Premières lignes #47

Une reine sans royaume

Hella Feki

jC Lattès – 2025

Alger, le 23 mai 1917

À l’orée de ma mort, l’écriture m’apparaît comme l’ultime moment d’ascèse, celui de l’évocation des visages lointains et des décors enfouis du voyage qui marqua le plus mon existence, celui que je fis à Tunis au printemps 1907. Dans le chagrin du paysage malgache, l’agressivité, la violence, la perte de la foi, l’incertitude, la peur, le désespoir, la souffrance envahissaient un monde de silences, à l’image de ma terre intérieure, dévalant une pente où l’aube se dérobe. Dans la découverte de la beauté de ce monde en sursis, à Tunis, mon histoire me paraissait un songe, fait de prémonitions, de réminiscences, d’images en gravitation légère. Nous ne rêvons jamais tant que dans nos périodes de désirs ou de douleurs, qui ne sont que des désirs blessés.

Je n’ai pas choisi. Je suis née reine. Tout m’a été imposé . Dès mon premier cri, on a voulu tracer, sur une page vierge, une destinée , des signes, des lignes. L’être humain n’est-il pas inachevé par essence, un chant obscur de la terre, né d’un cri le jour de sa naissance ?

Hella Feki in Une reine sans royaume, JC Lattès , 2025



Il y a des livres qu’on n’a pas encore ouverts, mais qui vous parlent déjà. Une reine sans royaume, roman de Hella Feki que j’ai récemment reçu en service presse, en fait partie. D’abord parce que sa couverture est une invitation en soi : chatoyante, majestueuse, elle offre le profil d’une reine coiffée d’un élégant chapeau à plume, comme une promesse de dignité préservée malgré la chute.

Mais ce n’est pas seulement l’esthétique qui m’a convaincue de me positionner sur cette lecture. C’est surtout le sujet : l’évocation de Ranavalona III, la dernière reine de Madagascar. Pour moi qui viens de ce pays, ce nom n’est pas anodin. J’ai grandi avec cette figure historique à la fois lointaine et familière, cette femme déposée, exilée, mais jamais oubliée. Je connaissais sa « chute », sa dignité blessée, les images de ses apparitions publiques en exil, où elle suscitait une profonde compassion. Elle m’a toujours intriguée, touchée, questionnée.

J’attends de ce roman un souffle sensible, une écriture capable de redonner chair à cette souveraine sans royaume. J’espère y retrouver ce mélange de solitude et de noblesse, d’Histoire et d’intime. Et aussi, peut-être, un écho à ce que cela signifie, aujourd’hui encore, d’être une femme malagasy regardant vers le passé avec respect, et vers la littérature avec émotion.

Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉

Dans tous les cas, je vous souhaite un bon dimanche!

5 réponses à « Premières lignes #47 »

  1. Avatar de Hedwige

    Déjà quand j’entends le nom Madagascar, j’y mets du merveilleux et des rêves dans lesquels Ranavalona III s’insère à merveille.

    Je comprends que pour toi, ce livre est essentiel, et je te remercie pour cette belle découverte

    Aimé par 2 personnes

    1. Avatar de Aïkà Valisoa

      Hello Hedwige 🌞 Quel plaisir de lire ton si joli commentaire 🤩 Et je ne manquerai pas de publier une chronique ici pour te raconter le livre ✨ Merci pour ta gentillesse 😉

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      1. Avatar de Hedwige

        Merci Aïkà 🥰, je suis très curieuse.

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  2. Avatar de Vampilou fait son Cinéma
    Vampilou fait son Cinéma

    Comme toi, j’aime déjà beaucoup la couverture ! Mais les premières lignes me donnent également très envie de découvrir ce destin, qui semble aussi passionnant, que difficile…

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Aïkà Valisoa

      Hello Vampilou 🌞 Je te raconterai, merci pour ta visite ma chère 😉

      Aimé par 1 personne

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !

Et si… nous restions en contact ?

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