« En 2023, 270000 femmes ont porté plainte pour violence conjugale. Si l’on prend l’info dans l’autre sens on se retrouve avec 270000 mecs violents. (…) Dans ces 270000 hommes il y a votre père, votre oncle, votre frère. Votre meilleur ami. Votre voisin. (…) Votre patron, votre collègue de bureau. Pas des monstres. Des mecs normaux. Et c’est bien le problème. »
Mathieu Palain & Valentin Maréchal in Nos pères, nos frères, nos amis – Dans la tête des hommes violents, Steinkis, 2025
Dans un contexte social et sociétal de plus en plus fracturé, Mathieu, journaliste, s’interroge sur les origines de la violence faite aux femmes.
Dans son reportage immersif, il nous emmène à la rencontre de professionnel·le·s de la santé mentale, de psychologues, de témoins, de victimes… mais surtout des auteurs de ces violences ; cet audacieux choix narratif permet de comprendre les mécanismes de la violence à la source, sans jamais les excuser.
Cet album est l’adaptation graphique de l’essai de Mathieu Palain, Nos pères, nos frères, nos amis – Dans la tête des hommes violents par Valentin Maréchal, je tiens d’ailleurs à saluer cette initiative pertinente en ces temps urgents qui appellent à la prise de conscience.
Voici donc une œuvre choc, nécessaire, qui aborde frontalement les violences au sein du couple et, plus largement, les violences faites aux femmes, en les replaçant dans le contexte d’une éducation patriarcale profondément enracinée.
« C’est facile de s’épargner de ne jamais se poser de questions de se répéter qu’on est un mec bien qu’on a rien à se reprocher. Mais si vous êtes un homme, demandez-vous honnêtement si vous n’exercez jamais de rapport de domination sur les femmes de votre entourage. »
L’album met en lumière le rôle fondamental de l’éducation dans la construction des comportements violents. Il montre comment certains schémas familiaux, transmis de génération en génération, conditionnent à la violence.
« L’enfant apprend avec ce qu’il voit. S’il n’y a pas de violence dans la famille, il a peu de chances d’attraper le virus. C’est un peu comme la grippe : si votre père tousse toute la journée, vous allez tomber malade… Le virus de la violence se développe chez l’enfant parce qu’on l’a conditionné à tolérer la violence. »
Mais surtout, il ouvre des pistes pour en sortir : groupes de parole, thérapies, travail sur soi, transmission d’une autre manière d’être aux enfants. Car guérir, c’est aussi empêcher que la violence ne se reproduise.
Par ailleurs, une des forces de l’ouvrage réside dans sa capacité à montrer que la violence est un système relationnel gagnant vs perdant, dominant vs dominé. Comme le dit l’adage : il faut être deux pour danser le tango. Les victimes, elles aussi, portent des traumatismes qu’il est essentiel de reconnaître et de soigner.
« Quelque chose dans ces traumatismes de l’enfance vient lier le couple. Il faut penser l’interaction. Je traduis : c’est la confrontation du traumatisme de l’un au traumatisme de l’autre qui crée la violence. Si la femme a appris à conflictualiser, elle va se dire : « C’est qui ce malade ? » et elle va partir. Mais si vous êtes traversée par des failles, vous allez rester. Et dans l’interaction violente, les problèmes vont s’accumuler. La violence fait disjoncter le cerveau. »
Côté graphisme, Valentin Maréchal propose un style brut, réaliste, avec une patte reconnaissable. Ce choix esthétique, loin de chercher à séduire, sert parfaitement l’objectif de l’album : vulgariser, sensibiliser, provoquer une prise de conscience. L’image devient un vecteur de vérité, parfois dure, mais toujours juste.
En somme, Nos pères, nos frères, nos amis est un album indispensable. Il ne cherche pas à plaire, mais à (r)éveiller. Il ne propose pas de réponses toutes faites, mais ouvre des chemins. En 2025, les violences sexistes et sexuelles restant massivement présentes, cette œuvre agit comme un électrochoc salutaire. À lire, à partager, à discuter. L’enjeu est urgent. L’enjeu est vital. Coup de poing sur les violences patriarcales, moi, je recommande.
Quelques citations
Mon père m’avait déconseillé de porter plainte. parce que … « ça arrive de faire des conneries. » (…) Je ne sais pas s’il en a conscience, mais il prêche pour la paroisse des hommes.
Non… C’est un homme de grandes colères : tout peut y passer, même les murs de la maison. Mais il ne l’a jamais frappée. La violence flottait dans l’air, à la maison. ça me fait réfléchir à ce qui m’est arrivé. Est-ce vraiment un hasard? Ou est-ce que ces problèmes se perpétuent de génération en génération?
La violence suit un rythme cyclique : dans la première phase, un climat de tension s’instaure, l’homme se met en colère multiplie les reproches. Puis ,phase 2, il passe à l’acte et violente sa victime qui est traumatisée humiliée désemparée. Dans la troisième phase il lui reproche ce qui vient d’arriver. « Tu m’as poussé à bout », « C’est de ta faute, tu vois que je m’énerve et tu continues… »puis dans la 4e phase, il s’en veut, présente ses excuses, se dévalorise: « je ne te mérite pas », offre des cadeaux et menaces parfois de se suicider. Cette phase dite de « lune de miel » laisse penser qu’un nouveau départ est possible. Plus la relation dure plus les cycles sont courts parfois plusieurs fois dans la même journée.
🩵 C’est facile de s’épargner de ne jamais se poser de questions de se répéter qu’on est un mec bien qu’on a rien à se reprocher. Mais si vous êtes un homme, demandez-vous honnêtement si vous n’exercez jamais de rapport de domination sur les femmes de votre entourage.
En 2023, 270000 femmes ont porté plainte pour violence conjugale. Si l’on prend l’info dans l’autre sens on se retrouve avec 270000 mecs violents. (…) Dans ces 270000 hommes il y a votre père, votre oncle, votre frère. Votre meilleur ami. Votre voisin. (…) Votre patron, votre collègue de bureau. Pas des monstres. Des mecs normaux. Et c’est bien le problème.
Pourquoi des hommes frappent leur femme, la mère de leurs enfants ? Au fond, je n’en savais rien.
– Réparer un homme violent, c’est possible ? – bien sûr ! L’homme est toujours en devenir. S’il a le désir de changer, on peut travailler.
L’enfant apprend avec ce qu’il voit. S’il n’y a pas de violence dans la famille, il a peu de chances d’attraper le virus. C’est un peu comme la grippe : si votre père tousse toute la journée, vous allez tomber malade… Le virus de la violence se développe chez l’enfant parce qu’on l’a conditionné à tolérer la violence.
Quelque chose dans ces traumatismes de l’enfance vient lier le couple. Il faut penser l’interaction. Je traduis : c’est la confrontation du traumatisme de l’un au traumatisme de l’autre qui crée la violence. Si la femme a appris à conflictualiser, elle va se dire : « C’est qui ce malade ? » et elle va partir. Mais si vous êtes traversée par des failles, vous allez rester. Et dans l’interaction violente, les problèmes vont s’accumuler. La violence fait disjoncter le cerveau.
Il paraît que tout se joue dans l’enfance.
Mathieu Palain & Valentin Maréchal in Nos pères, nos frères, nos amis – Dans la tête des hommes violents, Steinkis, 2025

Quatrième de couverture
Adapté de l’essai de Mathieu Palain
Si les monstres ça n’existe pas, qui sont les auteurs de violence ? C’est la question que se pose Mathieu, journaliste, lorsqu’il rencontre Cécile. Cette jeune femme, victime de violence conjugale, essaie de comprendre ce qui lui est arrivé. Entre Mathieu et elle, un lien se noue. Mathieu débute son enquête au sein de groupes de parole d’hommes condamnés pour violence conjugale. Mais pour questionner les hommes et leur violence, il faut aller plus loin, auprès des chercheurs, d’associatifs, de psychiatres. Avec Cécile, Mathieu regarde aussi sa propre histoire et tente de comprendre cette violence qui traverse la société. Car pour s’attaquer à la violence des hommes, il faut accepter de la regarder en face.
Source image & résumé
Nos pères, nos frères, nos amis : Dans la tête des hommes violents – Éditeur de romans graphiques – Steinkis Editions : Lien
Et mon avis en bref
Nos pères, nos frères, nos amis est un album graphique percutant sur les violences faites aux femmes, adapté de l’essai de Mathieu Palain. À travers le regard d’un journaliste, il explore les racines patriarcales de la violence, donne la parole aux victimes et aux auteurs, et propose des pistes pour guérir et prévenir. Le dessin brut et réaliste sert une démarche de sensibilisation urgente et essentielle.
Ma note : 5/5
#Nospèresnosfrèresnosamis #NetGalleyFrance
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