Premières lignes #44

Certaines n’avaient jamais vu la mer

Julie Otsuka

Folio – 2022

Bienvenue, mesdemoiselles japonaises !

Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas très grandes. Certaines d’entre nous n’avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements, mais la plupart d’entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté – hérité de nos sœurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n’avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l’océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s’était jetée à l’eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à notre tour.

Julie Otsuka in Certaines n’avaient jamais vu la mer, Folio, 2022.

Parfois, un livre s’invite dans votre PAL avec la discrétion d’un murmure, et il y reste — silencieux mais tenace, comme s’il attendait simplement le bon moment. Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka fait partie de ceux-là.

Je l’ai trouvé d’occasion, presque par hasard. Une jolie couverture, un titre intrigant… et ce texte d’ouverture. D’une beauté troublante. Un « nous » choral qui raconte les destins mêlés de jeunes femmes japonaises traversant l’océan au début du XXᵉ siècle. Le style est sobre, poétique, d’une humanité saisissante — exactement la littérature que j’aime, celle qui dit l’essentiel sans artifice, qui vous attrape au creux du cœur sans en avoir l’air.

Il dormait dans ma PAL depuis un moment, et je crois que son heure est enfin venue. Peut-être parce que je sens que j’ai besoin d’un récit qui prend son temps, d’un texte profondément incarné, traversé par des souvenirs, des silences, et cette voix collective qui rappelle que l’Histoire est aussi faite de chuchotements.

Je ne sais pas encore quand je le lirai, mais je sais que ce jour viendra bientôt.

Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉

Dans tous les cas, je vous souhaite un bon dimanche!

4 responses to “Premières lignes #44”

  1. Avatar de Cyrlight

    Le titre, le résumé et les premières lignes semblent promettre une belle histoire, mais j’ai un peu de mal avec les romans chorals :/

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    1. Avatar de Aïkà Valisoa

      Tu vas rire : toujours dans ma PAL, alors je ne saurais t’en dire davantage. À suivre, donc 😆 En tous cas merci de ta visite ma chère 😉

      Aimé par 1 personne

  2. Avatar de Ma Lecturothèque

    Je n’ai pas lu ce roman mais on m’en a dit beaucoup de bien. Je pense que je le lirai, un jour 🙂 Je t’en souhaite une très bonne future lecture !

    Aimé par 2 personnes

    1. Avatar de Aïkà Valisoa

      Hello 🌞 Dans ce cas, il me tarde de le dévorer 🤩 Merci pour ta visite par ici 😉

      Aimé par 1 personne

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