Ami·e·s De Lire bonjour et bienvenue dans cette chronique ! Au sommaire :
Aujourd’hui je vous propose de parler du roman de Marie Vareille intitulé Ainsi gèlent les bulles de savon paru en mai 2021 aux éditions Charleston.
Présentation de la maison d’édition
« Certains choix nous défi nissent à tout jamais, celui-ci en fait partie. À partir d’aujourd’hui, je peux bien écrire la neuvième symphonie, sauver le monde d’une troisième guerre mondiale ou inventer le vaccin contre le sida, on ne retiendra de moi que cet acte innommable. Puisses-tu un jour me pardonner.»
De Paris aux volcans ensoleillés d’Indonésie en passant par un petit campus américain à la frontière canadienne, de vibrants portraits de femmes aux destins entrecroisés se dessinent. Quel secret les unit ? Quelle est leur véritable histoire ?
De sa plume délicate et addictive, Marie Vareille nous offre une merveilleuse histoire d’amour, d’espoir et de résilience.
LE SAVIEZ VOUS? La dépression post partum se caractérise par une tristesse profonde, une perte d’intérêt pour les activités habituelles, une baisse de l’estime de soi, une culpabilité excessive, des idées noires ou suicidaires, une altération du lien mère-enfant, des difficultés à prendre soin du bébé, une agitation ou une apathie, des troubles du sommeil ou de l’appétit. La dépression post-partum nécessite un traitement médicamenteux (antidépresseurs) et/ou psychothérapeutique (thérapie individuelle ou familiale), selon la gravité des symptômes et les besoins de la femme.
Bulles de savon et larmes de cristal
Le récit commence par cet aveu: « À partir d’aujourd’hui, je peux bien écrire la neuvième symphonie, sauver la planète d’une troisième guerre mondiale ou inventer le vaccin contre le sida, on ne retiendra de moi que cet acte innommable : j’ai abandonné mon bébé, toi, mon minuscule amour aux joues si douces. Puisses-tu un jour me pardonner. »
Nous entrons dans la vie typique et rythmée d’un couple actuel à Paris.
Elle, Claire, est community manager pour une maison d’édition et lui, Thomas, a une belle carrière de chef cuisinier devant lui.
Un jour, un heureux évènement qui va changer leur vie : Claire porte dans son ventre la « Coquillette » et Thomas est aux anges.
Au terme de neuf mois de félicité, arrive enfin la naissance de la petite Marine. Claire et Thomas sont des parents comblés. La famille et les proches sont émerveillés et aux petits soins.
Mais au fil des semaines, une ombre s’installe dans le quotidien de Claire et l’aveugle au point de l’empêcher d’apprécier son bonheur.
Cette angoisse finit par la conduire à l’aéroport, bien déterminée à prendre le prochain avion à destination de l’autre bout du monde.
Au fil des pages, vous découvrirez autour de Claire une myriade de personnages dont les rôles sont insoupçonnés de prime abord: Éléanore, Océane, Éva, Catherine, Alain…
Pour ma part,
Ce récit illustre complètement le baby blues, euphémisme emprunt de douceur pour désigner la détresse post partum qui est une réalité tellement intime qu’il est encore tabou de nos jours. En effet, pendant neuf mois, au creux de son ventre, la maman possède un lien exclusif et privilégié avec son bébé. Il arrive donc que la maman ressente un vide existentiel immense après l’accouchement. Ce vide se creuse avec les nouvelles charges de travail liées à la maternité : allaitement, soins, endormissement du nouveau-né et j’en passe. Sans compter le stress que cela génère et la terreur de ne pas se sentir à la hauteur.
S’il y a bien une leçon à retenir à travers cette histoire, elle s’adresse aux jeunes parents : parfois, il est plus simple d’accepter un peu d’aide avant que tout n’explose.
Et mine de rien, vous réaliserez qu’ il s’agit aussi d’une histoire sur l’hypersensibilité qui, en fardeau ou en don, est cette propension à tout ressentir à l’infini, comme évoquée en exergue par la citation de Gustave Flaubert : « Je suis doué d’une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire. »
Ce fut une très belle histoire, facile à lire et semée de nombreuses leçons de vie utiles surtout si l’on se sent éternel.l.e débutant.e dans la vie de parents.
Je recommande.
Quelques citations 🤫
« Océane était toujours frappée par ce genre de personne : ceux qui ont confiance en eux, qui s’épanouissent au contact des autres, qui sourient aux in- connus et plaisantent comme si la vie était un jeu. «
« Océane avait deux passions dans la vie. La première consistait à souffler des bulles de savon et à les contempler alors qu’elles s’envolaient, prêtes à risquer leur vie pour atteindre le ciel et la lumière, indifférentes à leur propre fragilité. Elle ne s’en lassait pas. Elle vivait dans l’espoir qu’un jour, une bulle parviendrait à sa destination, tout là- haut, sans éclater. »
« La deuxième passion d’Océane était la lecture. Les livres, quoique générateurs d’émotions extrêmes, voire de graves traumatismes (elle ne s’était jamais totalement remise de L’Attrape-cœurs de Salinger), lui permettaient de vivre voyages par procuration les et les aventures qu’elle se sentait incapable d’affronter dans la vraie vie. Dans la mesure où il était peu probable qu’elle puisse construire un avenir professionnel stable dans le secteur des bulles de savon, Océane avait envisagé de devenir bibliothécaire. »
« Les yeux bleus de Liberty, bien qu’elle n’ait qu’une cinquantaine d’années, expriment une sérénité et une indulgence qui me rappellent le regard de certaines personnes très âgées arrivées en fin de parcours. Le regard de ceux qui ont fait la paix avec le monde, le fait d’y avoir vécu et celui de devoir le quitter. »
« J’aurais aimé que, au lieu de m’enseigner à être douce et à bien me tenir, on m’apprenne à avoir confiance en moi, à ne pas laisser impressionner. me laisser J’aurais su alors que j’avais de la valeur, autant que n’importe qui, et que je n’avais pas à accepter que qui que ce soit, qu’il soit pape ou président, me traite autrement qu’avec le respect qu’on doit à tout être humain. »
« Parfois, la tendance de Jess à pousser Océane hors de sa zone de confort était épuisante. Peut-être qu’Océane aspirait juste à vivre pelotonnée dans un cocon douillet, protégée du reste comme un du monde vase de cristal dans du coton, plutôt que d’aller s’écorcher le cœur au contact de la réalité. Mais Jess appelait ce comportement le cercle vicieux à la con de l’hyperprotection. »
« Si tu savais comme j’aurais aimé rayonner de bonheur, m’épanouir dans la maternité, être une mère comme les autres. Je n’ai pas réussi, alors je suis partie.(…) Qui sait, peut- être que si j’avais eu quelqu’un à qui me confier, si j’avais osé parler, si on m’avait tendu la main, si je m’étais sentie moins seule, moins nulle, j’aurais trouvé la force de rester. Mais rien de tout cela n’est arrivé. »
« Ce boulot, non seulement je l’adore, mais en plus je le fais bien, et un jour, j’espère même monter propre ma maison d’édition. D’ailleurs, je considère que c’est la meilleure chose que je puisse faire pour mes enfants: leur donner l’exemple, leur apprendre qu’ils sont libres d’avoir une vie riche et passionnante, de s’épanouir en tant qu’individus et de réaliser leurs rêves. Et si cet épanouissement signifie pour eux s’investir totalement dans leur famille, très bien, je les soutiendrai. Mais, pour moi, ce n’est pas le cas, alors je ne vais pas faire semblant. Se sacrifier totalement pour ses enfants, c’est un poids très lourd à leur faire porter, tu sais. »
» Si je te raconte l’histoire de mon enfance, ce n’est pas pour me trouver des excuses, mais parce que je voudrais que tu comprennes. L’amour, pour moi, n’a jamais été une jolie chose, un refuge, un espace où on peut s’épanouir d’égal à égal dans la douceur et le respect réciproque. L’amour, tel que je l’ai expérimenté petite, était un concept effrayant et violent. Il était sacrifice de soi, de son individualité, de sa liberté. Une guerre, avec un gagnant et un perdant. Ma mère est partie pour me protéger d’un modèle familial violent et malsain. Elle a passé le reste de sa vie à essayer de m’inculquer d’autres normes, d’autres valeurs. Elle était terrifiée à l’idée que je reproduise ses erreurs, que j’accepte que les hommes me traitent comme mon père la traitait. La façon dont s’est déroulée ma vie sentimentale a prouvé par la suite qu’elle avait échoué. Sans doute était-elle partie trop tard. Le mal était fait. Je n’ai pas voulu faire la même erreur avec toi. »
« On peut être considéré comme un père correct en se contentant de jouer une heure ou deux avec ses enfants le week-end, sans avoir la moindre idée de la date du prochain vaccin ou de la fête de l’école. Les mères, elles, ne bénéficient pas de ce droit-là. »
« Prendre un bain, boire un verre, fumer une cigarette, faire du sport, lire un livre ou en écrire un, donner des petits pots industriels, les laisser pleurer cinq minutes parce que je suis à bout, oublier le goûter, les mettre à la crèche ou à l’étude parce qu’il faut que je travaille… Mais cette culpabilité, je peux vivre avec, parce qu’au fond, je sais qu’elle n’est pas légitime. Elle est le fruit d’une construction sociale de ce rôle de mère idéale que personne n’atteint jamais et dont on nous rebat les oreilles. La preuve étant que si j’étais un homme, je ne ressentirais rien de tout cela. »
« – Tu sais, a-t-elle murmuré avec tendresse, la violence, ce n’est pas que les claques et les coups de poing. Les paroles blessantes, la restriction de ta liberté, le simple fait de penser qu’une personne t’appartient et que tu as le moindre droit sur elle, sur sa vie et sur ses décisions, c’est déjà de la violence. »
« Et une mère ne peut pas partir. Elle fait comme elle peut, elle galère, elle perd pied, elle s’enferme dans les toilettes pour pleurer tranquille, elle rêve parfois de plage déserte, de liberté et de solitude, mais finalement, elle reste. Et certains jours difficiles, juste rester et savoir ces petites choses-là, peut-être que c’est suffisant. »
« Mais comment sait-on la vie pour laquelle on est fait ? Comment sait-on si on doit avoir des enfants ou pas?
« Il faut s’écouter attentivement, apprendre à penser en dehors des cadres que d’autres ont construits pour nous et qui ne nous correspondent pas toujours. »
« Elle évoqua Mei, les bulles de savon qui gèlent, qui s’étirent à l’infini, qui luttent et résistent en dépit de leur fragilité intrin- sèque. »
« Contrôler quelqu’un, le maintenir sous sa coupe, l’empêcher de faire ce qu’il aime, de fréquenter d’autres gens, être jaloux et tyrannique, ça n’a rien à voir avec de l’amour. Tu es incapable d’aimer. Il a fallu que je rencontre l’homme de ma vie pour le comprendre. L’amour, c’est laisser l’être qu’on aime libre de vivre la vie qui le rend heureux, c’est souhaiter son bonheur avant le sien, c’est le soutenir, toujours, même quand il se trompe. Mais surtout, c’est l’accepter exactement comme il est, avec ses failles et ses faiblesses, sans vouloir le changer. »
La note De Lire Délire
+ À lire si vous aimez les romans d’histoires parallèles qui parlent de la maternité sans idéalisme ni cliché agrémentés de moments de drame, de suspense et de tendresse.
– S’abstenir si et seulement si vous vous attendez à une histoire à l’eau de rose.


Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !