Premières lignes #28

Vous parler de mon fils de

Philippe Besson

Julliard – 2025

1.  

Assis au bord du lit, je fixe le verre d’eau posé sur la table de chevet, auquel je n’ai pas touché, et m’étonne de déceler un léger tremblement à   la   surface. Relevant la tête, je m’attarde sur la chemise, pendue à un cintre, que Juliette a préparée pour moi. Puis je regarde les rideaux qui filtrent la lumière du   matin   : on devine que le soleil est déjà   là, violent. Et je songe qu’on n’aurait peut‑être pas dû dire oui. En tout cas, moi, ça m’allait, le retranchement, le   calme, après la catastrophe et le tumulte (même si   c’était un faux calme comme il y a des faux plats), ça m’allait, la vie de tous les jours (même si je sais bien que la vie ne sera jamais plus normale)  : j’étais prêt à m’en accommoder.

J’imagine qu’on ne pouvait pas refuser. La   proposition partait d’un bon sentiment. Les gens tenaient tellement à nous montrer qu’ils n’oublient pas, et à nous témoigner leur soutien, leur solidarité, quelque chose qui ressemble à de l’affection. Bon, ils voulaient exprimer de la colère aussi, parce que la nôtre est devenue la leur  : je comprends. De toute façon, Juliette a accepté d’emblée quand ils sont venus exposer leur idée, ils étaient cinq, ils avaient formé un comité, mais évidemment ils ne se lanceraient pas sans notre accord   : impossible de faire machine arrière. Elle a trouvé que ce serait bien, que c’était important. Elle a sûrement eu raison. Enfin, ce n’est sans doute pas ce qui l’a convaincue, c’est plutôt qu’elle en avait besoin, pour ne plus étouffer, pour expulser son chagrin et sa rage, pour tenter de supporter, au moins quelques heures, la   folie d’avoir perdu un enfant.

Philippe Besson in Vous parler de mon fils, Julliard, 2024


Quatrième de couverture

Ayant déjà traversé une fois l’univers littéraire de Philippe Besson avec Ceci n’est pas un fait divers, je suis naturellement attirée par son style réaliste et profond. Lors de son passage à l’émission La Grande Librairie, ses paroles m’ont touchée et m’ont donné envie de lire Vous parler de mon fils. Ce roman, qui aborde le harcèlement scolaire, résonne particulièrement fort dans un contexte où ce sujet crucial ne peut être ignoré. C’est donc avec curiosité et émotion que je m’apprête à découvrir cette œuvre qui promet d’être aussi bouleversante qu’indispensable.

Et vous, vous l’avez déjà lu ? Est-ce que ces premières lignes vous donnent envie de lire la suite? Dites-moi en commentaires 😉

Dans tous les cas, merci de votre lecture et je vous souhaite un bon dimanche !

4 réponses à « Premières lignes #28 »

  1. Avatar de Cyrlight

    Oulà… On m’a survendu les livres de cet auteur, alors une part de moi a très envie de les découvrir, mais c’est la première fois que je prends la peine de m’arrêter sur sa plume, et j’ai peur que son style ne me plaise pas >.< C’est un peu… saccadé, j’ai du mal avec ça.

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    1. Avatar de Aïkà Valisoa

      Hello Cyrlight 🌞 Tu n’as pas tort : le style saccadé et abrupte contribue grandement à la « fièvre » provoquée par cette lecture. On parle de la réalité sur le harcèlement scolaire : il faut se préparer à encaisser et à y laisser des plumes. En tous cas, merci de ta visite ma chère 😉

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  2. Avatar de Light And Smell

    Il m’a beaucoup touchée. La lecture fut intense…

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    1. Avatar de Aïkà Valisoa

      Hello Light 🌞 Je viens de le finir et tu as tout à fait raison : ce fut intense… la chronique est en cours 😉

      Aimé par 1 personne

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