« Pour vivre cachés, vivons heureux »

  1. Synopsis
  2. « Pour vivre cachés, vivons heureux »
  3. La note De Lire Délire

Aujourd’hui nous alllons parler du roman intitulé Les Catilinaires d’Amélie Nothomb, paru en juin 1997 aux éditions Le livre de poche, 160 pages.

Synopsis

La solitude à deux, tel était le rêve d’Emile et de Juliette. Une maison au fond des bois pour y finir leurs jours, l’un près de l’autre. Etrangement, cette parfaite thébaïde comportait un voisin. Un nommé Palamède Bernardin, qui d’abord est venu se présenter, puis a pris l’habitude de s’incruster chez eux chaque après-midi, de quatre à six heures. Sans dire un mot, ou presque. Et cette présence absurde va peu à peu devenir plus dérangeante pour le couple que toutes les foules du monde…

C’est une comédie très noire, d’une lucidité tour à tour drôle et dévastatrice, que nous offre ici la romancière d’Hygiène de l’assassin, révélation littéraire de 1992.

Les Catilinaires, Amélie Nothomb, Le livre de poche, 1997

« Pour vivre cachés, vivons heureux »

Les époux Hazel, Émile professeur de lettres classiques à la retraite et sa compagne Juliette, cherchent à trouver la paix et la tranquillité en s’installant dans une maison isolée à la campagne avec pour seul voisinage les époux Bernardin.

Dès leur installation, Monsieur Bernardin, Palamède de son prénom car ce détail a son importance, un cardiologue insaisissable et taciturne, commence à rendre visite au couple chaque jour à 16 heures, et ce, sans rien dire d’intéressant, répondant machinalement par oui ou non.

Ce qui s’apparentait de prime abord à une simple visite de courtoisie se métamorphose en un rendez-vous quotidien silencieux dans tous les sens du terme, qui dure toujours deux heures, et devient un supplice pour Émile et Juliette.

Émile, en particulier, voit son aspiration à la tranquillité quotidiennement perturbée par ces visites non désirées, et il commence à se sentir opprimé, envahi. Sur ce, je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en lisant le livre.

L’aspect huis clos du récit est particulièrement réussi et constitue l’un des points forts de cette œuvre. L’humour sombre et la psychologie fine des personnages ajoutent une profondeur fascinante à l’histoire. Émile Hazel, aspirant à une retraite paisible, se heurte à la présence énigmatique et potentiellement dépressive de Palamède Bernardin, qui dans un premier temps refuse de présenter son épouse aux Hazel. Juliette, quant à elle, fait preuve d’une grande générosité malgré l’invasion de leur espace personnel.

Le texte est court, mais plein de suspense, et le dénouement est à la hauteur de la complexité psychologique des personnages.

L’une des moralités que l’on peut tirer de ce récit est « Pour vivre heureux, vivons cachés », et inversement, « Pour vivre caché, vivons heureux« . Cette réflexion est parfaitement illustrée par le titre du livre, qui fait référence aux célèbres Catilinaires, discours de Cicéron.

De plus, bien que publié en 1997, je trouve que les thèmes abordés dans Les Catilinaires sont plus que jamais d’actualité et résonnent profondément à l’ère de la surexposition sociale : l’empathie, le besoin de tranquillité, le bien-être dans la vie, et l’importance de vivre heureux et discrètement. Ces éléments philosophiques enrichissent le récit et le rendent d’autant plus captivant.

Je ne peux que recommander chaleureusement cet intemporel du genre !

Quelques citations 🤫

« La sagesse des autres n’a jamais servi à rien. Quand arrive le cyclone, la guerre, l’injustice, l’amour, la maladie, le voisin, on est toujours seul, tout seul, on vient de naître et on est orphelin. »

« Les livres aussi, ce sont des voisins, des voisins de rêve, qui viennent chez vous seulement quand vous les appelez, et qui s’en vont dès que vous ne voulez plus les voir. »

« Affronter un bavard est une épreuve, certes.
Mais que faire de celui qui vous envahit pour vous imposer son mutisme ? »

« Il est bien plus divertissant d’être ennuyeux que d’être intéressant. »

« Les choses étaient mal faites: la plage impartie à Monsieur Bernardin finissait par devenir l’essentiel de nos jours. Nous n’osions pas nous l’avouer, mais nous étions sûrs de partager le même avis sur ce point.J’avais pris le parti de la vaillance. Puisque notre hôte s’imposait pour ne rien dire, n’était-il pas logique que je l’arrose d’un flot de paroles ininterrompu et fastidieux? Ininterrompu afin que je ne m’ennuie pas, et fastidieux afin que je l’ennuie. Je dois avouer qu’il m’arrivait de prendre plaisir à cet exercice. Moi qui n’avais jamais beaucoup parlé en société,j’y étais désormais contraint – à supposer que l’on puisse qualifier le docteur de société. »

« Mon proverbe favori a toujours été : « Pour vivre heureux, vivons cachés. » Nous y sommes, non ? – Oui, nous y sommes ». Je ne sais pas quel écrivain a ajouté, il n’y a pas longtemps : « Pour vivre cachés, vivons heureux. » C’est encore plus vrai. Et cela nous convient encore mieux. »

« Le bonheur forcé est un cauchemar. »

« En effet, notre Lydien était un genre de zoologiste. Il répartit les animaux en trois espèces qu’il appelle : les animaux à plumes, les animaux à poils et – tenez vous bien – les animaux à peau. Cette dernière classe comprend les batraciens, les reptiles, les hommes et les poissons – je les cite dans l’ordre de son traité. N’est-ce pas merveilleux ? J’aime cette sagesse antique qui fait de l’humain un animal parmi les autres. »

« Je me retournai dans le lit en souriant, car je venais de comprendre une vérité désolante et drôle, à savoir que le sens était la consolation des faibles. »

« C’était sans doute le mot qui le résumait le mieux : vide. Monsieur Bernardin était d’autant plus vide qu’il était gros : comme il était gros, il avait plus de volume pour contenir son vide. Ainsi en est-il à travers l’univers : les fraises des bois, les lézards et les aphorismes sont denses et évoquent la plénitude, quand les courges géantes, les soufflés au fromage et les discours d’inauguration sont enflés à proportion de leur vacuité. »

« J’ai souvent remarqué que les lycéens détestent l’intelligence. »

« La sagesse n’est jamais du côté de celui qui parle. »

« Juliette a toujours été ma femme ; elle a aussi toujours été ma sœur et ma fille – bien que nous ayons le même âge à un mois près. Pour cette raison, nous n’avons pas eu d’enfant. Je n’ai jamais eu besoin d’une autre personne ; Juliette est tout pour moi. […]
Ma comparaison n’est pas gratuite. Juliette et moi avons toujours aspiré à être libérés de ce que les hommes ont fait de la vie. Études, travail, mondanités même réduites à leur plus simple expression, c’était encore trop pour nous. Notre propre mariage nous a laissé l’impression d’une formalité. »

La note De Lire Délire

La phrase que je garde en souvenir :

« – Mon proverbe favori a toujours été : Pour vivre heureux, vivons cachés. Nous y sommes, non ?
– Oui, nous y sommes. »

Je ne sais pas quel écrivain a ajouté, il n’y a pas longtemps : « Pour vivre cachés, vivons heureux. » C’est encore plus vrai. Et cela nous convient encore mieux. »

Amélie Nothomb in Les catilinaires, Le livre de poche, 1997

Le bon point : Les Catilinaires d’Amélie Nothomb est un chef-d’œuvre du huis clos, mêlant habilement comédie noire et analyse psychologique. Je recommande vivement ce texte court et divertissant à toutes celles et ceux qui apprécient les histoires à la fois intenses et profondément réfléchies. Les premières lignes ici.

Note : 5 sur 5.

5 réponses à « « Pour vivre cachés, vivons heureux » »

  1. Avatar de Julie chronique
    Julie chronique

    Je n’ai pas encore lu celui-ci mais je me le note ! J’aime beaucoup la plume d’Amélie ! Merci à toi et belle journée 🙂

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    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Julie 🌞 Amélie Nothomb a un vrai don de conteuse ! Le plaisir est toujours au rendez-vous avec elle ! Merci, belle journée à toi aussi 😉

      Aimé par 1 personne

  2. Avatar de Light And Smell

    Je ne me souviens plus de la fin mais tu m’as donné envie de relire ce roman que j’avais apprécié et dont tu parles avec éloquence. Aimant ma tranquillité, je me souviens avoir bien compati avec le couple importuné 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Light 🌞 Sans vouloir te spoiler, je dirai juste que la fin, c’est du Nothomb! Je te souhaite un bon Lundi ma chère 😉

      Aimé par 1 personne

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