#Cejourlà #NetGalleyFrance
Avant toute chose, je tiens à remercier chaleureusement NetGalley France et les éditions Librinova pour cette découverte éditoriale remarquable.
Aujourd’hui nous allons parler du roman intitulé Ce jour- là… , de Marie- Françoise Raillard, paru en mars 2024 aux éditions Librinova, 138 pages.
Synopsis
Ce jour-là, c’est le dernier jour de travail de Jean, sa dernière journée à l’usine, entouré de ses collègues, avant de prendre une retraite bien méritée aux côtés de sa femme Martine.
Ce jour-là, c’est cette journée que l’on attend ou que l’on redoute, celle que l’on souhaite inoubliable ou que l’on voudrait effacer. Comme Jean, Luz ou Lucien, nous avons tous fait l’expérience de ce genre de journée, peu importe notre âge, notre genre ou même l’époque dans laquelle nous vivons.
Découvrez un recueil court mais puissant sur ces jours spéciaux qui rythment nos vies !
Rien ne sert de tout prévoir
« La vie, c’est ce qui vous arrive pendant que vous êtes occupé à faire des projets. » En lisant Ce jour-là… de Marie-Françoise Raillard, j’ai immédiatement pensé à cette citation de John Lennon qui signifie en substance que rien ne sert de tout prévoir, la vie s’en charge pour nous à sa manière.
Pour ainsi dire, voici Ce jour-là… un recueil de six nouvelles captivantes qui m’a offert un super moment de lecture. Le titre, évocateur et intrigant avec ses trois points de suspension, annonce d’emblée le fil conducteur de ces histoires : le fameux jour où tout bascule. Chaque nouvelle nous plonge dans un drame où, à un point crucial, la vie des protagonistes change de manière irréversible.
Les thèmes et les contextes des nouvelles sont variés, offrant une palette de personnages aussi différents les un·e·s que les autres. On y rencontre un jeune retraité, des quadragénaires carriéristes, un adolescent incompris, une épouse en voyage d’affaires et un veuf solitaire; sur ce je ne vous en dit pas plus, vous le découvrirez en lisant le livre.
Marie-Françoise Raillard excelle dans l’art de maintenir le suspense. Chaque histoire est une montée en tension, avec une chute toujours percutante, au sens propre comme au figuré.
Sa plume est fluide et perspicace, capturant les nuances de la condition humaine avec une remarquable clarté. Ses observations sociales sont subtiles, offrant une chronique de la vie contemporaine divertissante mais qui donne à réfléchir.
Pour moi, Ce jour-là… est un coup de cœur. C’est une découverte d’autant plus agréable que je ne connaissais pas du tout l’auteure avant de me plonger dans ce recueil.
Je recommande chaleureusement ce livre aux amatrices et amateurs de nouvelles et à qui aime les récits explorant les tournants décisifs de la vie avec intelligence et sensibilité.
Quelques citations 🤫
« Théophile n’avait jamais eu de voiture. Il avait passé son permis de conduire à l’armée et s’était révélé être un très bon conducteur et un excellent mécanicien mais il avait toujours considéré la voiture comme une entrave à sa liberté, « un engin diabolique » disait-il, attitude que Jean, adolescent, trouvait ridicule. Des années plus tard, il se disait que son grand-père n’avait pas tout à fait tort. Le temps passé à gagner l’argent nécessaire à l’achat d’une voiture, puis à son entretien, le temps perdu dans les embouteillages, la recherche d’une place de stationnement, les pannes, tout ce temps-là, c’est vrai, pouvait être utilisé de façon plus satisfaisante. »
« Aujourd’hui, sa vie allait redevenir sa pleine propriété, libérée des cadences à respecter, des consignes à suivre et des horaires imposés. «
« — Bon, les amis, le travail ne va pas se faire tout seul alors il faudrait y aller ! C’est Jojo qui avait dit ça, pour stopper l’émotion qui commençait à l’étreindre lui aussi, le dur à cuire, syndiqué de la première heure et grande gueule au cœur immense. »
« Même si elle n’aimait pas cette idée, elle savait maintenant que ces moments d’attente fiévreuse avaient été l’acmé de son bonheur, ces parenthèses excitantes où l’on rêve encore sa vie. Pourtant , à cette époque, les conventions, la société provinciale si tatillonne sur les mœurs, le qu’en-dira-t-on refoulaient toute cette excitation au fin fond des cœurs et des corps. »
« Je n’ai que quarante-cinq ans et je vis comme un vieil homme maniaque, empruntant toujours le même chemin pour rentrer chez moi, m’arrêtant à la même supérette pour acheter mon repas du soir, fréquentant le même petit restaurant les jours de congé. Et pourtant j’aime bien ma vie. J’ai réussi à la débarrasser de tout superflu. Je l’ai minutieusement construite, éloignée de ce qui pourrait me blesser. »
« Ça m’amuse aussi d’imaginer la vie des gens qui passent à l’Imperial même si on se laisse souvent tromper par les apparences. Combien d’escrocs à la petite semaine ne se cachent-ils pas sous des dehors d’hommes d’affaire respectables. Combien de femmes scintillantes comme des arbres de Noël ne tentent-elles pas de dissimuler une ruine aussi précoce qu’inattendue. »
« La journée a été un lent tourbillon. Lent parce qu’ici tout semble se dérouler dans un univers ouaté, sans brusquerie, sans éclats de voix, comme si le temps n’existait pas. Mais un tourbillon aussi qui m’a fait faire des kilomètres de couloirs, monter et descendre dans des ascenseurs silencieux et participer à des réunions et des entretiens où, après les politesses d’usage, on va droit au but. Un monde d’une douce densité si on le compare à l’ambiance échevelée et bruyante des bureaux de Paris. »
« Quand je suis né, c’était la mode des Kevin et des Dylan, elle devait bien le savoir, elle est au courant de tout. Dans mes classes, il y avait des Paul et des Matthieu, des Antoine aussi mais j’ai toujours été le seul, l’unique Lucien de l’école. Pas besoin de se souvenir de mon nom de famille, Lucien suffit, on le connaît. »
« Rien n’est arrivé et aujourd’hui, c’est le jour. L’expression « le grand jour est arrivé » ne me paraît pas du tout appropriée. Donc le jour tant redouté est arrivé et je n’ai pas envie de sortir de mon lit. Pourquoi n’ai-je pas un peu de fièvre ou une toux épuisante ? »
« Et voilà, pense-t-elle, il ne me reste plus qu’à tuer le temps qui n’en a rien à faire, lui, puisqu’il finira par nous tuer, nous. Alors elle se dit qu’il est préférable de passer le temps. Mais de toute façon, il passe, le temps, quoiqu’on fasse. Elle se résout à prendre le temps. »
Marie- Françoise Raillard in Ce jour-là…, Librinova, 2024
La note De Lire Délire
La phrase que je garde en souvenir :
« Rien n’est arrivé et aujourd’hui, c’est le jour. L’expression « le grand jour est arrivé » ne me paraît pas du tout appropriée. Donc le jour tant redouté est arrivé et je n’ai pas envie de sortir de mon lit. Pourquoi n’ai-je pas un peu de fièvre ou une toux épuisante ? »
Marie- Françoise Raillard in Ce jour-là…, Librinova, 2024
Le bon point : Ce jour-là… de Marie-Françoise Raillard fut pour moi une belle surprise : le format, la qualité littéraire, les thèmes accrocheurs et le suspense permettent une lecture rapide et engageante. C’est le genre de lecture qu’on a du mal à lâcher et qui marque par ses portraits sincères de la vie humaine. Coup de coeur !


Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !