Premières lignes #37

Laisse aller, c’est une valse

Delphine Plisson

Jc Lattès – 2025

Le type se balance sur son fauteuil de président, dans son bureau de président de Distribus, PME domiciliée en rez-de-jardin d’un immeuble commercial d’une ville de banlieue parisienne.

Il aimerait de toute évidence avoir l’air détendu, mais je vois bien la lèvre un poil crispée, et puis ce pied qui gigote là, et que je fixe, et qui gigote encore plus, mais je ne le lâcherai pas je n’ai pas tellement envie de l’aider.

Je m’assieds dans le fauteuil de l’invité, en faux cuir certes mais du vrai cuir ça aurait été bizarre sur la moquette ignifugée bleu acier qui n’est pas sans rappeler les yeux du président.

Je ne dis rien : j’ai lu sur Internet que celui qui parle en premier indique malgré lui qu’il est en position de faiblesse ou un truc comme ça. Je pense à John Wayne, je me concentre pour le fixer sans rien dire parce que j’imagine que c’est ce que John Wayne aurait fait, et ça me fait penser que je ne me souviens pas précisément du visage de John Wayne.

Alors nous y voilà, dit le président qui me fait prendre conscience que j’étais un peu trop partie m’égarer à Monument Valley. Retour à Malakoff. Nous y voilà, je réponds mais sans trop savoir où.

Il a parlé le premier. Je suis à deux doigts de me lever et de quitter la zone de combat mais il n’a pas tellement l’air vaincu. Je me contente de me redresser, c’est chiant le skaï ça glisse.

Bon, je suis très heureuse de te rencontrer.

Je m’entends prononcer des mots mais je ne m’écoute pas.

Je sais ce que j’ai à dire, et je sais ce qu’il ne doit surtout pas entendre même entre les lignes.

Le GrosIndustriel a repris Au Bon Plaisir il y a deux ans, et pourtant nous voici à nouveau sur le marché pour tenter de convaincre Distribus de prendre le relais.

Si le type qui me fait face ne rachète pas, ou s’il rachète juste la boîte mais sans la dame qui l’a fondée, moi donc, ça va se jouer entre tribunal de commerce, liquidation, stage à Pôle emploi, lettres de motivation, entretiens en jupette et plans sur la comète en grande province : et si on quittait tout pour recommencer.

Delphine Plisson in Laisse aller, c’est une valse, JC Lattès, 2025

D’après mes recherches, Laisse aller, c’est une valse est une expression du nord de la France qui signifie « laisse-toi aller, essaie de te détendre » et il existe également une comédie policière datant de 1971 portant ce titre.

Cela dit, de vous à moi, c’est le résumé qui m’a tout de suite donné envie de découvrir les déboires de Brune, d’abord la quarantaine puis la cinquantaine… Et surtout comment va-t-elle se dépatouiller de ses épreuves qui ne manquent pas de défis. Reçu en Service Presse, j’ai hâte de le lire !

Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉

Dans tous les cas, je vous souhaite un bon dimanche!

2 réponses à « Premières lignes #37 »

  1. Avatar de butterflyandpie

    Coucou, merci pour cette découverte ! Je ne connaissais pas du tout, ça a l’air d’une lecture originale, qui change 🙂 Bonne journée à toi 🙂

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    1. Avatar de Aïkà Valisoa

      Hello Butterfly 🦋 Merci beaucoup 🌞 À toi aussi ma chère bonne soirée et bonne semaine 😉

      Aimé par 1 personne

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