Premières lignes #46

Touriste

Julien Blanc-Gras

Le Livre de Poche – 2013

Préambule,

où l’on découvre l’origine

des pathologies géographiques du narrateur

On compte sept milliards d’habitants à la surface de la planète et ils vivent tous quelque part. Ils peuplent des continents, des pays et des villes, que bon nombre d’entre eux ne sont pas en mesure de pointer sur un planisphère, faute de planisphère.

Je représente un sept milliardième de l’humanité et je ne sais pas toujours où j’habite. Si je suis une quantité négligeable, la question de ma place dans le monde a néanmoins son importance. J’ai grandi sous un climat tempéré où l’accès à une nourriture protéinée est suffisamment aisé pour laisser du temps aux occupations secondaires que sont les loisirs ou les incertitudes existentielles. Les habitants de l’Occident disposent d’une certaine amplitude dans le choix de leurs penchants intellectuels et de l’orientation de leur destin. On peut se dédier à la physique nucléaire, au football ou à l’engagement politique sans obstacles majeurs. Aussi loin que je me souvienne, c’est la géographie qui a retenu mes faveurs. Pendant des années, je me suis couché avec un globe terrestre. Je conçois que cela puisse paraître étrange, les enfants ont d’ordinaire plutôt tendance à s’endormir avec des nounours. En guise de doudou, j’avais adopté un ballon gonflable et translucide sur lequel était imprimée une carte du monde. Un gadget fabuleux déniché dans un magasin de gadgets stupides. Je me glissais dans mon lit en serrant la planète, la joue contre la Corée, la Norvège chaudement lovée contre ma poitrine et Los Angeles au bout des doigts. Je me réveillais avec la Terre comme horizon initial.

Le premier livre que j’ai ouvert était un atlas. L’apprentissage de la lecture m’a permis de déchiffrer « Kamtchatka » et « Saskatchewan » avant de savoir épeler « fourchette ». Pour mon cerveau en formation, l’association des lettres, des lignes et des couleurs formulait une représentation cohérente du monde. Le caractère magique des cartes m’offrait mon premier choc esthétique.

Julien Blanc Gras in Touriste, Le Livre de Poche, 2013.

Je sais, je sais : Touriste n’est pas exactement une nouveauté fraîchement débarquée en librairie. Mais j’ai un argument imparable : Julien Blanc-Gras.

Je l’ai découvert avec Bungalow, une pépite d’humour, d’autodérision et d’observation fine. J’ai souvent ri, parfois à voix haute, ce qui est toujours bon signe. Alors quand Touriste est venu s’ajouter à ma PAL, c’est vous dire. Rien qu’aux premières lignes, on retrouve ce frisson littéraire familier : cette ironie tendre, ce regard espiègle sur le monde et ce ton à la fois léger et profond.

Attention Touriste n’est pas un guide, c’est un regard. Celui d’un homme curieux, un peu désabusé mais toujours bienveillant, qui voyage plus pour comprendre que pour collectionner les destinations. Je ne doute pas une seconde que Touriste va me faire rire et peut-être même un peu rêver.

Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉

Dans tous les cas, je vous souhaite un bon dimanche!

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !

Et si… nous restions en contact ?

Mon profil sur Babelio.com