« -Dans la vie on doit aussi s’intéresser à ce qui nous plaît moins.
Sophie Adriansen & Arnaud Nebbache in Voie de Garage, Dargaud, 2025
-Mais pourquoi ?
-C’est comme ça. C’est pour ainsi dire comme une ligne de chemin de fer. Tu peux pas t’arrêter seulement là où ça te chante, sinon ça pose problème. »
Dans une ville où l’on dit « Adieu » pour se dire bonjour et où c’est pendant la Saint Nicolas que les enfants sages reçoivent des cadeaux, Paulin Duc, qui vit avec ses grands-parents, n’a qu’un seul rêve : devenir conducteur de trolleybus, c’est-à-dire un tramway.
Pour cela, du matin au soir, le garçonnet s’entraine à conduire un engin imaginaire dans sa chambre. Un jour, il réussit à reconstituer un trolley de fortune avec un chariot trouvé et quelques objets emblématiques : un volant, un klaxon, des perches etc. C’est ainsi que, sous le regard amusé et bienveillant du voisinage, Paulin était heureux de s’imaginer conducteur de trolley en sillonnant les trottoirs des quartiers calmes du Lausanne des années 80.
Cette passion le poursuivit jusqu’à l’âge adulte, tant et si bien que sa « flotte » évolua en un petit bijou de bric-à-brac et qu’il eut droit à son reportage, ainsi que la reconnaissance de Roland Martins, conservateur du musée d’art brut, ce qui représenta une fierté, un petit évènement en soit, pour les riverains.
Mais le succès attisant les jalousies, un jour, arriva une lettre anonyme criblée de fausses accusations pour exiger l’internement de Paulin Duc à l’hôpital psychiatrique. L’affaire fut alors rendue publique et le verdict tomba comme un coup de massue; sur ce, je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en lisant l’album.
« Les trolleys m’aident à supporter le monde. (…) Pour survivre à la dépression, je me suis réfugié dans l’imagination. Ils appellent ça ma « folie ». Ils voudraient que j’en sorte. Mais je ne veux pas ! Je ne veux pas retomber en dépression. J’ai besoin des trolleys, ils remplacent tout ce que je ne peux pas avoir dans la vie. Je ne pourrai jamais avoir un vrai volant dans les mains, mes trolleys sont ma raison de vivre. »
Sophie Adriansen & Arnaud Nebbache in Voie de Garage, Dargaud, 2025
L’histoire de Paulin Duc est inspirée de celle de Martial Richoz, à l’époque dit « l’homme bus », que je ne connaissais pas mais que j’ imagine poète, rêveur et idéaliste.
Cet album est certainement le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre dans la mesure où son histoire est celle d’un personnage au comportement peu conventionnel voir atypique mais intelligent, inoffensif et innocent, injustement privé de sa liberté : Paulin Duc était certes sous tutelle mais en aucun cas ni délinquant ni criminel. Encore moins fou dangereux.
Mais à une époque où la recherche sur le trouble du spectre autistique n’en était qu’à ses balbutiements, quiconque présentait un comportement différent était stigmatisé et écarté d’office.
-Mais qu’est-ce qu’être un adulte ? N’est-ce pas aussi être plus responsable, se plier aux règles de la vie en société ?
Sophie Adriansen & Arnaud Nebbache in Voie de Garage, Dargaud, 2025
-Se plier aux règles de la vie en société ou plier les règles et vivre à sa façon ?
-Vous dites ?
-Que ce n’est pas un temps à mettre les perches au vent.
Avec beaucoup de lignes droites ainsi qu’une palette minimaliste aux contrastes inattendus sur fond blanc, le style graphique rappelle le modernisme pictural et se marie parfaitement à l’histoire d’un homme qui défend la liberté de vivre son rêve. Le résultat est original, lumineux et bouleversant.
Un manifeste pour le droit d’être différent, moi je recommande.

Quatrième de couverture
Enfant, Paulin s’est passionné pour les trolleybus qui sillonnent la bonne ville de Lausanne. Devenu adulte, il a approfondi cette passion, conduisant ses propres trolleys qu’il a assemblés à partir de bric et de broc.
Figures locales, Paulin et sa douce excentricité ne dérangent personne jusqu’au jour où une lettre anonyme réclame son internement pour trouble à l’ordre public. Commence alors une bataille judiciaire et de communication : il faut libérer Paulin ! Mais pour ce dernier, les choses ne sont pas si simples, car, derrière son internement, c’est toute sa vie et son rapport au monde qui sont remis en cause. Paulin a-t-il le droit de vivre sa vie ?
Ce récit, qui interroge la frontière, floue et changeante, entre pathologie et « normalité », est basé sur l’histoire vraie de Martial Richoz, surnommé « l’homme bus » dans le Lausanne des années 1980, qui fut interné à 25 ans en hôpital psychiatrique.
Voie de Garage_ Sophie Adriansen& Arnaud Nebbache _ Dargaud _ 21.03.25 _ 120 pages.
Et mon avis en bref
Cette histoire est celle d’un personnage au comportement peu conventionnel voir atypique mais intelligent, inoffensif et certainement innocent, injustement privé de sa liberté. Poétique et bouleversant, un manifeste pour la différence.
Ma note : 5/5
Est-ce que cela vous a plu ? Vos avis, vos suggestions ou vos petits coucous sont très précieux pour moi et toujours la bienvenue en commentaires !

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !