Touriste
Julien Blanc-Gras
Le Livre de Poche – 2013
Préambule,
où l’on découvre l’origine
des pathologies géographiques du narrateur
On compte sept milliards d’habitants à la surface de la planète et ils vivent tous quelque part. Ils peuplent des continents, des pays et des villes, que bon nombre d’entre eux ne sont pas en mesure de pointer sur un planisphère, faute de planisphère.
Je représente un sept milliardième de l’humanité et je ne sais pas toujours où j’habite. Si je suis une quantité négligeable, la question de ma place dans le monde a néanmoins son importance. J’ai grandi sous un climat tempéré où l’accès à une nourriture protéinée est suffisamment aisé pour laisser du temps aux occupations secondaires que sont les loisirs ou les incertitudes existentielles. Les habitants de l’Occident disposent d’une certaine amplitude dans le choix de leurs penchants intellectuels et de l’orientation de leur destin. On peut se dédier à la physique nucléaire, au football ou à l’engagement politique sans obstacles majeurs. Aussi loin que je me souvienne, c’est la géographie qui a retenu mes faveurs. Pendant des années, je me suis couché avec un globe terrestre. Je conçois que cela puisse paraître étrange, les enfants ont d’ordinaire plutôt tendance à s’endormir avec des nounours. En guise de doudou, j’avais adopté un ballon gonflable et translucide sur lequel était imprimée une carte du monde. Un gadget fabuleux déniché dans un magasin de gadgets stupides. Je me glissais dans mon lit en serrant la planète, la joue contre la Corée, la Norvège chaudement lovée contre ma poitrine et Los Angeles au bout des doigts. Je me réveillais avec la Terre comme horizon initial.
Le premier livre que j’ai ouvert était un atlas. L’apprentissage de la lecture m’a permis de déchiffrer « Kamtchatka » et « Saskatchewan » avant de savoir épeler « fourchette ». Pour mon cerveau en formation, l’association des lettres, des lignes et des couleurs formulait une représentation cohérente du monde. Le caractère magique des cartes m’offrait mon premier choc esthétique.
Julien Blanc Gras in Touriste, Le Livre de Poche, 2013.

Quatrième de couverture
On est toujours le touriste de quelqu’un.
Certains veulent faire de leur vie une œuvre d’art, je compte en faire un long voyage. Je n’ai pas l’intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit. Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d’être futile. De s’adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire. J. B.-G.
Julien Blanc-Gras appartient à cette race de passeurs décomplexés qui comptent bien traverser Canaan et toute la planète, sans piétiner quarante ans le désert. Cultivé, facétieux et drôlissime, il est doté du regard pénétrant et décalé de celui qui sait apprécier sans être dupe. Bernadette Atlan, Le Nouvel Observateur.Contenu
Source résumé & image :
Touriste (Poche 2013), de Julien Blanc-Gras | Livre de Poche : Lien
#Premières Lignes est le rendez-vous littéraire créé par Ma Lecturothèque et suivi par :
Lady Butterfly & Co – Ladiescolocblog – Ju lit les mots – Les paravers de Millina – Light and Smell – Le parfum des mots – L’autodidacte aux mille livres – Le Nocher des livres *
* La liste des participant·e·s mentionnée ci-dessus est un tout petit aperçu. Si vous aussi, vous prenez part à ce rendez-vous, n’hésitez pas à me le dire en commentaire ou via le formulaire de contact. J’aurais plaisir à mettre à jour cette liste pour qu’elle reflète toute la diversité de la blogosphère littéraire.
Je sais, je sais : Touriste n’est pas exactement une nouveauté fraîchement débarquée en librairie. Mais j’ai un argument imparable : Julien Blanc-Gras.
Je l’ai découvert avec Bungalow, une pépite d’humour, d’autodérision et d’observation fine. J’ai souvent ri, parfois à voix haute, ce qui est toujours bon signe. Alors quand Touriste est venu s’ajouter à ma PAL, c’est vous dire. Rien qu’aux premières lignes, on retrouve ce frisson littéraire familier : cette ironie tendre, ce regard espiègle sur le monde et ce ton à la fois léger et profond.
Attention Touriste n’est pas un guide, c’est un regard. Celui d’un homme curieux, un peu désabusé mais toujours bienveillant, qui voyage plus pour comprendre que pour collectionner les destinations. Je ne doute pas une seconde que Touriste va me faire rire et peut-être même un peu rêver.
Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉
Dans tous les cas, je vous souhaite un bon dimanche!

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !