Une drôle de peine
Justine Lévy
Stock – 2025
Maman n’aime pas être allongée toute raide, comme ça, sous le ciel bas de cette grosse boîte marron (elle déteste le marron). Comment elle a pu se laisser enfermer là-dedans ? si seule ? si jeune ? Laideur des croque-morts, monstruosité des grosses fleurs, c’est moche ici, elle doit se dire, ce marron, ce noir, le noir et le marron de ce cercueil tout en angles. Et son visage, pourquoi on a modifié son visage ? On l’a mis en désordre, on a posé une deuxième bouche sur sa bouche, un demi-cercle figé, affreux, à l’envers, un visage de farces et attrapes, le clown le plus triste de tous les cirques. Mourir d’accord, mais ce maquillage atroce, non, pas possible, si c’est une blague elle n’est pas drôle. Ou alors c’est pour la fête ? en l’honneur de son arrivée au Ciel ? peut-être faut-il être déguisé, sinon on ne vous laisse pas entrer. Vous avez votre carton d’invitation madame ? le + 1 de qui ? ah non je regrette, cela ne va pas être possible, c’est une soirée de gala, et on ne fume pas dans l’établissement. Maman revient. C’était une erreur, je le savais. Elle tambourine contre le plafond vissé. Mais personne n’entend. En tout cas pas le gardien débile de ce cimetière pour happy few, qui ne s’intéresse qu’à Dalida, Berlioz, Oscar Wilde. Ni les amis trop occupés à pleurer ou à faire semblant de pleurer. Alors je m’évanouis. Quand je me réveille c’est trop tard, le cercueil est dans la tombe. Mais mon enquête commence. Je suis sûre que maman s’est échappée, les mères reviennent toujours.
Justine Lévy in Une drôle de peine, Stock, 2025.

Quatrième de couverture
« Est-ce que tu me vois, maman ? J’ai deux crédits à la banque, deux enfants que j’étouffe, quatre chats dont deux débiles et une estropiée, des rides en pattes d’araignée autour des yeux et des oignons aux pieds, le même amoureux qui me supporte et tient bon depuis vingt ans, quelle dinguerie, je ne suis ni parfaitement féministe, ni tout à fait écologiste, ni vraiment révoltée, pas encore alcoolique, plus du tout droguée, j’ai un abonnement à la gym, une carte de métro et une autre du Carrefour Market, je ne me fais pas les ongles, je ne me coiffe ni ne me teins les cheveux, je mets du rouge à lèvres une fois par an et surtout sur les dents, je suis toujours aussi raisonnable, aussi peu fantaisiste : je mets beaucoup d’énergie à essayer de ne pas te ressembler, maman. Je n’ai pas pu être une enfant et je ne sais pas être une adulte. »
Une drôle de peine est à la fois une adresse et une enquête. C’est aussi une magnifique déclaration d’amour.
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Quelques mots suffisent à ressentir que ce roman parle de la relation mère-fille, ou plus précisément, de la perte de la mère. Et moi, j’ai une tendresse particulière pour les récits qui osent explorer ces sujets sans détour, avec ou sans tact comme c’est souvent le cas dans la vraie vie.
Dès les premières lignes, dans un style brut et désarmant, la narratrice parle de sa mère disparue. De sa peine. Une drôle de peine, justement. En tous cas, une peine qui ne ressemble pas aux autres, qui ne se range pas dans les cases habituelles du chagrin.
Ce roman, je ne l’ai pas encore commencé, mais j’ai hâte. Et hop dans ma PAL ✨
Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉
Dans tous les cas, je vous souhaite un bon dimanche!

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !