Certaines n’avaient jamais vu la mer
Julie Otsuka
Folio – 2022
Bienvenue, mesdemoiselles japonaises !
Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas très grandes. Certaines d’entre nous n’avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements, mais la plupart d’entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté – hérité de nos sœurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n’avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l’océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s’était jetée à l’eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à notre tour.
Julie Otsuka in Certaines n’avaient jamais vu la mer, Folio, 2022.

Quatrième de couverture
Prix Fémina Étranger 2012
« Nous voilà en Amérique, nous dirions-nous, il n’y a pas à s’inquiéter. Et nous aurions tort. »
Au début du XXᵉ siècle, des Japonaises font route vers les États-Unis pour y épouser des hommes qu’elles n’ont vus qu’en photo. Les difficultés du voyage en bateau sont effacées par l’excitation de la nouvelle vie qui les attend. Mais une fois à San Francisco, les désillusions s’enchaînent. Avec force et poésie, les voix de ces femmes se mêlent pour raconter leurs vies d’exilées : la nuit de noces, le travail éreintant, les enfants, la honte et les joies malgré tout. Puis la guerre, et le silence.
S’inspirant d’une vérité historique oubliée, Julie Otsuka signe une plongée dans le destin tragique et bouleversant de ces Japonaises en quête du rêve américain.
Source résumé & image :
Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka | Gallimard : Lien
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Parfois, un livre s’invite dans votre PAL avec la discrétion d’un murmure, et il y reste — silencieux mais tenace, comme s’il attendait simplement le bon moment. Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka fait partie de ceux-là.
Je l’ai trouvé d’occasion, presque par hasard. Une jolie couverture, un titre intrigant… et ce texte d’ouverture. D’une beauté troublante. Un « nous » choral qui raconte les destins mêlés de jeunes femmes japonaises traversant l’océan au début du XXᵉ siècle. Le style est sobre, poétique, d’une humanité saisissante — exactement la littérature que j’aime, celle qui dit l’essentiel sans artifice, qui vous attrape au creux du cœur sans en avoir l’air.
Il dormait dans ma PAL depuis un moment, et je crois que son heure est enfin venue. Peut-être parce que je sens que j’ai besoin d’un récit qui prend son temps, d’un texte profondément incarné, traversé par des souvenirs, des silences, et cette voix collective qui rappelle que l’Histoire est aussi faite de chuchotements.
Je ne sais pas encore quand je le lirai, mais je sais que ce jour viendra bientôt.
Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉
Dans tous les cas, je vous souhaite un bon dimanche!

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites moi tout en commentaires !