« La fin d’une histoire d’amour n’est rien par rapport à l’éclatement d’une famille. Au nom de la liberté et de l’émancipation, nous tuons les autres, cette chair de notre chair. Flambée aussi de pères qui réclament la garde de leurs enfants, après une séparation, et accomplissent des actes spéculaires comme grimper en haut d’une grue. »
Olivier Frébourg in Où vont les fils?, Folio, 2023.
Le narrateur était un homme comblé, jusqu’au jour où sa femme le quitte, le laissant avec leurs trois fils en garde alternée. Alors, pour ne pas sombrer, il pose ces mots sur son ressenti. Sur ce, je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en lisant le roman.
« Une vie que je laisse désormais se faire ronger car je sais que l’essentiel est perdu. Le cœur de ma vie d’homme bouffé. Le reste ne sera qu’ aménagement, navigation à vue, arrangements et adaptation. »
Une écriture impeccable, quasi romantique, à la première personne, qui donne voix à la détresse d’un père de famille soudain « livré à lui-même », après le départ de sa femme. On ressent sa désorientation, son chagrin, son effort pour tenir debout face à ses trois fils. C’est touchant, souvent bouleversant.
« Je répète en boucle : un divorce c’est sept deuils en même temps. Deuil d’un amour, deuil de la confiance, deuil de l’amour propre, deuil d’une vie de famille, deuil des enfants, deuil du présent, deuil de l’avenir. Éclatement. »
Mais en tant que féministe assumée, une nuance s’impose. Car derrière cette détresse, entre les lignes, on devine un déséquilibre ancien : celui d’un mari qui s’appuyait sur sa femme pour toutes les charges du ménage. Et c’est là que le texte, malgré sa pudeur, me fait ressentir que cette femme avait bien raison de partir. Non pas par caprice, mais par épuisement. Par besoin de se retrouver.
« J’avais honte de me montrer amputé. Honte quand j’emmenais les enfants à l’école, chez des amis, le médecin, quand je rencontrais leurs enseignants qui avaient connu la vie d’avant. La honte, ce sentiment bourgeois, comme la culpabilité. On avait incendié au lance-flamme mon honneur de mari et de père. »
Ce père qui découvre soudain la logistique du quotidien, les bains, les histoires du soir, les courses, les émotions à gérer… tout cela aurait dû être partagé bien avant. Mais il faut aussi replacer ce récit dans son époque : les souvenirs d’enfance relatés dans les années 60-70, les modèles familiaux d’alors, les rôles genrés encore très ancrés.
C’est donc un texte magnifique, mais qui me laisse un goût de déséquilibre. Une œuvre intéressante pour ce qu’elle dit de la paternité, de la transmission, du désarroi masculin. Mais aussi un miroir de ce que les femmes ont longtemps porté seules, sans se plaindre.
Où vont les fils? Et si les fils allaient, justement, vers un monde plus égalitaire, plus équitable ? Pour la beauté de l’écriture, Père dû, moi, je recommande.
Quelques citations
« Une vie que je laisse désormais se faire ronger car je sais que l’essentiel est perdu. Le cœur de ma vie d’homme bouffé. Le reste ne sera qu’ aménagement, navigation à vue, arrangements et adaptation. »
Je répète en boucle : un divorce c’est sept deuils en même temps. Deuil d’un amour, deuil de la confiance, deuil de l’amour propre, deuil d’une vie de famille, deuil des enfants, deuil du présent, deuil de l’avenir. Éclatement.
Le soir, après les confrontations avec les avocats, j’écoutais à fond les manettes Mon fils, ma bataille de Balavoine, en chialant. Nous étions simplement comme les autres, nos amis tombés au champ de la désunion.
Aux mots auxquels je m’accroche le matin, au réveil, quand il fait encore nuit. Combler le vide. Plus vite quand tout est plein. Les magasins. Les caddie king size. Les animations de Noël. Les boules, les guirlandes, les sapins enneigés, je les vois comme un décor dur et gris. Tout est faux. Tout est mensonge. Tout est maquillage jusqu’à en hurler.
La fin d’une histoire d’amour n’est rien par rapport à l’éclatement d’une famille. Au nom de la liberté et de l’émancipation, nous tuons les autres, cette chair de notre chair. Flambée aussi de pères qui réclament la garde de leurs enfants, après une séparation, et accomplissent des actes spéculaires comme grimper en haut d’une grue.
J’avais honte de me montrer amputé. Honte quand j’emmenais les enfants à l’école, chez des amis, le médecin, quand je rencontrais leurs enseignants qui avaient connu la vie d’avant. La honte, ce sentiment bourgeois, comme la culpabilité. On avait incendié au lance-flamme mon honneur de mari et de père.
Cet arrachement, le pire que j’ai eu à endurer dans ma vie d’homme occidental épargné par les guerres et les famines.
Notre génération était celle de l’effondrement. Effondrement du mur de Berlin, du communisme, de l’église, de la presse écrite, de la démocratie, de l’Europe. (…) La consommation est aussi la preuve d’un effondrement moral.
La poésie de Cadou avait la vivacité rapicolante du printemps, une naïveté campagnarde, menacées par l’ombre de la mort. Les coquelicots les arbres faisait partie de son royaume mais aussi la chute des corps, les enfants perdus, les navigateurs solitaires.
« Souviens-toi d’oublier », clament les philosophes. Nous avions sans doute oublié que la guerre ne disparaît jamais, qu’elle est en perpétuelle métamorphose. La paix comme le bonheur sont des illusions. Des répits.
Olivier Frébourg in Où vont les fils?, Folio, 2023.

Quatrième de couverture
« Je passe mon temps à faire des courses, à courir. C’est la roue du temps et aussi le supplice de la roue. Je passe mon temps à rouler, à conduire un fils au foot, l’autre au tennis. Grandes surfaces et petites vies. Vie express. Mariage et divorce express : bientôt il y aura un codebarres sur les livrets de famille. »
La vie d’un homme bascule lorsqu’un beau jour, sans préavis, sa femme le quitte et demande le divorce. Abasourdi de chagrin, il doit pourtant faire face devant ses trois fils et assumer, désormais seul, les tâches du quotidien : raconter des histoires, donner le bain, consoler.
Avec une grande pudeur et beaucoup de sincérité, Olivier Frébourg raconte le désarroi engendré par une rupture et questionne le sens de la famille. Que transmet-on à ses enfants dans un monde en perte de repères ?
Source image & résumé
Livre Où vont les fils? | Folio : Lien
Et mon avis en bref
Un texte magnifiquement écrit, empreint de mélancolie, qui donne voix à la détresse d’un père confronté à la solitude et à la charge du quotidien après une rupture.
Mais en tant que féministe, je ne peux m’empêcher d’interpréter l’histoire dans l’autre sens et de penser que cette désorientation révèle surtout un déséquilibre ancien, et que le départ de la mère était peut-être une forme de légitime émancipation.
Ma note : 4/5
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