Les voisins
Diane Oliver
Buchet-Chastel – 2024
Les Voisins
Le bus qui abordait le carrefour entre Patterson et l’avenue Telford offrait un spectacle monotone, à cette heure du soir. Parmi les quatre passagers debout à l’arrière, elle ne repéra aucun de ses amis. Il y avait surtout des femmes, confortablement installées sur les banquettes doubles, des bonnes et des cuisinières qui rentraient du travail ou bien des secrétaires qui avaient fait des heures supplémentaires, dans les bureaux de l’usine. La fabrique de coton était située à l’extérieur de la ville, près de la maison où elle-même était employée. Elle remarqua que quelques hommes se trouvaient également à bord. De simples ouvriers, ça se voyait, à l’exception de ce monsieur très élégant en costume gris sombre, muni de ce qu’elle imaginait être un parapluie à bouton-poussoir.
Il avait l’allure de quelqu’un qui prenait sa voiture pour se rendre au travail, d’habitude. Immédiatement, elle décida que l’automobile avait sûrement refusé de démarrer ce matin, ce qui l’avait contraint à faire le trajet en bus. Elle-même était postée au fond, debout, pour observer les passagers. Ses bras atteignaient tout juste la barre et elle faisait de son mieux pour ne pas valdinguer à chaque embardée. Mais au moindre virage, sa tête était projetée contre la fenêtre. De plus, ses cheveux commençaient à se défaire, et des frisettes noires se balançaient entre ses yeux. Elle regarda les gens qui l’entouraient. Il y avait quelques Blancs, mais la plupart étaient de la même couleur qu’elle. Au moins, étudier ses compagnons de route l’empêchait de penser au lendemain. Même si en réalité, elle avait hâte d’y être, et que tout ça se termine.
Diane Oliver in Les voisins, Buchet-Chastel, 2024.

Quatrième de couverture
Le livre que vous tenez entre vos mains est un recueil de nouvelles, mais ne le reposez pas tout de suite, il a traversé soixante ans de nuit avant d’arriver jusqu’à vous. Prodige de la littérature américaine trop tôt disparue à l’âge de vingt-deux ans, Diane Oliver nous laisse cette observation bouleversante de finesse de diverses existences sous les lois de Jim Crow dans les années 1960. Avec une modernité surprenante, la jeune autrice nous introduit au cœur de foyers qui font face quotidiennement au racisme et à la ségrégation – un enfant qui sera le premier élève noir d’une école ségréguée, une famille réfugiée dans la forêt – prêts à tout pour protéger leur fils ou encore une jeune fille qui participe à son premier acte militant. Aujourd’hui considérée comme une Zora Neale Hurston ou un James Baldwin au féminin, Diane Oliver a été redécouverte en 2022 et son œuvre a été publiée de manière posthume dans plusieurs pays. En lisant cette œuvre unique, on ne peut qu’être persuadé que la bonne littérature est immortelle.
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#Premières Lignes est le rendez-vous littéraire créé par Ma Lecturothèque et suivi par :
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J’ai l’honneur de vous présenter aujourd’hui un vestige littéraire, un héritage qui a traversé les décennies : Les voisins de Diane Oliver.
Publié à titre posthume et redécouvert en 2022, ce recueil de nouvelles raconte la vie quotidienne des Afro-Américains au cœur de l’Amérique ségrégationniste des années 60, à travers le regard d’une jeune autrice noire disparue trop tôt, à seulement 22ans.
Et ce qui frappe dès les premières lignes, c’est la force de cette voix : une écriture qui, malgré sa jeunesse et sa brièveté dans le temps, témoigne d’une acuité et d’une intensité rares.
Et hop dans ma PAL ✨
Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉
Dans tous les cas, je vous souhaite un bon dimanche!


Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !