L’éducation physique
Rosario Villajos
Le métailié – 2025
Déjà cinq voitures sont passées depuis qu’elle s’est dit que la prochaine allait s’arrêter, elle en était sûre cette fois, ou bien celle d’après, ou alors la prochaine voiture rouge, ou bien la prochaine blanche mais avec un numéro d’immatriculation qu’on peut lire dans les deux sens, ou la prochaine de n’importe quelle couleur mais à partir de…maintenant. Celle qui a suivi la suivante est passée sans s’arrêter, lentement, aussi lentement que passent les minutes depuis qu’elle se tient debout ici, alors elle cesse de les compter et décide de s’occuper en se faisant mal. Catalina s’est initiée à cette méthode anxiolytique lorsqu’elle a dû apprendre à rester toute seule à l’hôpital. Elle la conçoit comme une offrande, un petit pot-de-vin pour nourrir la créature monstrueuse qu’elle a en elle, en échange de quoi elle ne se montrera pas. Elle connaît différents moyens d’assouvir sa faim : arracher les croûtes des petites blessures qu’elle s’inflige à elle-même, déchirer ses ongles avec les dents, se mordre le bout des doigts jusqu’à sentir le goût de sa chair à vif, s’arracher les poils des sourcils, mais elle a prévu d’arrêter ça cette année car ça pourrait devenir compliqué à dissimuler. Elle a parfois du mal à s’en empêcher. Si j’en arrache deux d’un coup une voiture apparaîtra et s’arrêtera pour m’emmener, se dit-elle, et si elle n’apparaît pas…si elle n’apparaît pas rapidement, je m’arrache un petit poil de plus et après j’arrête. Et la créature secrète l’écoute et la laisse accomplir le sacrifice, parce qu’au fond c’est la fille qui est à la surface qui en a besoin : elle n’a pas trouvé de moyens plus efficaces de se sentir vivante, là, tout de suite. Le goût métallique du sang la réconforte, la revigore, il l’aide à se concentrer sur la douleur d’ici pour lui faire oublier la douleur de là-bas. Sa peau est jeune et se régénère à toute vitesse, ce qui fait qu’elle trouve toujours une manière de se blesser. Maman et papa l’ont remarqué, mais ils lui disent simplement d’arrêter de faire ça sur un ton excédé. Elle aimerait bien leur répondre qu’ils n’ont qu’à arrêter de fumer, pour voir si c’est si facile. C’est pour ça qu’elle essaye de soigner les apparences, elle est consciente du mal qu’elle se fait et elle ne veut pas qu’on la dérange lorsqu’elle s’adonne à ce qu’elle considère comme un vice épouvantable. Un jour elle aimerait bien arrêter, ou du moins être capable de contrôler à sa guise cette addiction pour que ni ses parents ni personne ne la remarquent, parce que ce qui compte vraiment c’est le regard des autres.
Rosario Villajos in L’éducation physique, Métailié , 2025

Quatrième de couverture
Un soir de l’été 1994, Catalina, 16 ans, quitte précipitamment la maison de sa copine avant qu’on la raccompagne. Il n’y a plus de bus, elle part à pied et décide de faire du stop. Elle a peur des mauvaises rencontres mais encore plus du couvre-feu imposé par ses parents.
Entre 18h15 et 21h45, avec un suspense digne d’un thriller, on va suivre ses pensées comme une expérience intime, parfois déroutante, parfois contradictoire, mais surtout intense, comme tout ce qu’on vit à l’adolescence. Ce sera aussi une tentative de prise de conscience de son propre corps qu’elle cherche à apprivoiser malgré le regard des autres.
L’auteure transfère sur le plan physique l’éducation sentimentale de son héroïne, miroir de la vie et de son temps, pour nous suggérer que les batailles des femmes reflètent les violences de chaque époque.
Un livre parfaitement actuel sur le désir de liberté et le corps féminin comme champ de conflit émotionnel, affectif et politique. Un roman juste, universel et plein de tendresse.
Source image & résumé : Lien
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Reçu récemment en service presse grâce à NetGalley (merci aux Éditions Métailié 💌), ce roman m’a tout de suite intriguée, comme un murmure à l’oreille, une promesse de lecture intime et remuante.
La couverture, d’abord, m’a happée : un profil anatomique sobre mais avec cette tension sourde qui semble dire : « Tu n’es pas prête, mais viens quand même. » Et puis l’intitulé L’éducation physique. Pas sentimentale, pas civique, mais physique. Comme si le corps devenait le terrain d’apprentissage, de lutte, de révélation. Et ça, ça me parle.
Le résumé m’a confortée dans mon pressentiment : on y suit Catalina, 16 ans, un soir d’été 1994, dans une errance entre peur du couvre-feu parental et crainte des mauvaises rencontres. Une tranche de vie adolescente, tendue comme une corde, où chaque minute semble peser plus lourd que la précédente. Ce que j’attends de cette lecture ? Une plongée dans les pensées d’une jeune fille en quête de liberté, de maîtrise de son corps, de compréhension de ce monde qui la regarde trop, ou pas assez.
J’ai aussi très envie de me laisser surprendre par le style de Rosario Villajos, dont c’est le premier roman traduit en français, sélectionné pour le Prix littéraire Les Inrockuptibles – catégorie roman étranger 2025.
Et hop dans ma PAL ✨
Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉
Dans tous les cas, je vous souhaite un bon dimanche!

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !