre 1917 pour gagner son indépendance. En 1939, ce pays avait donc vingt-deux ans. Mais vingt-deux ans ne font pas un homme, encore moins une nation. »

« Dans un pays où l’on s’autorisait à parler de politique seulement si l’on était d’accord avec celle-ci, avec une armée où chaque officier militaire était contrôlé par un officier politique, où les courtisans, bien mieux que les compétents, multipliaient les dénonciations, réelles ou imaginaires, dans l’espoir d’un avancement, d’une promotion ou d’une petite tape sur l’épaule, chacune des pierres qui construisaient la Russie était posée d’une main tremblante, et chacun des mots qui en racontait l’Histoire était contrôlé et soupesé pour qu’il satisfasse les fantasmes de son dictateur. »

« Elle redoutait ce que la guerre lui laisserait en héritage, en quoi elle affecterait sa vie, son caractère, ses pensées, et de quelle nuance de noir elle teinterait son âme. »

« Les ordres étaient clairs. Aucun corps ne devait être ramené en terre soviétique, pour ne pas contredire une propagande qui assurait que la Russie, puissante et indestructible, ne perdait pas un seul homme pendant la Guerre d’Hiver. « 

« Ce sont deux choses distinctes que de pouvoir ou de devoir. Pouvoir tirer ou devoir tirer. Pouvoir tuer ou devoir tuer. »

« – Je vais t’en commander de nouvelles caisses, si vous les aimez tant.

– Tellement qu’on leur a donné un petit nom. Les cocktails Molotov.

Devant l’air surpris de son interlocuteur, Onni développa.

– Quand il a bombardé Helsinki au premier jour de la guerre, Molotov a rassuré l’opinion internationale en promettant qu’il ne s’agissait pas d’obus, mais de paniers-repas envoyés à la population affamée. Alors s’il offre la nourriture, ce serait impoli de ne pas venir avec une bonne bouteille ou un petit cocktail, non ? »

« Il n’est personne parmi les autres. Ni plus précieux, ni plus important. Mais ailleurs, il pourrait être un père, un frère, un ami ou un mari. Ailleurs, il est tout. »

« De ces étés où le jour dure dix-huit heures et où le soleil frôle constamment l’horizon comme s’il était trop lourd pour atteindre son zénith, les corps projetaient des ombres de géants, et on pouvait lire en pleine nuit ou, en y mettant un peu du sien, prendre un coup de soleil à quatre heures du matin. »

« La légende de Simo Häyhä, La Mort Blanche.
Mais la vengeance ne répare rien, ne ressuscite personne, elle remplit le vide de l’absence, elle donne un but pour ne pas sombrer, elle retient la tristesse et la colère, et une fois assouvie, elle libère tout en un seul flot dévastateur, sans que rien n’ait vraiment changé. Ainsi, La Mort Blanche n’était ni repue ni apaisée, et le feu de sa rage en rien éteint. »

« Pour Simo, le premier mort de la journée était toujours difficile. Le suivant anesthésiait ce qu’il lui restait de miséricorde, et avec le troisième, il n’était plus qu’une machine aux gestes mécanisés, optimisant chacun de ses mouvements pour gagner en vitesse et en précision, oubliant, pour ne pas devenir fou, qu’ils étaient hommes, oubliant le nombre de pères et de frères qu’il envoyait six pieds sous neige, tout Russes et agresseurs qu’ils étaient. »

« La Guerre d’Hiver ne serait pas le dernier conflit de la planète, mais jamais ce tir, dans aucune armée, sur aucun continent, ne serait égalé. À dire vrai, dans ces conditions, sans lunette de visée et à cette distance, il ne serait même jamais expliqué.Une seule réponse pouvait alors être avancée, mais il fallait d’abord accepter d’abandonner toute rationalité, car Simo en était sûr, il avait tiré, guidé seulement par son cœur, sa colère, son amour et sa peine.– 490 mètres ! répétait le spotter à chaque soldat croisé. 490 mètres ! « 

[dialogue entre généraux russes]
« – Nous avons réveillé leur satané Sisu.
– Je ne parle pas leur langue, camarade, s’excusa Molotov.
– Et je ne peux te traduire ce mot. Il n’a d’équivalent nulle part ailleurs. Le Sisu est l’âme de la Finlande. L’état d’esprit d’un peuple qui vit dans une nature sauvage, par un froid mordant, avec un ensoleillement rare. Une vie austère, dans un environnement hostile, a forgé leur mental d’un acier qui nous résiste aujourd’hui. Je te dirais que cela parle aussi de leur courage, mais il manquerait encore beaucoup de mots pour définir ce qu’est le Sisu. »

« Toute erreur de l’ennemi devenait un enseignement pour le jeune soldat, et depuis, Simo confectionnait de petites boules de neige tassée qu’il mettait dans sa bouche et qu’il laissait fondre afin de ne pas être trahi par les trente-sept degrés de son souffle. « 

« Certains étaient atteints de cécité. D’autres de mutisme. Un dernier, amnésique, semblait avoir tout oublié. Troublé, un des infirmiers questionna le docteur sur ces maux étranges qui frappaient la ligne des mitrailleurs et ce dernier lui répondit :
– Quel homme normal aurait supporté cette horreur ? Les traumas créent aussi leurs propres défenses. Des cécités, pour ne plus jamais voir. Des mutismes, pour ne pas en parler. Des amnésies, pour ne plus se souvenir.
– Ne plus se souvenir, répéta l’infirmier. Peut-être ont-ils plus de chance que je ne le pensais… »

« Ainsi commandait Staline, sans pitié, ses militaires comme ses citoyens, par une peur profonde que l’on préférait nommer respect, et une soumission absolue que l’on préférait nommer loyauté. »

« – Tu vois cet homme ? C’est un de nos snipers. À lui seul, il a tué tes camarades. Ce n’est pas un soldat, c’est la mort habillée en blanc. La Mort Blanche. »

« Seigneur, commença-t-il,. Donne-moi la force de viser juste. Accompagne la parabole de mes balles pour qu’elles touchent les démons qui envahissent notre pays. Malgré la peur, malgré le froid, que jamais je n’oublie les paroles de Simo, le plus valeureux de tes fils.Ne change jamais le fusil que tu connais et qui te convient, tant qu’il n’est pas cassé. De la cendre sur ton canon, du pain et du sucre dans ta poche. Embrasse ceux que tu aimes, ton retour n’est pas écrit…
Aucun des conseils ne fut oublié. Chacun d’eux mis l’un a la suite de l’autre. Ainsi naquit la prière du sniper. »

« Ce dont je me souviens le plus de cette guerre, c’est l’incompétence de notre armée. Elle n’avait même pas réussi à s’occuper d’une poignée de Finlandais. Ce sont eux qui nous ont montré comment faire la guerre. « 

« Juutilainen ? lut Onni. Bien sûr qu’il a survécu, c’est ce qu’il sait faire de mieux. « 

« Ils ont fait beaucoup d’efforts pour te tuer, s’étonna Onni, mais tu parais revenir d’une promenade.– La mort ne semble pas vouloir de toi, en conclut Toivo.– Je crois plutôt qu’elle l’a à la bonne. Jamais elle n’aura eu de collaborateur aussi efficace, ni de récolte si généreuse. Pourquoi licencier son meilleur employé ? « 

« Une société en paix rejette ces bêtes dont la guerre a besoin, ceux qui ne sont en harmonie qu’avec le chaos, comme apaisés dans la discorde. Sous le feu nourri, ils sortaient les premiers en hurlant des tranchées, ils riaient avec la mort comme avec une amie, et puisque même un colonel ne pouvait trouver de muselière assez solide pour ces chiens de guerre, c’est à eux qu’échouaient les missions dont on doutait du succès, car ils étaient prêts à tous les sacrifices, et donc sacrifiables. »

Olivier Norek in Les Guerriers d’hiver, lu par Thierry Blanc, Lizzie, 2024

La note De Lire Délire

La phrase que je garde en souvenir :

« Des colonnes de chars contre de vieux fusils. Un million de soldats rouges contre des ouvriers et des paysans. Mais les conflits passés racontent qu’il faut cinq soldats entraînés pour affronter un homme seul qui se bat pour sa terre, sa patrie et les siens, les mains accrochées à sa carabine, sentinelle derrière la porte de sa ferme barricadée.
Et un homme seul peut changer le cours de l’Histoire. »

Olivier Norek in Les Guerriers d’hiver, lu par Thierry Blanc, Lizzie, 2024

Le bon point : Dans Les Guerriers de l’hiver, Olivier Norek dévoile à la fois les coulisses et les scènes historiques de la Guerre d’Hiver russo-finlandaise de 1939 en mettant en lumière ses héros. Même si la grande histoire nous révèle l’issue de ce carnage, je recommande vivement d’écouter ce récit grandiose lu magistralement par Thierry Blanc. Les Premières Lignes par ici.

Note : 5 sur 5.

Est-ce que cela vous a plu ? Vos avis, vos suggestions ou vos petits coucous sont très précieux pour moi et toujours la bienvenue en commentaires !

Littérairement vôtre,

Aïkà

8 réponses à « La ligne de Kollaa, 1939 : bienvenue au cœur de la Guerre d’Hiver »

  1. […] lignes, tandis que Jacaranda de Gaël Faye a reçu le Renaudot et , à mon grand contentement, Les Guerriers de l’hiver d’Olivier Norek a obtenu le Jean Giono et le Renaudot des […]

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  2. […] une certaine émotion , car je soutiens mes favoris : Jacaranda de Gaël Faye pour le Goncourt, Les Guerriers de l’hiver d’Olivier Norek pour le Renaudot Littérature et La nuit s’ajoute à la nuit d’Ananda Devi pour le […]

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  3. Avatar de
    Anonyme

    Je ne lis pas la chronique parce que je viens de le commencer. Il faudra que je repasse par ici après la fin de ma lecture.

    Un futur Goncourt?

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    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello 🌞 Sage décision… À mon humble avis, Les Guerriers de l’hiver a tous les atouts pour remporter un grand prix littéraire! Mais pour le Goncourt, attention à Jacaranda de Gaël Faye… À suivre 😉

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  4. Avatar de aurelalala

    Je ne suis pas fan des récits de guerre parce que je les trouve toujours très durs. J’en lis peu donc. ^_^

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Aurelala 🌞 Tout à fait d’accord avec toi : les récits de guerre sont toujours éprouvants mais nécessaires pour guider le futur de l’humanité.

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      1. Avatar de aurelalala

        Malheureusement, je ne suis pas aussi confiante à ce niveau mais j’espère.

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        1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

          L’actualité géopolitique montre que tu as bien raison d’avoir des réserves à ce sujet 😥

          Aimé par 1 personne

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