« Et j’en veux aux parents, qui n’ont pas su tenir leurs mômes, qui les ont mal élevés peut‑être, en tout cas sans leur apprendre les bonnes valeurs, la différence entre le bien et le mal, qui ne les ont pas sermonnés, ou pas assez, quand ils ont su, et les ont finalement laissés libres de continuer à exercer leur cruauté. Non, je ne pardonne rien. Je ne pardonne à personne. »
Philippe Besson in Vous parler de mon fils, Julliard, 2025
J’ai lu Vous parler de mon fils de Philippe Besson.
Pour avoir déjà lu, ou plutôt écouté la version audio de Ceci n’est pas un fait divers, je me suis avancée vers ce dernier opus, plus ou moins, en connaissance de cause. D’ailleurs, je peux vous confirmer d’emblée que la signature Besson est toujours au rendez-vous, fidèle à elle-même : un style détaillé, imprégnant et au plus près de la réalité, comme si on y était. Et de quelle réalité ! Cette fois-ci, elle s’apparente « à un continent » ( la comparaison, à juste titre, est évoquée dans le roman ) dont on ne revient jamais.
Le narrateur et Juliette formaient une famille tranquille avec leurs fils Hugo et Enzo. Jusqu’à ce que la tragédie ne survienne.
Le narrateur raconte les préparatifs et le déroulement de la marche blanche qui a lieu aujourd’hui, en l’honneur de son fils aîné, 14 ans pour toujours. Par bribes, comme des flashbacks, il reconstitue les signes, les signaux, les signalements qui ont conduit son fils adoré à commettre l’irréversible afin de se délivrer de ses bourreaux. Ses bourreaux ? Deux gamins de sa classe, le genre cruel, sadique et violent, bref; et vous l’aurez compris; Vous parler de mon fils est un récit sur le harcèlement scolaire, dans sa dimension dévastatrice extrême et monstrueuse.
Cette histoire est le récit du calvaire d’un adolescent innocent et martyrisé, de l’acharnement de ses parents pour que cela cesse, de l’aveuglement et du déni des responsables, du passage à l’acte, de la mort et du combat qui doit continuer jusqu’à ce que justice soit faite.
Une fois de plus, Philippe Besson frappe fort : impossible de ressortir indemne de cette lecture.
Pour la qualité littéraire ainsi que la gravité des thématiques ; car le harcèlement scolaire est un problème de société urgent; je recommande mais soyez averti : âmes sensibles passez votre chemin.
Quelques citations
« Le psy m’a assuré que je ne devais pas culpabiliser : la plupart des victimes de harcèlement s’enferment dans le silence, voire dans la dissimulation, elles s’arrangent pour que leur entourage ne remarque rien, elles ne veulent surtout pas éveiller les soupçons, parce que les soupçons les obligeraient à passer aux aveux, à se désigner comme victimes, à se reconnaître comme telles. L’aveu enclenche aussi un engrenage , il leur faut accepter que ça leur échappe, que d’autres s’en emparent, et c’est tout ce qui les terrorise, parce qu’elles répugnent de toutes leurs forces à ce que leurs bourreaux soient informés de leur peur et sachent qu’elles ont cafté, qu’elles ont été minables au point de cafter, de s’abriter derrière des tiers, c’est la démonstration éclatante de leur lâcheté, de leur nullité. »
« On ne voit pas nos enfants comme ils sont, quelquefois, mais comme on voudrait qu’ils soient. Surtout , on oublie qu’ils se comportent avec leurs camarades différemment d’avec nous. Ils nous montrent le visage qu’on attend d’eux et cessent d’interpréter leur rôle quand ils échappent à notre surveillance. »
« Ainsi, un jour où je le regardais s’affairer dans son atelier attenant à la maison, réparant je ne sais plus quoi, il m’avait dit, sans que cela soit le moins du monde relié à la conversation que nous avions alors : « Tu sais, être heureux ce n’est pas une chose compliquée, c’est être tranquille. » Sur le moment, j’avais considéré qu’il ne manifestait pas une grande ambition. Aujourd’hui, je donnerais tout l’or du monde pour ne serait‑ce qu’une once de tranquillité. Et je me rends compte que c’est ce qui aura manqué chaque jour à mon fils. »
« Sauf que non. Je n’y arrive pas. Je persiste à les avoir en horreur et je n’ai pas l’intention de les ménager, encore moins de les absoudre. Je n’oublie aucune de leurs saloperies, je ne perds jamais de vue leur ignominie. Ils se sont comportés comme des caïds, comme des brutes arriérées. Et pour quelle raison ? La pire, si on y songe : parce qu’ils le pouvaient. Et parce que ça leur plaisait d’exercer leur domination. Et parce que ça servait leur réputation, ça augmentait leur cote. Ils n’ont éprouvé aucune empathie pour Hugo, je n’en aurai pas davantage à leur égard. J’aggrave mon cas : j’en veux aussi à ceux qui, sans participer directement, se sont réjouis du spectacle qui leur était offert, qui ont rigolé aux vannes dégueulasses, aux images volées, qui ont liké les saloperies, les fausses rumeurs – ils ne sont rien d’autre que des complices de l’infamie. Et puis j’en veux à ceux qui n’ont pas bougé une oreille, à ceux qui ont vu, entendu, compris, et n’ont rien empêché. À ceux qui ont assisté aux sarcasmes, aux bousculades, et ont laissé faire, qui s’en sont lavé les mains, ils sont au moins coupables de ne pas avoir porté assistance à celui qui, d’évidence, était en danger. J’en veux à la meute, la bruyante comme la silencieuse. Et j’en veux aux parents, qui n’ont pas su tenir leurs mômes, qui les ont mal élevés peut‑être, en tout cas sans leur apprendre les bonnes valeurs, la différence entre le bien et le mal, qui ne les ont pas sermonnés, ou pas assez, quand ils ont su, et les ont finalement laissés libres de continuer à exercer leur cruauté. Non, je ne pardonne rien. Je ne pardonne à personne. »
Philippe Besson in Vous parler de mon fils, Julliard, 2025

Quatrième de couverture
Je vous demande de vous mettre à notre place. Un instant. Rien qu’un instant. Votre enfant vient vous raconter l’humiliation, la persécution, le bannissement. C’est votre fils, votre fille, il a douze ans, elle en a huit ou quatorze. C’est la chair de votre chair, ce que vous avez de plus précieux au monde. C’est l’être que vous devez protéger, défendre, soutenir, aider à grandir. Et il vient vous avouer cela. Vous y êtes ? Vous la devinez, votre stupéfaction ? votre culpabilité ? votre douleur ? votre colère ? Ça vous envahit, pas vrai ? ça vous submerge, ça vous dépasse, ça vous anéantit. Et ça, ce n’est que le début. Que les toutes premières minutes.
Vous parler de mon fils, Philippe Besson, Julliard, 2025, 208 pages.
Et mon avis en bref
Un récit sur le harcèlement scolaire, dans sa dimension dévastatrice extrême et monstrueuse. Une fois de plus, Philippe Besson frappe fort : impossible de ressortir indemne de cette lecture.
Ma note : 5/5.
#Vousparlerdemonfils #NetGalleyFrance
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