« En haut, nous mangeons pour calmer la faim. Quatre feuilles nous suffisent à guérir les maux du corps. En bas, ils aiment les grands festins très sophistiqués, voilà pourquoi ils ont besoin de médecin et de traitement compliqués. »
Jaime Martin in Un sombre manteau, Dupuis, 2024
Mara est une trementinaire, c’est-à-dire un genre alternatif de botaniste dotée de connaissances et de compétences en guérison grâce à des remèdes à base de plantes médicinales.
Installée dans les Pyrénées catalanes et d’un âge très avancé, elle mène une existence solitaire dans sa petite maison de montagne dans une clairière à l’abri des loups, à l’époque où la rage sévissait dans le pays, semant des cadavres d’animaux dans la forêt et dans le village en contrebas.
Un jour, son quotidien est bouleversé par sa rencontre avec une jeune femme harrassée et mutique, vêtue d’un luxueux manteau , semblant être une fugitive.
Sans hésitation, Mara décide de la prendre sous son aile, témoignant de son grand cœur et de sa compassion; sur ce, je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en lisant l’album.
Ce contexte de bienveillance contraste fortement avec la menace constante de la rage qui sévit dans la région. Les animaux contaminés représentent un danger réel, pouvant transmettre le virus aux habitants du village, ajoutant une tension palpable à l’intrigue.
Ce qui rend cette histoire particulièrement captivante, c’est son ancrage historique. Elle nous transporte à une époque où le vaccin contre la rage, découvert plus tard par Louis Pasteur, n’existait pas encore.
Les femmes botanistes, vivant souvent isolées dans les forêts, étaient alors populairement moquées, diabolisées et accusées de sorcellerie. Ces temps obscurs, marqués par un patriarcat oppressant, rendaient justice à la condition inégale, inférieure des femmes de l’époque.
Pour ma part, l’un des aspects les plus puissants du récit est la solidarité féminine qui s’y manifeste. À un moment crucial, les femmes s’unissent pour lutter contre la domination masculine, symbolisant une résistance inspirante face à l’oppression.
Graphiquement, cet album est thriller visuel. Les dessins aux proportions réalistes réalisés au feutre noir sont d’une précision remarquable, et les couleurs contrastées à dominante magenta apportent une harmonie saisissante. Les expressions des personnages, creusées de fatigue et de détresse, sont particulièrement intenses, ajoutant une profondeur émotionnelle à l’histoire.
Pour ainsi dire, dans Un sombre manteau , le contexte historique est représenté avec une finesse rare, tant dans les illustrations que dans les récits. Chaque détail semble soigneusement pensé pour nous immerger dans cette période troublée du 19e siècle perclu par le fléau de la rage. Un thriller instructif et féministe qui pousse à la réflexion : je recommande vivement !
Ma note : 4.5 sur 5
#Unsombremanteau #NetGalleyFrance
Le bon point : Un sombre manteau est une œuvre instructive et poignante, qui mêle habilement suspense, féminisme et réflexion historique. Jaime Martin a su créer un thriller à la fois beau et profond, qui ne laisse pas indifférent.

Un petit village des Pyrénées, au milieu du XIXe siècle. Mara est une vieille guérisseuse célibataire, qui vend ses remèdes aux villageois et doit faire face à leur mépris. Son mode de vie rude et isolé est, en effet, mal vu par un milieu patriarchal et centré sur la famille. Un jour, elle recueille en pleine forêt Serena, jeune fuyarde muette au passé mystérieux. Mara la soigne et lui fait découvrir le métier de guérisseuse et les secrets de la montagne. Mais cette nouvelle venue n’est pas bien vue au village, d’autant plus quand une épidémie éclate, menaçant la vie des habitants et de leurs bêtes.
Après une trilogie autobiographique saluée par la critique, le cador de la BD espagnole Jaime Martin replonge ici dans une fiction historique sombre et teintée de fantastique.
LE SAVIEZ-VOUS ? Les trementinaires étaient des femmes originaires des zones de montagne qui se consacraient à la collecte d’herbes médicinales et d’huiles essentielles, à la préparation de remèdes, et à la commercialisation de ces produits dans les fermes et les villages de Catalogne. Leur métier s’est transmis de génération en génération, principalement entre les femmes, du XIXe siècle jusqu’à l’industrialisation en milieu rural. La trementine, extraite de la résine du pin, était le produit principal utilisé dans leur activité.





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