« Avec l’apparition du mal, les citoyens ne s’étaient pas seulement retrouvés privés de nourriture du jour au lendemain mais sevrés d’électroménager, de véhicules, d’écrans et de réseaux sociaux. Ils étaient en manque, déboussolés de ne plus devoir obéir à personne, perdus dans un monde revenu à l’ère pré-industrielle. Un monde où l’on devait laver son linge à la main, planter des légumes pour se nourrir, utiliser les moyens du bord pour construire le moindre objet, ouvrir un livre pour apprendre et se divertir. »
Valentin Musso in Voici demain, Lizzie, 2025
Mathieu, Paul et Chloé vivent à la dure, reclus dans une maison de ferme isolée au cœur des bois, pendant que « le Mal » ravage le monde et décime des millions de vies. Le ton est cataclysmique, l’atmosphère pesante, comme si nous étions projetés dans un futur dystopique, postapocalyptique.
Et c’est là tout le génie du récit : dans la seconde partie, le voile se lève. On revient à une réalité plus terre à terre, plus nuancée, et surtout glaçante. Ce « Mal », c’est le COVID-19. Ce n’est pas une fiction lointaine, c’est notre monde, notre époque. Et soudain, le choix de vie de ces personnages — repliés, paranoïaques, obsédés par leur survie — apparaît non pas comme une réponse lucide, mais comme une dérive dangereuse malheureusement inéluctable. Sur ce, je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en écoutant le livre.
Le plus intéressant dans Voici demain est que le survivalisme dont il est question, loin d’être un phénomène de mode, apparaît comme la réponse inévitable aux dérives écologiques et sociales qui minent notre planète : urgence climatique, guerres interminables, pandémies récurrentes, surproduction, crise économique et raréfaction des ressources. Le roman est donc porté par une écriture engagée, à la fois sobre et tendue, propre à Valentin Musso, maitre du thriller.
La construction chorale donne de la densité au récit : les voix de Paul, Chloé et la narratrice se succèdent, chacune apportant sa propre vision, ses failles, ses contradictions. Paul, en particulier, est une figure marquante : brisé, imprévisible, irrécupérable. L’ambiance est sous tension constante, et les rebondissements sont savamment distillés.
La version audio est une réussite. Les comédien·ne·s Jessica Monceau et Clément Corinthe livrent une interprétation juste, immersive, qui accentue la gravité du récit. L’écoute devient une expérience sensorielle, presque physique, où chaque silence, chaque respiration, chaque intonation compte.
Ce roman, qu’il soit lu ou écouté, plaira aux amateurs de thrillers forestiers, de huis clos psychologiques, et à celles et ceux qui aiment explorer les zones grises de l’âme humaine. Voici demain m’a évoqué, par certains aspects, Terre fragile de Claire Fuller, mais dans une tonalité plus sombre, plus radicale. Les héritiers de l’urgence planétaire, moi, je recommande.
Quelques citations
L’homme avait la certitude que le progrès serait sans limites et que les machines ne lui feraient jamais défaut. Mais lorsque la civilisation disparaît, ceux qui sont restés proches de la terre ont le plus de chances de s’en sortir.
Bombe nucléaire ? Virus ? Catastrophe naturelle ? On ne savait pas ce qui ferait basculer le monde, mais on savait que quelque chose de démentiel arriverait. Il fallait juste attendre et l’avenir trancherait.
La richesse d’un homme se mesure au nombre de choses dont il peut se passer.
La nostalgie est une malédiction : elle vos décourage et vous empêche d’avancer.
Hyperconnecté, leur cerveau avait muté. On ne prenait plus la peine de rien retenir puisque l’information était à portée de clic sur un téléphone. Jamais on n’avait été en contact avec autant d’individus, jamais on ne s’était senti aussi seul.
On ment quand on commence à grandir et qu’on comprend que dire toujours la vérité n’est pas la bonne solution.
L’homme s’était soumis de son plein gré au progrès et à la technologie, et c’est cette dépendance qui causerait sa perte s’ils venaient à disparaître. La croissance économique de notre monde s’était bâtie sur les énergies fossiles, et donc sur les machines. De la cafetière qu’ils allumaient en se levant, aux ordinateurs devant lesquels ils restaient assis sept heures par jour, en passant par la voiture qu’ils prenaient pour aller gagner leur croûte, les gens avaient accepté leur propre esclavage.
Ils dormaient avec leur portable sous l’oreiller, portaient à leur poignet des montres connectées, marchaient dans la rue des écouteurs greffés dans les oreilles. Hyperconnecté, leur cerveau avait muté. On ne prenait plus la peine de rien retenir puisque l’information était à portée de clic sur un téléphone.
Avec l’apparition du mal, les citoyens ne s’étaient pas seulement retrouvés privés de nourriture du jour au lendemain mais sevrés d’électroménager, de véhicules, d’écrans et de réseaux sociaux. Ils étaient en manque, déboussolés de ne plus devoir obéir à personne, perdus dans un monde revenu à l’ère pré-industrielle. Un monde où l’on devait laver son linge à la main, planter des légumes pour se nourrir, utiliser les moyens du bord pour construire le moindre objet, ouvrir un livre pour apprendre et se divertir.
Valentin Musso in Voici demain, Lizzie, 2025

Quatrième de couverture
Le danger n’est jamais là où on l’attend…
Chloé et Paul vivent dans une ferme isolée, au pied des Pyrénées. Ils partagent leur quotidien avec Mathieu, qui enseigne à Paul différentes techniques de chasse et de survie. Le trio a renoncé à tout confort moderne et s’est coupé du monde pour se rapprocher de la nature.
Mais la réalité ne va pas tarder à se rappeler à eux quand l’impensable se produit, plongeant le pays dans la panique. Dans cet environnement devenu hostile, le moindre événement peut avoir des conséquences dramatiques. Une mauvaise chute, un animal sauvage qui rôde, l’irruption d’un inconnu… La vie déjà précaire de Chloé, Paul et Mathieu vacille. Pourtant, leur cauchemar ne fait que commencer : ils sont loin de se douter du véritable danger qui les guette.
Avec ce roman à fort suspense psychologique, Valentin Musso mène le lecteur sur des pistes inattendues et le tient en haleine par son sens aigu du retournement de situation.
Source image & résumé
Voici demain_ Valentin Musso _ Lizzie : Lien
Et mon avis en bref
Trois survivalistes sont isolés face au « Mal » cataclysmique. En découvrant qu’il s’agit du COVID-19, le récit révèle la dérive paranoïaque de leur repli. Sobriété narrative et version audio immersive font de ce thriller forestier une plongée glaçante dans la psychose et les urgences planétaires.
Ma note : 5/5
#VoiciDemain #NetGalleyFrance
Est-ce que cela vous a plu ? Vos avis, vos suggestions ou vos petits coucous sont très précieux pour moi et toujours la bienvenue en commentaires !

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !