Ils étaient deux génies : un sculpteur et une visionnaire

  1. Synopsis
  2. Ils étaient deux génies : un sculpteur et une visionnaire
  3. La note De Lire Délire

Aujourd’hui nous allons parler du livre audio intitulé Veiller sur elle , écrit par Jean-Baptiste Andrea , lu par Léo Dussollier et Lila Tamazit, paru chez Lizzie en août 2023, 12 h 53 minutes.

Synopsis

Au grand jeu du destin, Mimo a tiré les mauvaises cartes. Né pauvre, il est confié en apprentissage à un sculpteur de pierre sans envergure. Mais il a du génie entre les mains.

Toutes les fées ou presque se sont penchées sur Viola Orsini. Héritière d’une famille prestigieuse, elle a passé son enfance à l’ombre d’un palais génois. Mais elle a trop d’ambition pour se résigner à la place qu’on lui assigne.
Ces deux-là n’auraient jamais dû se rencontrer. Au premier regard, ils se reconnaissent et se jurent de ne jamais se quitter. Viola et Mimo ne peuvent ni vivre ensemble, ni rester longtemps loin de l’autre. Liés par une attraction indéfectible, ils traversent des années de fureur quand l’Italie bascule dans le fascisme. Mimo prend sa revanche sur le sort, mais à quoi bon la gloire s’il doit perdre Viola ?
Un livre audio plein de fougue et d’éclats, habité par la grâce et la beauté.

Prix Goncourt 2023
Prix du roman Fnac 2023
Grand Prix des Lectrices Elle 2024

Veiller sur elle – Prix Goncourt 2023 – Prix du roman Fnac 2023 – Grand Prix des Lectrices Elle 2024, Écrit par Jean-Baptiste Andrea , Lu par Léo Dussollier, Lila Tamazit, Lizzie , 2023

Ils étaient deux génies : un sculpteur et une visionnaire

1986 : Michelangelo Vitaliani, dit Mimo, est un sculpteur de haute réputation, tantôt auréolé, tantôt controversé, mais assurément le meilleur du 20e siècle.

À plus de 80 ans, il est mourant dans le monastère qui l’a accueilli quarante ans plus tôt , lui et sa précieuse Piéta Vitaliani, une statue mythique, le couronnement de toute sa carrière.

Un biographe américain enquête sur la carrière de Mimo, espérant percer le secret de l’incomparable beauté de cette Piéta, qui, à la suite des scandales et des phénomènes étranges lors de son exposition au grand public, fut conservée à l’abri dans cette abbaye près du Vatican.

D’où vient la réputation de Vitaliani ? Pour qui et pourquoi la création de cette madone de marbre aux traits infiniment marquants ? Comment plus de 600 cas de malaises ont-ils été signalés lors de sa brève exposition au grand public ?

« D’abord une vive émotion, puis une forme d’oppression. Tachycardie, vertiges, des témoins affirment avoir « rêvé d’elle », d’autres avoir été atteints d’une tristesse profonde, proche de la dépression. Le plus troublant, parmi ces témoignages,… est de lire entre les lignes ce qu’un seul témoin, un comptable romain, ose formuler à voix haute. Il affirme avoir ressenti une forme étrange d’ »excitation »… »

C’est ainsi que nous remontons le temps, jusqu’en 1904, dans une petite bourgade de Ligurie appelée Pietra d’Alba, fief de la puissante famille Orsini, où naissent deux âmes sœurs qu’absolument tout sépare : Mimo et Viola …

Une myriade de personnages visionnaires attachants, des péripéties rocambolesques et addictives sur toile de faits historiques : le moins que l’on puisse dire, c’est que Veiller sur elle est un chef-d’œuvre de narration, et que le Prix Goncourt 2023 est amplement mérité.

La richesse des thématiques évoquées dans ce récit est digne des plus grandes tragédies romantiques : un lien cosmique indestructible, un prestige à défendre, des mésententes claniques, des ambitions politiques, des oppositions idéologiques, deux guerres mondiales ; bref, une somptueuse fresque historique.

Pour ma part, c’est la réputation médiatique de Veiller sur elle qui a éveillé ma curiosité et pour marquer le coup, j’ai choisi d’écouter le livre plutôt que de lire le pavé de 580 pages.

Et je dois avouer que j’ai été éblouie, transie, en immersion totale dans cette fresque historique lue par Léo Dussolier et Lila Tamazit.

Fidèlement au roman littéraire, la narration est répartie entre le récit de Mimo d’une part, incarné par la voix masculine et d’autre part l’épilogue des années 80, soit les dernières heures du sculpteur ainsi que le mystère irrésolu de la Piéta Vitaliani, représentée par la voix féminine dans ce livre audio.

Chapeau bas aux interprètes, surtout à Léo Dussolier. Son interprétation rend le récit encore plus vrai que nature : tout est intense et représenté avec une justesse admirable – l’accent italien, le ton des personnages, la douceur, la fougue, la hardiesse sont tels que l’on en perçoit jusqu’à la gesticulation des mains typique des conversations italiennes. Pour ainsi dire, c’était comme au cinéma.

Je recommande chaleureusement d’écouter ce chef-d’œuvre d’une sagacité rare.

Quelques citations 🤫

« C’est un criminel, un défroqué, un réfugié politique. Certains le disent retenu contre son gré – la théorie ne tient pas, on l’a vu partir, et revenir -, d’autres affirment qu’il est là pour sa propre sécurité. Et puis la version la plus populaire, et la plus secrète, car le romantisme n’entre ici qu’en contrebande: il est là pour veiller sur elle. Elle qui attend, dans sa nuit de marbre, à quelques centaines de mètres de la petite cellule. Elle qui patiente depuis quarante ans. Tous les moines de la Sacra l’ont vue une fois. Tous aimeraient la revoir. »

« Toutes mes joies, tous mes drames sont d’Italie. Je viens d’une terre où la beauté est toujours aux abois. Qu’elle s’endorme cinq minutes, la laideur l’égorgera sans pitié. Les génies naissent ici comme les mauvaises herbes. On chante comme on tue, on dessine comme on trompe, on fait pisser les chiens sur les murs des églises. Ce n’est pas pour rien qu’un Italien, Mercalli, donna son nom à une échelle de destruction, celle de l’intensité des tremblements de terre. »

« Sculpter, c’est très simple. C’est juste enlever des couches d’histoires, d’anecdotes, celles qui sont inutiles, jusqu’à atteindre l’histoire qui nous concerne tous, toi et moi et cette ville et le pays entier, l’histoire qu’on ne peut plus réduire sans l’endommager. Et c’est là qu’il faut arrêter de frapper. »

« Elle me tendit la main et je la pris. Comme ça, franchissant d’un seul pas d’insondables abîmes de conventions, d’empêchements de classe. Viola me tendit la main et je la pris, un exploit dont personne ne parla jamais, une révolution muette. Viola me tendit la main et je la pris, et c’est à cet instant précis que je devins sculpteur. Je n’eus pas conscience du changement, bien sûr. Mais c’est à ce moment, de nos paumes alliées dans cette cabale de sous-bois et de chouettes, que me vint l’intuition qu’il y avait quelque chose à sculpter. »

« J’ai tout vu. Je suis le Juif errant, Mimo. J’ai deux mille ans. Deux mille ans qu’on me torture, qu’on me brise et me tue, deux mille ans de crachats, de ghetto, de fuites dans la nuit. Où que j’habite, et j’ai vécu dans le monde entier, à Venise, Odessa, Valparaiso, on me retrouve. On m’a tué mille fois mais je renais toujours, et me souviens de tout. »

« -Moi aussi, un jour, j’ai cru que j’avais du talent. J’ai compris depuis qu’on ne peut pas avoir du talent. Le talent ne se possède pas. C’est un nuage de vapeur que tu passes ta vie à essayer de retenir. »

« Des hommes bondirent des véhicules, certains vêtus de chemises sombres : l’un des premiers squadre d’azione, ces escadres composées de fascistes, de cinglés, d’anciens combattants estimant que la victoire leur avait été volée, qui feraient bientôt régner la terreur en Italie. »

« _Non, Mimo. Je voulais te montrer qu’il n’y a pas de limites. Pas de haut ni de bas. Pas de grand ou de petit. Toute frontière est une invention. Qui comprend ça dérange forcément ceux qui les inventent, ces frontières, et encore plus ceux qui y croient, c’est-a-dire à peu près tout le monde. Je sais ce qu’on dit sur moi, au village. Je sais que ma propre famille me trouve étrange. Je m’en fiche. Tu sauras que tu es sur le bon chemin, Mimo, quand tout le monde te dira le contraire. -Je préférerais plaire à tout le monde. -Bien sûr. C’est pour ça qu’aujourd’hui tu n’es rien. Bon anniversaire. »

« -J’ai bientôt seize ans. Et je ne vole toujours pas. Je ne serai jamais Marie Curie. -Quelle importance ? Tu es toi, Viola, et c’est beaucoup mieux.
Viola leva les yeux au ciel et sortit sans prendre la peine de refermer la porte de la grange, nous laissant spéculer sur les énigmatiques vertus du mystérieux Maricuri. »

« Depuis notre naissance, nous ne faisons qu’une chose : mourir. Ou tenter de retarder, du mieux possible, le moment fatidique. Tous mes clients viennent pour la même raison, Mimo. Parce qu’ils sont terrifiés, quelle que soit la manière dont ils l’expriment. Je leur tire les cartes et j’invente les mots qui les consolent. Ils partent tous la tête un peu plus haute, et pour un court laps de temps, ils ont juste un peu moins peur. »

« Nous étions en guerre contre les Allemands, les Austro-Hongrois, nos gouvernements, nos voisins, façon de dire que nous étions en guerre contre nous-mêmes. L’un voulait la guerre, l’autre la paix, le ton montait et celui qui voulait la paix finissait par donner le premier coup de poing. »

« Je suis une femme debout au beau milieu des incendies que vous avez allumés / Je suis une femme debout, me voyez-vous, sur vos bûchers, autodafés, vos doigts pointés/ Je suis une femme debout, que croyiez-vous, que j’allais pleurer sous vos huées, dans la fumée / de vos lâchetés, de vos bûchers, autodafés, vos doigts pointés []
Depuis que j’ai croqué dans cette pomme quelque chose me travaille, étonnez-vous / Une envie de danser, d’inventer des fusées, de vous soigner / Alors vous me brûlerez encore, vous me cruciferez/ Chat noir et camisole écartelée, vous direz que j’étais folle, un peu sorcière, ou les deux à la fois /J’ai croqué dans la pomme, j’y croquerai encore, préparez-vous /Je suis une femme debout, je ne suis pas à genoux. []
Je suis une femme debout au beau milieu des guerres que vous avez déclenchées / Je suis celle que vous appelez quand tout s’effondre autour de vous / Mais que vous brûlerez encore dès que tout ira bien, au cas où je verrais que tout ne va pas bien / Vous me consumerer, vous me réduirez en cendres, vous me disperserez ou vous croirez le faire car votre feu est sans chaleur et ne brûle rien /Je suis une femme debout, j’en vaux mille comme vous.[]
À toi qui n’es pas née, qui ne sais pas encore ce qu’est d’être blessée / De tomber des nuages et de te relever / Quand ils te demanderont de renoncer, de te coucher, de t’allonger / Quand lis voudront te faire taire, t’amadouer, te désarmer / Je suis une femme debout comme tant d’autres avant nous / Je suis une femme debout, et tu le seras aussi. »

« Je connaissais bien Viola , je la savais capable de contenir plusieurs ourses, toute une ménagerie ,un cirque avec son chapiteau, une réserve de poudre , des avions ,des océans et des montagnes. Viola était le démiurge de nos vies , les organisait à sa guise , d’un claquement de doigts ou d’un sourire . »

« Tramontane, sirocco, libeccio, ponant et mistral.
J’avais eu le malheur de dire « il y a du vent ». Viola m’avait donné un coup dans l’épaule, exaspérée. -Les mots ont un sens, Mimo. Nommer, c’est comprendre. « Il y a du vent » ça ne veut rien dire. Est-ce un vent qui tue ? Un vent qui ensemence ? Un vent qui gèle les plants sur pied ou les réchauffe ?

Je me prêtais de bonne grâce aux lubies de Viola. »

« Le vent se leva, emportant les derniers lambeaux de brume. Mais quel vent ? Le sirocco ? Le ponant, le mistral, le grec ? Ou peut-être un autre que je ne connaissais pas parce qu’elle ne m’en avait rien dit ? J’avais cru, en retrouvant Viola, que tout serait plus simple. Mais qu’y a-t-il de simple dans un monde où le vent a mille noms ? »

Jean- Baptiste Andrea in Veiller sur elle, Lizzie, 2023

La note De Lire Délire

La phrase que je garde en souvenir :

« J’aimerais savoir comment cela va se passer, le franchissement, le dernier souffle. Partirai-je au milieu d’une phrase commencée ? Des mots suspendus, puis plus rien, un beau silence, du soulagement ? Ou faudra-t-il me maintenir sur mon lit pendant qu’on arrachera mon âme à mon à mon corps ?
Tramontane, sirocco, libeccio, ponant et mistral, je t’appelle au nom de tous les vents.
J’ai aimé ma vie, ma vie de lâche et de traître et d’artiste […] on ne quitte pas quelque chose qu’on aime sans se retourner. »

Jean- Baptiste Andrea in Veiller sur elle, Lizzie, 2023

Le bon point : Les mystères d’une sculpture mythique et une fresque historique à travers les destins de Mimo et de Viola, deux génies unis par un lien cosmique dans un siècle en perpétuelle évolution. La combinaison d’une interprétation magistrale et d’une narration captivante fait de Veiller sur elle une expérience littéraire inoubliable. Spendide !

Note : 5 sur 5.

9 réponses à « Ils étaient deux génies : un sculpteur et une visionnaire »

  1. Avatar de Jeunesse brisée et musique obstinée – Aïkà bouquine.

    […] des images de toute beauté, de la grâce omniprésente, du rythme et de l’éclat comme dans Veiller sur elle que j’ai […]

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  2. Avatar de Premières lignes #30 – Aïkà bouquine.

    […] saurait tarder ! Ayant déjà été séduite par le style unique et poétique de l’auteur dans Veiller sur elle, je me lance dans cette lecture avec une confiance totale et une curiosité […]

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  3. […] mémoire, les lauréats 2023 étaient Veiller sur elle de Jean Baptiste Andrea pour le Goncourt et Les Insolents d’Ann Scott pour le […]

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  4. […] Note : 5 sur 5. Lire la chronique […]

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  5. Avatar de aurelalala

    Coucou, je ne pense pas que ce soit fait pour moi mais tu as l’air d’avoir bien apprécié l’écoute. 😀

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    1. Avatar de Aïkà De Lire Délire

      Hello Aurelala 🌞 En effet, c’était réussi, une belle écoute 😊 Bon Dimanche à toi 😉

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      1. Avatar de aurelalala

        Merci à toi aussi

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  6. Avatar de Aïkà De Lire Délire

    Hello Light 🌞 Entre nous, si ce n’était pas la version audio, je pense que j’aurai passé mon chemin car en général, ce n’est pas le genre de roman que je lis 😆 Mais le récit rend vraiment super bien à l’écoute, j’ai vraiment été captivée 😃 Finalement, l’engouement du public et les prix littéraires sont justifiés je pense car j’ai vraiment rêvé en écoutant cette belle histoire 😌

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  7. Avatar de Light And Smell

    Je n’avais jamais eu envie de me pencher sur ce roman mais ton avis me donne envie d’y remédier. Il a l’air de t’avoir complètement happée et la version audio d’avoir rendu l’expérience de lecture encore plus intense 🙂

    Aimé par 1 personne

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