1761 : Naufragés sur l’île des Sables

« Ce qui nous entoure nous apparaît trop souvent comme un décor, difficile d’en saisir la réelle complexité et l’enchainement hasadeux qui a permis de nous rendre témoins de cet équilibre. Notre analyse est trop immédiate, impossible de prendre le temps d’identifier et de saisir ce que chaque détail implique. Peut-être sommes-nous trop rapides, sans cesse sollicités par l’abstrait , par l’ailleurs, par la culpabilité de l’inaction, ici, je peux m’arrêter. Je peux m’asseoir et observer le cycle des vagues, le vol réfléchi et hiérarchisé des oiseaux. (…) Et pourtant, au fond de moi, une petite voix me murmure que c’est une douce illusion. »

Sylvain Savoia, Les esclaves oubliés de Tromelin, Dupuis, 2020

Les esclaves oubliés de Tromelin de Sylvain Savoia est une bande dessinée documentaire qui nous emmène au cœur de l’Océan Indien, sur un îlot minuscule et isolé entre l’Île Maurice, La Réunion et Madagascar.

Ce lieu, l’île des Sables appelé aussi l’île Tromelin, fut le théâtre d’une tragédie navale méconnue au XVIIIe siècle : en 1761, le navire L’Utile s’y échoua, transportant à son bord le capitaine Lafargue, son commandant Castillant, leur équipage et une centaine d’esclaves malgaches.

De ce drame, seules sept survivantes et un bébé furent secouru·e·s, quinze ans plus tard. Sur ce, je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en lisant le livre.

Pour ma part : instructif et dépaysant

L’œuvre de Savoia se distingue par sa richesse instructive et son caractère dépaysant.

Le récit est basé sur une expédition scientifique archéologique de 2008, à la recherche des vestiges des naufragés de l’Utile en 1761  durant laquelle l’auteur illustrateur fut chargé de tenir un carnet de voyage.

Cette double narration, entre l’aventure archéologique contemporaine et la reconstitution historique du naufrage et des années de survie des esclaves, est magnifiquement mise en valeur par des dessins réalistes et détaillés.

Les couleurs vives et les aquarelles ajoutent une touche de poésie et de recueillement à cette histoire dramatique : je me suis vraiment sentie esseulée, isolée sur cette île deserte et inhospitalière du bout du monde.

Savoia parvient à interpréter avec précision les éléments archéologiques et à reconstituer savamment le drame de ce naufrage.

Son récit, centré sur le destin de Tsimiavo, une jeune esclave malgache dont le prénom veut littéralement dire « Celle qui n’est pas arrogante », est un puissant témoignage de résilience et d’espoir qui m’a particulièrement émue.

Mention spéciale : L’auteur utilise certains mots et métaphores issues de la culture malgache dans les dialogues de Tsimiavo afin de rendre notre expérience encore plus immersive. La fin de l’album propose un dossier détaillé des découvertes archéologiques ayant inspiré l’histoire, offrant un complément précieux à la lecture. Je recommande vivement.

Aperçu :

Ma note : 4.5 sur 5

+ Le bon point : Les esclaves oubliés de Tromelin est un album biographique et historique remarquable pour sa qualité narrative et documentaire . C’est à la fois un beau voyage, une aventure fascinante et une émouvante quête de mémoire au bout du monde.

8 réponses à « 1761 : Naufragés sur l’île des Sables »

  1. Avatar de
    Anonyme

    La bande dessinée de Savoïa fait partie des quatre livres que j’avais lus l’an dernier concernant Tromelin, son naufrage et ses esclaves abandonnés. J’avais été surtout intéressé par la partie « contemporaine » (les fouilles), même si j’ai mis un peu de temps à « rentrer » dedans, à cause de la différence de « présentation » avec la partie fictionnelle.

    (s) ta d loi du cine, « squatter » chez dasola

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  2. Avatar de Ludivine

    Cette bande dessinée est très intéressante, je ne connaissais pas cette histoire, cette expédition et les pertes tragiques qui y ont eu lieu. Je te remercie pour cette découverte Aïka. 🙂 (Désolée si tu reçois deux commentaires sur cet article, j’ai quelques soucis avec WordPress je crois.)

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  3. Avatar de Ludivine

    Cette bande dessinée est très intéressante, je ne connaissais pas cette histoire, cette expédition et les pertes tragiques qui y ont eu lieu. Je te remercie pour cette découverte Aïka. 🙂 (Désolée si tu reçois deux commentaires sur cet article, j’ai quelques soucis avec WordPress je crois.)

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  4. Avatar de Ludivine

    Cette bande dessinée est très intéressante, je ne connais pas cette histoire, cette expédition et les pertes tragiques qui ont eu lieu. Merci pour cette découverte Aïka. 🙂

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  5. Avatar de Light And Smell

    Je suis très tentée a fortiori si on évoque une tragédie réelle. Merci pour la découverte quand sans toi, je n’aurais pas compris qu’il s’agissait d’une BD.

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    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Tout à fait Light 🌞 Pour ma part, les BD et les romans graphiques sont les médiums parfaits pour les genres historique et biographie ! Je ne me lasse jamais de découvrir la grande histoire du monde en bulles ! J’espère que de ton côté, tu pourras lire l’histoire des naufragés de Tromelin prochainement 😉

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  6. Avatar de Julie chronique
    Julie chronique

    Ce roman graphique a l’air instructif et très joli. Merci pour cette jolie découverte 🙂

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    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Julie 🌞 Absolument ! Surtout si tu es curieuse de découvrir les secrets historiques de l’Océan Indien 🙂

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