Chroniques d’une artiste hippie chic

« Au soleil ou dans l’obscurité, loin du chant envoûtant des sirènes qui conduit à leur perte les humains qui l’entendent, le seul remède à l’amour sera d’aimer plus intensément. Elle même. Et les autres. »

Alison de Saint-Amant in La fille qui fait pshitt , Khéops, 2025.

Zoa La Grande, une jeune femme fantasque et décalée, rêve de gloire musicale mais se retrouve propulsée dans un monde de crapules et de paillettes. De la flûte à bec aux producteurs de “phornographie” ( avec un “h”), elle enchaîne les mésaventures rocambolesques, les nuits agitées et les rencontres improbables; sur ce, je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en lisant le livre.

« (…) Zoa n’avait étudié que la flûte à bec, ce qui n’avait rien d’excitant, comme la majorité des Français à l’école depuis des décennies. Jamais aucun ministre de la Culture depuis Malraux n’eut jusque-là idée de révoquer cet instrument saugrenu qui avait la vertu de dégouter les enfants de la musique, et certains professeurs qui ne l’avouaient pas. »Alison de Saint-Amant in La fille qui fait pshitt , Khéops, 2025.

Ce roman court mais dense nous embarque dans un périple initiatique à travers les coulisses d’un showbiz aussi cruel que burlesque, où chaque étape semble plus absurde que la précédente. Sous ses airs de comédie déjantée, La fille qui fait pshitt explore des thématiques profondes : la désillusion artistique, la quête de reconnaissance, et le regard acide porté sur une industrie qui, je cite, « broie plus qu’elle ne révèle« . On y croise les fantômes d’une époque révolue, des références à la culture pop des années 70-80, et une critique sociale subtile sur les injonctions à réussir, à plaire, à se conformer. C’est aussi un hommage aux artistes cabossés, à celles et ceux qui continuent de rêver malgré les coups.

Le style d’Alison de Saint-Amant est un véritable feu d’artifice : verbe haut, phrases qui claquent, humour mordant et références vintage à gogo : une sorte de mix entre le discours desprogien et les pages publicitaires des années Antenne 2.

« Elle n’avait pas osé le déposer sur son compte ouvert dans un Centre de Chèques Postaux _ « la banque des pauvres et des fonctionnaires » serinait avec componction la langue de bois officielle, à mille lieux des grandes institutions aux noms clinquants comme la Société Géniale, le Crédit à bricoles, le Crédit Fonchier, la Banque Route (…) »Alison de Saint-Amant in La fille qui fait pshitt , Khéops, 2025.

L’écriture est dense, parfois exigeante, mais toujours inventive. Elle crée une ambiance visuelle très forte, presque psychédélique, avec des touches “flower power” chic et une tendresse punk qui ne laisse pas indifférent. C’est un parti pris assumé, qui séduira les lectrices et lecteurs en quête d’un univers littéraire singulier.

« Les femmes sont une drogue, est-ce la raison par laquelle le cinéma les nomme héroïnes ? »Alison de Saint-Amant in La fille qui fait pshitt , Khéops, 2025.

Alors, si j’ai aimé ? Disons que j’ai été séduite par le début, amusée par le ton, mais un peu déboussolée par la suite. Le style, aussi brillant soit-il, finit par prendre le pas sur l’intrigue, et j’ai eu du mal à m’accrocher jusqu’au bout. Mais prenons garde à ne point juger une œuvre à l’aune d’un seul ressenti : à coup sûr, ce roman trouvera son public chez les amateur·ice·s de récits décalés, les nostalgiques des années pop, et les amoureux de la langue effrontée. Une lecture à recommander pour celles et ceux qui aiment les ovnis littéraires, les héroïnes qui font “pshitt” mais ne manquent pas de panache.

Je tiens à remercier chaleureusement Alison de Saint-Amant et les éditions Khéops pour cette découverte éditoriale remarquable.

Est-ce que cela vous a plu ? Vos avis, vos suggestions ou vos petits coucous sont très précieux pour moi et toujours la bienvenue en commentaires !

5 réponses à « Chroniques d’une artiste hippie chic »

  1. Avatar de Hedwige

    Ouh la la je ne vais certainement rien y comprendre, j’ignore déjà ce que signifie «des touches “flower power” chic et une tendresse punk»Bravo à toi et merci de l’avoir lu, Aïka 😘

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    1. Avatar de Aïkà Valisoa

      Hello Hedwige 🌞 Hihi tu m’as fait sourire 😄 C’est vrai que l’auteure a un style bien à elle, très visuel : « flower power chic tendresse punk » c’est à mon avis l’expression d’un univers coloré, nostalgique et un peu rebelle, comme une héroïne qui aurait grandi dans les années 70 avec des godillots aux pieds et des fleurs dans les cheveux ✌️ Merci à toi ma chère pour ton clin d’œil et ta lecture attentive, ça me fait toujours autant plaisir 😘

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      1. Avatar de Hedwige

        Merci de ta gentille réponse éclairante, Aïkà 🥰

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  2. Avatar de Light And Smell

    Je ne suis pas certaine que ce soit pour moi mais tu as titillé ma curiosité quant au style de l’autrice.

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    1. Avatar de Aïkà Valisoa

      Hello Light 🌞 Le fait que ta curiosité soit titillée c’est déjà une belle victoire pour l’auteure 💪 Si jamais tu te lances, je serais curieuse de connaitre ton ressenti ! Merci pour ta visite toujours aussi plaisante ma très chère 😉

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