« À ton âge on a encore besoin de conseils d’un père, d’une mère, d’un parent. Même si certains jeunes, à peine majeur, se disent indépendants et se fichent de tout avis parental, tu as besoin de savoir pour pouvoir relativiser les difficultés que tu rencontres. La connaissance donne le discernement qui apaise l’esprit, dit le proverbe. »
Georges Holassey in La révolution des indignés, Le Mono, 2025.
Sami, un jeune étudiant de la région francilienne est sur le point de gâcher son avenir face à la tentation d’emprunter la voie facile : celle du trafic et de l’argent sale. Dans un sursaut de lucidité, il fait part de ses funestes projets ainsi que de son désarroi en écrivant à son oncle qui vit en Bretagne : à quoi bon avoir un diplôme si c’est pour devenir chômeur et vivre dans la précarité? Dans une longue missive, avec beaucoup de patience, d’amour et de bienveillance, ce dernier lui répond ; et sur ce, je ne vous en dis pas plus, vous le découvrirez en lisant le livre.
La révolution des indignés de Georges Holassey est un roman épistolaire, où il est question de répondre aux interrogations brûlantes de la jeunesse française issue de l’immigration sur l’avenir économique, écologique et social en France.
« Si tu avais le choix, où aurais-tu souhaité naître ? As-tu une idée de ce qui poussa ton père à venir vivre dans ce pays pour que tu y sois né ? Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’actualité pour deviner ce qui pousse toujours les être à quitter leurs terres. »
J’ai lu ce texte avec un immense intérêt, en résonance directe avec les actualités récentes : le mouvement Bloquons Tout et les élans de la Gen Z partout dans le monde : à Madagascar, au Népal, au Maroc, au Kenya etc.
Le propos de l’auteur est d’une pertinence rare. Il ne propose pas une solution technique, mais un appel à la lucidité et à la résistance par l’instruction. Un cri du cœur contre les injustices du capitalisme, qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres, tout en laissant les jeunes diplômés dans une impasse.
« L’ampleur de la pauvreté malgré le développement de la technologie et l’accroissement de la production de richesse, voilà la grande énigme de notre époque. «
Certaines pages m’ont profondément émue, notamment lorsque l’auteur écrit :
« Ne t’en vas pas dans l’espoir de trouver un pays sans discrimination ou sans racisme. Cela n’existe pas. Partout où tu iras certains s’intéresseront à ta différence, d’autres la détesteront. Beaucoup seront prêts à t’aider, quelques-uns chercheront à profiter de toi. »
Ces mots résonnent comme une mémoire collective que l’on ne peut ignorer. Ils rappellent que la délinquance n’est pas la solution, et que l’instruction est le chemin vers la liberté et l’indépendance. Ce roman est une lecture bénéfique, qui ouvre les yeux sans jamais sombrer dans le fatalisme. Une ode à la connaissance, à la transmission, et à la puissance des mots pour ne pas se résigner.
« Retiens seulement que la liberté, c’est le pouvoir de faire ce qu’on veut, conformément à sa propre détermination, selon sa propre intelligence. Construit donc ta vie en te nourrissant de toute pensée pouvant t’aider à aller vers plus de liberté. «
À lire, à relire, à faire lire. Une lettre, une révolte, une espérance, moi, je recommande.
Merci à Babelio Masse Critique et aux éditions Le Mono pour cette lecture.
Quelques citations
« J’aurais voulu t’appeler pour en discuter, mais 3h 4h même 5h au téléphone n’auraient pas suffi. Je préfère t’écrire cette lettre pour te dire tranquillement ce que je pense, en attendant de nous revoir. «
« Tu diras peut-être que c’est mort ici ; mais on y vit bien, loin des tumulte et des agitations qu’on connaît en Île-de-France, loin de ses klaxon incessants et ses doigts d’honneur facilement dégainés pour manifester un mécontentement à défaut de râler, loin de ses tag dégoûtant qui tapissent les murs des immeubles, loin de ces délinquants au cœur conquis par la révolte. »
« Si tu avais le choix, où aurais-tu souhaité naître ? As-tu une idée de ce qui poussa ton père à venir vivre dans ce pays pour que tu y sois né ? Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’actualité pour deviner ce qui pousse toujours les être à quitter leurs terres. »
« À ton âge on a encore besoin de conseils d’un père, d’une mère, d’un parent. Même si certains jeunes, à peine majeur, se disent indépendants et se fichent de tout avis parental, tu as besoin de savoir pour pouvoir relativiser les difficultés que tu rencontres. La connaissance donne le discernement qui apaise l’esprit, dit le proverbe. »
« L’expérience m’a fait comprendre que les conseils les plus constructifs sont ceux qui nous ouvrent les yeux sur la vérité concernant nos propres responsabilités. Des conseils qui nous aident à comprendre comment faire pour aller de l’avant sans attendre que le monde soit juste autour de nous. »
« Ne t’en vas pas dans l’espoir de trouver un pays sans discrimination ou sans racisme. Cela n’existe pas. Partout où tu iras certains s’intéresseront à ta différence, d’autres la détesteront. Beaucoup seront prêts à t’aider, quelques-uns chercheront à profiter de toi. »
« Mais il est toujours là le capitalisme. Plus puissant qu’avant, plus sournois surtout, parce qu’il sait s’adapter à toutes les pensées progressistes et humanistes pour dominer davantage. »
« L’éducation permet l’acquisition du savoir, et le savoir aide à mieux comprendre les choses, voilà ce qu’il voulait dire. Et il recopiait dans un carnet toutes les citations qu’il trouvait intéressantes sur le sujet. »
« C’est par le mécanisme de la contagion que se propagent ainsi les opinions et les croyances, jamais par celui du raisonnement. Dans une foule, après un temps d’excitation, les individus deviennent de simples automates que des suggestions peuvent pousser jusqu’au crime ; et ceux qui participent sont persuadés d’avoir obéi à un devoir. »
« Retiens seulement que la liberté, c’est le pouvoir de faire ce qu’on veut, conformément à sa propre détermination, selon sa propre intelligence. Construit donc ta vie en te nourrissant de toute pensée pouvant t’aider à aller vers plus de liberté. »
« La faim, nous la voyons tous les jours ; et nous la reconnaissions partout dans son incarnation. Elle avait toujours le même corps amaigri que nous identifions instantanément lorsqu’elle passait dans la rue avec une tête d’adulte, ou lorsqu’elle arrivait à l’école avec une tête d’enfant. Elle s’incarnait aussi dans notre propre corps, parce qu’elle prenait parfois le dessus malgré les efforts de nos parents. Quelquefois cette faim se transformait en émeute réprimée par des matraques, des gaz lacrymogène ou des tirs à balles réelles. Des corps tombaient et restaient allongés sur le sol, jusqu’à ce que quelques ambulances viennent les ramasser, inertes. Ainsi disparaissaient certains êtres malmenés par la faim. »
» L’ampleur de la pauvreté malgré le développement de la technologie et l’accroissement de la production de richesse, voilà la grande énigme de notre époque. «
« N’oublie pas que chez nous, un parent ne doit jamais laisser son enfant agir à sa guise et sans limites. «
Georges Holassey in La révolution des indignés, Le Mono, 2025.

Quatrième de couverture
Poussé par la colère et l’indignation contre le système politique et économique, un jeune Français issu de l’immigration, orphelin de père, pense que seule la révolution permettra d’en finir avec les inégalités sociales, la discrimination et les difficultés qu’il rencontre dans sa recherche d’emploi après son diplôme.
Ce roman – dont la matière principale est une lettre que lui adresse son oncle inquiet de le voir basculer dans la délinquance comme certains jeunes de son quartier – raconte comment d’autres indignés, considérés comme des « misérables », ont fait la révolution contre l’oppression et l’indigence dans laquelle ils sont nés.
«Nous sommes de ceux qui doivent lutter pour exister.
Lorsque nous étions plus jeunes, on nous faisait comprendre…que notre sort était bien mérité. Pourquoi nous ?…
Pourras-tu comprendre tout ce que je vais te raconter pour t’aider à garder la tête au-dessus des tumultes ? Je voudrais que cette lettre t’emporte loin de ta cité pour te faire voir d’autres mondes que le tien.»
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Et mon avis en bref
Ce texte est une réponse aux interrogations brûlantes de la jeunesse française issue de l’immigration sur l’avenir en France et dans le monde. Une ode à la connaissance, à la transmission, et à la puissance des mots pour ne pas se résigner : à lire, à relire, à faire lire.
Ma note : 5/5
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