« Je ne connais pas la suite…Je ne sais pas…Mais je ne suis pas seule. Et j’ai encore des milliers d’histoires à imaginer et je peux chanter. J’ai envie d’apprendre à danser et j’ai hâte de rencontrer mille personnes de tous les âges, intelligentes, émouvantes et inspirantes.(…) Je veux apprendre de mes enfants et de leurs enfants, que leur vision du monde change la mienne et m’aide à grandir. »
Julie Bonnie in Mes enfants sont partis, Grasset, 2024
Julie a été étudiante, a eu une carrière de musicienne, est tombée folle amoureuse de Nicolas… Et ensemble, ils ont deux beaux enfants Rose et Émile.
Aujourd’hui, Julie a cinquante printemps et prépare le départ de ses rejetons pour la fac.
Elle veille frénétiquement à ce que sa progéniture ne manque de rien dans leurs nouvelles vies d’étudiant·e·s : torchons, sous-verres, paillassons et autres « indispensables » du quotidien en nombre suffisant…
Mais à mesure que les cartons s’empilent et que les sacs Ikea s’accumulent dans le couloir, c’est le cœur de Julie qui se vide de sa substance : chez elle, les chambres, qui abritaient tant de rêves et de joie autrefois, sont désormais désertes, inhabitées …
C’est plus fort qu’elle et pour tromper son angoisse ainsi que sa nostalgie, elle fait le point sur tout et se rappelle de Géraldine, Helena, Katell, Nadja, Inès et les autres ; sur ce je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en lisant le roman.
Mes enfants sont partis est une autobiographie fictive qui traite généreusement de ce que l’on appelle le « syndrome du nid vide ». Pas dans le sens « bon débarras : on-fait-péter-le-champagne », mais dans le sens « SOS vague à l’âme : que faire maintenant ? » du terme.
En effet, qu’ advient-il de celle qui a tant souffert pour donner naissance, tant vécu des nuits blanches, tant protégé envers et contre tout, tant concilié sa vie professionnelle et familiale et aimé sans condition lorsque le dernier ou la dernière s’en va voler de ses propres ailes ? Comment exister, quelle vie après tant ?
Mes enfants sont partis est un excellent récit qui témoigne de la fierté mêlée de tristesse d’une mère au départ de ses enfants devenus adultes, de la résignation, puisque c’est dans l’ordre des choses, quoi de plus normal après tout et d’un deuil singulier où il n’y a pas mort d’homme mais mort d’âme…
À travers le récit de Julie, la narratrice, l’on découvre également les histoires de ses proches et lointaines : elles s’appellent Géraldine, Helena, Katell, Nadja, Inès et ont des vies très différentes. Et autant de témoignages, passé le cap du départ des enfants, toutes vivent exactement la même interrogation que Julie : à cinquante ans, comment trouver la force de se réinventer?
Lu en quelques heures, j’ai adoré ce texte pour la lucidité des thèmes abordés et surtout pour le style d’écriture de Julie Bonnie que je trouve qualitatif, addictif, (im)pertinent, et, chose rare dans ce genre de contexte, un brin surréaliste comme je les affectionne.
Mes enfants sont partis est un rappel joyeux qui s’adresse aux mamans à qui il arrive parfois de perdre patience, mais je recommande ce texte d’une grande qualité à toutes les femmes en général car truffé de messages inspirants, bons pour le moral en cas de crise existentielle.
Quelques citations 🤫
« Il est 3 heures du matin , je ne l’appelle pas, il penserait que je suis folle. Folle de quoi ? D’absence ? De départ ? D’amour ?
Tu t’accroches,
À ce qui te reste d’amour
Te voilà quittée
Laissée à tes soirées calmes
Alors que tu veux encore rouler des hanches et te saouler de printemps
Ton feu de cheminée sans cheminée Ton foyer
Vidé
Un endroit où des photos
Sur le frigo
Seront tes souvenirs d’antan. »
« Deux chambres vides. Depuis que je sais qu’ils doivent partir, je suis affolée. Je ne me reconnais plus. Les nuits sont blanches, emplies de cauchemars affreux dont le scénario consiste essentiellement à avoir oublié des ustensiles nécessaires à leur survie. Je n’ai pas eu le temps de me préparer à ce moment, je ne l’ai pas vu venir. Ou plutôt, je n’en avais pas du tout mesuré l’importance. Ou je n’avais pas compris qu’ici se jouait un changement que je ne suis absolument pas prête à affronter. Ou je ne désirais pas voir. «
« Je ne comprends plus rien, j’ai l’impression que je vais m’évaporer à l’instant où ils auront passé la porte. J’ai peur de la suite. Y a-t-il une suite ? Quel monde se cache derrière le nid vide ? Je n’y ai jamais pensé, je ne l’ai jamais envisagé, je n’ai jamais éprouvé ce que j’éprouve en ce moment. Je n’avais pas compris qu’après ces années à m’occuper d’eux, à les regarder grandir, m’attendait un immense virage, un moment de bascule formidable qu’aucun tatouage ne saura adoucir. Est-ce que je peux essayer d’éviter? »
« Avant d’être mère, je n’avais jamais ressenti que je pouvais être précieuse. Je me fichais de presque tout et d’abord de moi et de ma survie. Lorsque Rose est née, je suis devenue importante. »
« Quand je croise ces yeux-là, je comprends que tout va changer. Ce bébé me choisit pour me rendre importante. Non seulement je n’ai plus le choix, mais je ressens une joie qui me déborde de partout. Un truc qui me prend aux tripes, envie de pleurer en même temps que de rire. Un sentiment de non-retour, aussi. »
« Je me dis, en regardant une des personnes pour qui je donnerais ma vie sans la moindre hésitation, pour qui je sacrifierais tout ce qui m’importe, que j’ai peut-être réussi à ne pas transmettre cette injonction implacable qui consiste à vouloir un enfant. Je lui parle mentalement, « Oui, ma fille, oui. Réalise ta vie, joue, fonce, existe, donne un sens à ces années , crée ton œuvre, laisse une trace, ne te laisse pas happer par la maternité, ne tombe pas dans le piège tendu aux femmes depuis des siècles et des siècles ». Alors qu’aucun mot ne sort de ma bouche, parce qu’il n’y a rien à dire, rien à ajouter. Alors que je lui souhaite intérieurement de vivre une vie d’artiste et de se réaliser loin de l’esclavage et de la folie maternelle, une autre voix, d’une autre couleur, me rappelle que rien au monde ne m’a rendue plus heureuse que de la tenir dans mes bras et de la voir grandir. »
« Je n’ai jamais eu la prétention d’être une mère parfaite. La seule mère parfaite possible est celle qui n’existe pas, qui n’a pas eu les enfants, en vrai. Toutes celles qui ont à élever des êtres humains sont des mères normales, comme elles peuvent, plutôt mauvaises. »
« Parce que je veux que mes enfants s’affranchissent de moi. Je le veux vraiment. Je constate que cela me dévaste mais je n’ai pas une seule seconde envie de les garder à mes côtés toute leur vie. Il faut lutter contre des montagnes géantes, il faut trouver une place entre le désir de leur bonheur et ce deuil affreux qui m’attend. »
« Je regarde mon téléphone toutes les deux secondes. Émile a peut-être besoin de quelque chose. Il a vingt ans. Depuis des années, il se débrouille très bien sans moi, mais ce soir, j’ai l’impression qu’il vient de naître. Émile n’a pas donné de nouvelles. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, comme on dit quand tout va bien. »
« Mes enfants partent, mon corps se transforme. La suite est floue, voire opaque. Il n’y a pas de lumière au bout du tunnel. Je n’ai jamais lu un livre qui racontait mon histoire, je n’ai jamais entendu une chanson sur la ménopause, je n’ai pas vu de films sur une femme de plus de cinquante ans qui n’était ni une sorcière méchante ni une mère abusive ni une vieille dame à qui l’on porte les courses en haut d’un escalier, une femme qui n’aurait pas besoin d’être jolie ou refaite. Je ne sais pas en quoi je peux me transformer. Je ne sais pas qui je peux devenir, dans cette nouvelle vie. Je suis perdue. Je veux juste un peu de temps pour inspirer. Reprendre mon souffle. »
« Je ne connais pas la suite…Je ne sais pas…Mais je ne suis pas seule. Et j’ai encore des milliers d’histoires à imaginer et je peux chanter. J’ai envie d’apprendre à danser et j’ai hâte de rencontrer mille personnes de tous les âges, intelligentes, émouvantes et inspirantes.(…) Je veux apprendre de mes enfants et de leurs enfants, que leur vision du monde change la mienne et m’aide à grandir. »
Ma note : 5/5
Mesenfantssontpartis #NetGalleyFrance
Le bon point : À travers la voix d’une Julie déphasée face au départ de ses grands enfants et à l’article de la ménopause, ce texte perspicace et génialissime raconte sans pathos le syndrome du nid vide vécu par les toutes les mamans d’aujourd’hui.

Julie fête allègrement ses cinquante ans au bar en bas de chez elle, réunit ses amis et toute sa famille, chante Dalida à tue-tête puis rentre se coucher, joyeuse et un peu ivre… Mais le réveil est cruel.
Bientôt, en effet, la même semaine pluvieuse de septembre, ses deux enfants quittent subitement l’appartement familial pour partir étudier. Elle est effondrée. Et c’est le moment que sa gynécologue choisit pour lui parler de ménopause. Depuis longtemps disparues, les crises d’angoisse ne tardent pas à revenir, avec une intensité inédite. Que se passe-t-il ? Pourquoi ne parvient-elle pas à chasser le sentiment que sa vie est finie ?
Elle décide d’utiliser ses armes de romancière et d’imaginer d’autres vies que la sienne. Mais à chaque femme dont elle invente l’histoire, Julie bloque au même endroit, à la cinquantaine, quand la maison se vide. Là, tout s’arrête. Même la fiction lui échappe. Et les questions fusent. Pourquoi ne raconte-t-on jamais les femmes ménopausées ? Comment la société les considère-t-elles, une fois leur rôle de mère accompli ? Personne ne semble la comprendre lorsqu’elle avoue être bouleversée par le départ de ses enfants, pourquoi ? La femme parfaite doit-elle décidément afficher un bonheur béat à chaque tournant de son existence ?
Dans ce récit mêlé de fiction, vif, plein d’humour, sans amertume, Julie Bonnie braque un projecteur sensible sur celles que la société refuse de voir et de représenter.
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Littérairement vôtre,
Aïkà

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