Premières lignes #31

Ces fleuves qui coulent en nous

Erik Orsenna

Julliard – 2025

INTRODUCTION

Ce jour-là, je regardais la construction d’un barrage sur le Mékong. Soudain, dans l’assourdissant vacarme des engins de chantier, j’entendis la voix de ma femme :

— C’est pareil.

Je me retournai. Elle avait fermé les yeux.

— Écoute ! Le sang, quand on lui rétrécit le passage, quand les artères commencent à se boucher, le sang fait le même bruit. Écoute ! Tu entends la différence avec ce matin, à Louang Prabang ? Le fleuve était libre. Ici, on l’emprisonne. Il est malheureux. Écoute !

Il faut vous dire que ma femme Isabelle est médecin, médecin angiologue. Depuis trente ans, elle promène une sonde sur des êtres humains. Mais elle ne se contente pas de scruter son ordinateur . Elle tend aussi l’oreille. Car chaque flux a sa musique, dont certaines pas du tout rassurantes.

C’est en rentrant à Vientiane, au milieu d’une forêt de tecks, que l’idée nous est venue.

Au fond, elle et moi , le médecin et l’écrivain-reporter, faisions exactement le même métier. Je m’occupais des grands fleuves, ceux qui irriguent la planète. Elle prenait soin des plus modestes , ceux qui transportent l’oxygène et la vie jusqu’aux extrémités de nos corps.

Nous allions écrire deux livres. Le premier, sur la fragilité des grands fleuves. Le second, sur ces rivières invisibles qui coulent en nous.

Quelque chose nous disait que ces deux échelles allaient se parler, que le tout petit allait avoir des choses à dire au plus grand. Et réciproquement. Selon de vieilles pensées, le tout est inscrit dans le microcosme. De là vient, notamment, la vérité des jardins.

Erik Orsenna in Ces fleuves qui coulent en nous, Julliard, 2025

C’est avec régal que je retrouve l’un de mes auteurs préférés, que dis-je, l’un de mes conteurs favoris aussi n’allais-je pas manquer le dernier opus d’Erik Orsenna de l’Académie Française.

Je me souviens à quel point sa prose m’a enchantée dans Histoire d’un ogre, aussi je m’attends à ce qu’il en soit de même en lisant son nouveau Ces fleuves qui coulent en nous. D’ailleurs, la poésie du titre annonce déjà la promesse d’un merveilleux voyage intérieur. Reçu en Service Presse, j’ai hâte de le lire !

Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉

Dans tous les cas, je vous souhaite un bon dimanche!

3 responses to “Premières lignes #31”

  1. Avatar de penleyterris
    penleyterris

    pleasing! Sources Confirm [Significant Announcement] Expected Today 2025 ornate

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Aïkà Valisoa

      Hello 🌞Thank You, my pleasure ✨

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