« La vie n’est qu’une quête de soi et d’un soupçon de bonheur. Celui qui y cherche autre chose ne rattrapera même pas l’ombre de lui-même. »
Yasmina Khadra in Cœur d’amande, Lizzie, 2024
Nestor Londiras a été abandonné par sa mère à sa naissance à cause de son handicap, le nanisme.
Recueilli par sa grand-mère, cette dernière ayant décidé depuis de couper les ponts avec sa fille unique, Nestor grandit à Anvers, rue de Steinkerque, non loin de Barbès avec tous ses marchés et commerces pittoresques.
D’une poigne de fer dans un gant de velours, Mamie, professeure de lettres, prend en main l’éducation de son petit-fils en lui lisant des classiques le soir. Bien que Nestor dût quitter le collège, elle demeure exigeante sur son instruction.
Les années passent, Nestor est surnommé Cœur d’amande par les gens du quartier et des alentours. En effet, tout le monde connait et apprécie le petit-fils de Madame la Prof, désormais retraitée.
Mais la crise lui fait perdre son travail de vendeur de chaussures chez Edwin. Et la santé de Mamie se détériore, elle ne va pas bien malgré tous les bons soins que Nestor et la voisine Lucette lui prodiguent.
Que faire lorsqu’on a un handicap, que l’on vient de perdre son travail et que l’on a sa grand-mère qui nécessite de plus en plus de soin ? Heureusement, Nestor n’est pas du genre à baisser les bras et qu’il peut toujours compter sur son voisinage et sur sa chance.
J’ai adoré cette histoire de débrouille, de résilience et de solidarité : un beau récit feel-good où une myriade de personnages tous azimuts sont mis à contribution autour des galères de notre Nestor : Khader, Léon, Nanar, Grand-frère Frédo, Confucius et j’en passe et des meilleures.
Mais pas que.
Ce que j’ai aimé surtout c’est que ce récit ressemble un peu à la vie que l’on mène : on en bave souvent et puis la roue tourne et nous réinvente.
De plus, Nestor a une aura solaire, un tempérament sans peur et sans reproche hérité de sa grand-mère à coup sûr : digne, opiniâtre et qui n’hésite pas à exprimer sa franchise.
La plume de Yasmina Khadra est érudite et pleine de surprise : il n’hésite pas à faire usage de tous les registres de la langue française : du jargon familier des quartiers aux plus belles références de la littérature telle que Kessel, Verlaine etc.
L’interprétation de Cédric Dumond est extraordinaire: il a réussi à incarner tous les personnages à travers un joli jeu de variation tonale. J’ai perçu la galère de Khader à travers sa voix éraillée, la détermination de Nestor à travers son ton catégorique etc. Il y en avait beaucoup mais le meilleur, à mon avis, c’est Papa Ndiaye, le sorcier marabout désenvouteur de Barbès avec son timbre gargantuesque et sa verve grandiloquente : mais qu’est-ce que j’ai rit!
En tous cas , le style panaché, voire hétéroclite, de Yasmina Khadra a superbement été mis en écrin grâce à l’interprétation grandiose de Cédric Dumont.
Je découvre l’œuvre de Yasmina Khadra à travers Cœur d’amande et je pense que ce n’est que le commencement !
Quelques citations 🤫
« Le meilleur ami de l’Homme, ce n’est pas le cheval ni le fusil ni le chien, qu’elle me rappelait sans cesse. Le meilleur ami de l’homme est le livre. Il ne demande pas grand-chose, le livre, ni que tu l’emmènes chez le vétérinaire ni que tu lui donnes à manger. Il est là, sur une étagère, à prendre la poussière. Tu l’ouvres, et il déploie le monde devant toi, te transporte, tel un tapis volant, vers des contrées insoupçonnables, te fait aimer des êtres de fiction qui deviennent de vraies personnes pour toi et qui te parlent autant que je te parle. »
« Aujourd’hui il pleut.
Lorsqu’il pleut sur Paris, c’est comme si on floutait une toile de maître. La plus belle ville du monde se voit délestée de sa féerie, pareille à une vieille diva en train de se démaquiller dans sa loge.
Le nez contre la vitre, je contemple ma rue. J’adore ma rue, ses bâtiments aux frontons surannés et aux volets qui n’en finissent pas de s’écailler. »
« J’ai peur… peur des jours qui passent et qui ne se retournent pas… peur de ces épilogues qui nous excluent de notre propre histoire … peur de ce temps vache qui est appelé, un jour, à nous déposséder de ce que nous avons de plus précieux et contre lequel on ne peut rien. »
« La vie n’est qu’une quête de soi et d’un soupçon de bonheur. Celui qui y cherche autre chose ne rattrapera même pas l’ombre de lui-même. »
« Une misérable jalouse, voilà ce qu’est la Mort. Parce qu’elle ne dure que l’espace d’un soupir, elle en veut à la Vie qui a tant d’histoires à raconter.Elle n’a ni le temps d’aimer, la Mort, ni celui d’espérer, et ne connait rien de ce qui fait battre les coeurs et la cadence des jours. Telle une pestiférée, elle se venge de ce qui l’exclut de nos joies. »
« Il n’y a pas de risque non négligeable pour celui qui veut vivre pleinement sa vie.
Celui-là doit savoir gérer les échecs, relever les défis et se désalterer dans la sueur de son front comme dans une eau bénite.
Le monde est une combinaison de hauts et des bas et nous en faisont partie. »
« On inventerait des les affabulations les plus délirantes qu’on certifierait que c’est bel et bien arrivé quelque part en ce monde.
L’humanité est absurde par essence. Elle ne peut dissocier ses splendeurs de ses laideurs. »
« Il est des moments où toutes les étoiles se décrochent du ciel et tombent en poussière telles des prières irrecevables. »
« L’excès dénature jusqu’à la gratitude. »
Yasmina Khadra in Cœur d’amande, Lizzie, 2024
Ma note : 5/5
#Coeurdamande #NetGalleyFrance
Le bon point : Pour le clin d’œil feel-good, le côté pied-de-nez à la poisse, la personnalité hors du commun de Nestor, l’entraide des gens du quartier, l’interprétation grandiose de Cédric Dumond et finalement tout l’ensemble, je recommande l’écoute de Cœur d’amande de Yasmina Khadra comme une belle éclaircie qui réchauffe le cœur dans la grisaille automnale.

» J’ai souvent touché le fond, sauf qu’à chaque tasse bue, je remonte plus vite qu’une torpille. Renié par ma mère pour anormalité physique, je me réinvente au gré de mes joies. J’aime rire, déconner, me faire mousser et rêver de sacres improbables. J’ai appris une chose dans la vie – pour se dépasser, il faut savoir prendre son pied là où l’on traîne l’autre. Même avec des béquilles ou avec des prothèses, je continuerai de marcher dans les pas du temps en randonneur subjugué.
Je ne lâche rien. «
Hymne au courage d’être soi, à l’amour et à la solidarité inoxydable des « gens du quartier », Cœur-d’amande est une formidable bouffée d’air dans un monde en apnée.
Source résumé & image : Lien
LE SAVIEZ-VOUS ? Le quartier de Barbès et Anvers, situé dans le 18ème arrondissement de Paris, est un carrefour marchand et culturel dynamique. Historiquement, il s’est développé autour de la gare du Nord et a accueilli une population diverse, notamment des immigré·e·s tous azimuts après les deux guerres mondiales. Aujourd’hui, il est connu pour ses marchés animés, ses commerces multiculturels et son ambiance vibrante, ce qui en fait un lieu unique, romanesque et inspirant.
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Littérairement vôtre,
Aïkà

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