Vous parler de mon fils de
Philippe Besson
Julliard – 2025
1.
Assis au bord du lit, je fixe le verre d’eau posé sur la table de chevet, auquel je n’ai pas touché, et m’étonne de déceler un léger tremblement à la surface. Relevant la tête, je m’attarde sur la chemise, pendue à un cintre, que Juliette a préparée pour moi. Puis je regarde les rideaux qui filtrent la lumière du matin : on devine que le soleil est déjà là, violent. Et je songe qu’on n’aurait peut‑être pas dû dire oui. En tout cas, moi, ça m’allait, le retranchement, le calme, après la catastrophe et le tumulte (même si c’était un faux calme comme il y a des faux plats), ça m’allait, la vie de tous les jours (même si je sais bien que la vie ne sera jamais plus normale) : j’étais prêt à m’en accommoder.
J’imagine qu’on ne pouvait pas refuser. La proposition partait d’un bon sentiment. Les gens tenaient tellement à nous montrer qu’ils n’oublient pas, et à nous témoigner leur soutien, leur solidarité, quelque chose qui ressemble à de l’affection. Bon, ils voulaient exprimer de la colère aussi, parce que la nôtre est devenue la leur : je comprends. De toute façon, Juliette a accepté d’emblée quand ils sont venus exposer leur idée, ils étaient cinq, ils avaient formé un comité, mais évidemment ils ne se lanceraient pas sans notre accord : impossible de faire machine arrière. Elle a trouvé que ce serait bien, que c’était important. Elle a sûrement eu raison. Enfin, ce n’est sans doute pas ce qui l’a convaincue, c’est plutôt qu’elle en avait besoin, pour ne plus étouffer, pour expulser son chagrin et sa rage, pour tenter de supporter, au moins quelques heures, la folie d’avoir perdu un enfant.
Philippe Besson in Vous parler de mon fils, Julliard, 2024
Quatrième de couverture

» Je vous demande de vous mettre à notre place. Un instant. Rien qu’un instant. Votre enfant vient vous raconter l’humiliation, la persécution, le bannissement. C’est votre fils, votre fille, il a douze ans, elle en a huit ou quatorze. C’est la chair de votre chair, ce que vous avez de plus précieux au monde. C’est l’être que vous devez protéger, défendre, soutenir, aider à grandir. Et il vient vous avouer cela. Vous y êtes ? Vous la devinez, votre stupéfaction ? votre culpabilité ? votre douleur ? votre colère ? Ça vous envahit, pas vrai ? ça vous submerge, ça vous dépasse, ça vous anéantit. Et ça, ce n’est que le début. Que les toutes premières minutes. «
Ayant déjà traversé une fois l’univers littéraire de Philippe Besson avec Ceci n’est pas un fait divers, je suis naturellement attirée par son style réaliste et profond. Lors de son passage à l’émission La Grande Librairie, ses paroles m’ont touchée et m’ont donné envie de lire Vous parler de mon fils. Ce roman, qui aborde le harcèlement scolaire, résonne particulièrement fort dans un contexte où ce sujet crucial ne peut être ignoré. C’est donc avec curiosité et émotion que je m’apprête à découvrir cette œuvre qui promet d’être aussi bouleversante qu’indispensable.
Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉
Dans tous les cas, merci de votre lecture et je vous souhaite un bon dimanche !

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