« Mais chaque fois que je la vois, il se trouve que, après, je me sens mal. Très mal. Elle ne me dit jamais rien de positif, même ses éventuels compliments sont finalement des critiques ! »
Sophie Adriansen & Mlle Caroline in Chère Maman, Glénat, 2025
Si certaines lectures ont l’effet d’une révélation, alors pour moi, Chère Maman en fait assurément partie.
Alix est créatrice de vêtements pour enfants, heureuse compagne et joyeuse maman de trois enfants. Côté famille, ses parents ont divorcé depuis longtemps. C’est pourquoi Alix, avec sa petite tribu, vient régulièrement rendre visite à celle pour qui absolument rien n’est simple ( vous l’aurez compris, c’est un euphémisme ).
Dans cet album, Sophie Adriansen et Mlle Caroline parviennent à décortiquer avec justesse ces petits poisons d’origine maternelle distillés au sein de nombreuses familles.
Si chaque histoire est unique, il est frappant de constater à quel point certains schémas semblent générationnels. À mon sens, ce phénomène touche particulièrement les générations « baby-boom », bien que cela ne signifie évidemment pas que tous les membres de cette génération en soient imprégnés. Cependant, on retrouve souvent chez ces mères une critique cinglante, omniprésente, presque automatique, comme une transmission inconsciente d’un mode éducatif bien plus dur encore dans la génération précédente, où la gifle ou la ceinture faisaient office de correction.
À travers les expériences d’Alix, on découvre comment une mère peut systématiquement remettre en question les choix de son enfant :
« Je suis entrain de prendre conscience que, depuis toujours ma mère remet en question mes choix. Mes choix professionnels, amoureux, éducatifs… »
Cette remise en question constante peut devenir une forme de contrôle sournois, empêchant l’enfant de se construire pleinement. Mais ce contrôle ne s’arrête pas là. Alix exprime une vérité poignante qui résonne profondément chez celles qui ont vécu une relation maternelle oppressante :
« Du coup, quand elle dit que j’ai tout pour être heureuse, elle a raison. J’ai tout, mais je ne le suis pas tout à fait, et ce « pas tout à fait » , justement, c’est à cause d’elle ! En fait, c’est comme si elle voulait garder le contrôle. Comme si elle ne supportait pas que je vive ma vie. Que… Je lui échappe. »
Cette peur de perdre son emprise sur son enfant illustre parfaitement la dynamique destructrice qui peut exister dans ces relations.
Et le pire : le récit évoque également la maladie, mais sur ce, je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en lisant l’album.
Pour ma part, l’album Chère Maman m’a offert des éléments de réponse sur ma propre histoire, mettant en lumière des dynamiques familiales que l’on peut parfois avoir du mal à nommer.
Mais ce qui m’a particulièrement marquée, ce sont les illustrations : un album aux couleurs chatoyantes et au graphisme festif mais assombri par la figure de la « Maminoire ». Sous les traits d’une ombre noire, sans visage, tantôt discrète, tantôt imposante, voire terrifiante, les auteures représentent à merveille l’angoisse générée par une mère toxique. Ce choix graphique renforce la symbolique du récit et donne corps à cette présence oppressante, qui, bien que familière, demeure insaisissable.
Chère Maman m’a permis de trouver des réponses à certaines de mes interrogations et d’ouvrir la porte à un chemin de guérison. Un album destiné à celles qui veulent guérir de leur mal de mère. Un immense merci aux auteures pour cette œuvre qui fait résonner tant de vérités. Mots de mère, maux de fille, moi, je recommande.

Quatrième de couverture
Dis, maman, est-ce que tu m’aimes ? Quand l’amour maternel devient un poison
Mère de 3 enfants, Alix mène une vie plutôt épanouie aux côtés d’un époux aimant et d’amis fidèles. Un jour, au détour d’une conversation, sa mère assène une de ces remarques désobligeantes, dont elle seule a le secret. Mais cette fois, c’est la fille d’Alix qui en est la cible. C’en est trop pour elle. Soudain, toutes les années de souffrances enfouies, les humiliations et les mauvais traitements subis durant l’enfance refont surface. Pourquoi cette femme lui rend-elle la vie impossible ? Les constantes critiques et le manque de considération de la part de cette mère énergivore vont pousser Alix à s’interroger…
D’après les spécialistes, 20 % de la population aurait grandi aux côtés d’un parent « toxique ». Commence alors, pour Alix, un long chemin. Sa douloureuse prise de conscience pour briser l’emprise et défaire ses liens va la mettre à rude épreuve. Face à l’adversité et aux désillusions, Alix sent bientôt une boule grossir au fond de sa gorge ; une boule qui l’entrave et qui brûle comme une envie de reprendre le contrôle sur sa vie et de crier tout haut son indépendance…
Sophie Adriansen nous livre un récit foudroyant, à la fois drôle et terrible qui décortique le mécanisme insidieux de l’emprise. Le trait expressif de Mlle Caroline illustre le vertige que cette silhouette maternelle, inquiétante et anonyme inspire. Un témoignage libérateur à la mise en scène subtile qui aborde, sans fard, un sujet d’actualité lourd de sens.
Source : Chère Maman | Éditions Glénat : Lien
Et mon avis en bref
Chère Maman m’a offert des éléments de réponse sur ma propre histoire, mettant en lumière des dynamiques familiales que l’on peut parfois avoir du mal à nommer. Un album destiné à celles qui veulent guérir de leur mal de mère.
Ma note : 5/5
Est-ce que cela vous a plu ? Vos avis, vos suggestions ou vos petits coucous sont très précieux pour moi et toujours la bienvenue en commentaires !

Répondre à Nath – Mes Lectures du Dimanche Annuler la réponse.